Kadavar Kadavar Après avoir retrouvé l'ami Mimi sur le parking et alors que les prémisses du grand froid s'imposent sur la cité ducale, nous allons nous réchauffer les oreilles dans une salle bien garnie. Les oreilles mais déjà le gosier. C'est pour cela qu'on ne verra pas Stray Train qui ouvre la soirée, même si Mimi trouve que ça sonne à la Queens Of The Stone Age. Mon homme, à défaut d'être perspicace, a de l'oreille, car son analyse sonore est faite au moment où le sondier balance dans la sono de la salle, mais aussi du bar où nous nous trouvons, un disque du groupe de Josh Homme.

Le changement de plateau est assez vite envoyé, et c'est au trio Kadavar de rentrer en scène sur fond d'une bande son instrumentale. A défaut de mur du son, les Berlinois vous nous délivrer un set résolument rock teinté du blues et de riffs épais. Je ne vais pas m'attarder sur la dégaine des trois bonhommes (dont Simon, l'expat' français à la basse et ancien roadie et du groupe qui a quelques connaissances dans la salle). Les mauvaises barbes sont élégamment mises en valeur, et je ne te parle pas des longues tignasses qui volent au vent (ou plutôt aux ventilateurs). Sauf qu'une fois que le groupe a commencé à jouer les morceaux aussi plaisants qu'aboutis, c'est le fond plus que la forme qui est intéressante, même si la disposition des musiciens (horizontalement égaux) sur la scène de l'Autre Canal a de la gueule. Les lumières servent le groupe à la perfection, et le trio dynamique (et notamment un batteur démonstratif aux futs transparents) électrise une salle qui ne demande qu'à exploser. Le groupe est pleinement à son aise, sans pression et sûr de son fait. Et il y a de quoi, car son doom rock vintage lorgnant du côté de Deep Purple, du Sabbath et Led Zeppelin fait mouche à tout les coups. Et même si on a relativement fait le tour au bout de cinq morceaux, le groupe a le mérite de faire le boulot, et de bien belle manière. Bravo les gars, et "Auf wiedersehen".

Blues Pills Blues Pills Bien que la tournée présente une affiche avec deux co-headliners, j'ai tout le même le sentiment que l'on monte d'un niveau avec Blues Pills. Il faut dire que je garde un excellent souvenir de leur prestation un dimanche matin de Hellfest en 2014 (avant la déferlante Lofofora !) lors de la sortie du premier album. L'eau a coulé sous les ponts, le groupe a pris encore plus de consistance, et le groupe franco/americano/suedois est en tournée pour promouvoir Lady in gold, son deuxième album aux accents plus pop. D'entrée de jeu, Elin Larsson, magnifique frontwoman, est déchaînée, et sa voix chaude et puissante retentit dans une salle d'ores et déjà comblée. Le quintet (avec un personnage au clavier et à la guitare, personnage car je n'ai jamais réussi à déterminer s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme) balance un excellent soul psyché rock aux relents bluesy. Elin attire toutes les attentions alors que le basse/batterie assure parfaitement le mid tempo, mais c'est également du côté du guitariste qu'il convient de se pencher.

Dorian, jeune homme d'une vingtaine d'années originaire de l'Ouest de la France, est tout simplement un génie de la six cordes. Pas besoin de longs solos à mille à l'heure ou de tapping ravageur pour faire le talent d'un guitariste : ce soir, Dorian est en grâce et le guitariste, jouant sur un ampli ultra vintage (je n'ai jamais vu ces amplis de ma vie), exécute (au sens propre comme au sens figuré) chaque note avec précision, délicatesse et passion. Sauf que l'oiseau a adopté un mauvais dresscode moitié flower power / moitié seigneur du XVIIème siècle alors qu'il est né à l'époque du baggy, et que sa timidité sur scène pourrait être interprétée pour de la nonchalance (ou peut être même de l'arrogance). Mais le voir attaquer ses cordes à la manière d'un violoniste est tout simplement bluffant. Le jeu est parfois scolaire, tous les gimmicks de la guitare blues rock ont été plus que digérés, si bien est que la prestation du six cordiste est époustouflante. Alors bien évidemment, on ne lui demande pas de se rouler par terre, mais un peu de communication avec le public serait bienvenue.

La prestation de Blues Pills est quasi irréprochable, les ambiances blues et les moments pop se succèdent sans temps mort, et même le rappel qui commence par un morceau voyant Elin seule sur scène au clavier est de bon goût. Le concert est un réel succès et le public quittant la salle a encore les yeux qui brillent. Moi, j'ai plutôt les yeux qui piquent car il est tard (enfin, relativement tard) et mon jeune âge avancé a bien du mal à supporter les sorties en semaine. Bien sûr, je plaisante, mais rater cette soirée aurait été une monumentale erreur !