Black Willows - Haze En matière de stoner heavy psychédélique aussi spatial qu'enfumé, la Suisse nous avait déjà offert les excellents Monkey3, véritable référence européenne du genre à la trajectoire trop discrète mais ô combien omniprésente pour nombre d'inconditionnels du genre. Voici maintenant que le petit pays que l'on jalouse tant et pas qu'à cause de son chocolat, son horlogerie de pointe, son secret bancaire ou sa fiscalité plus qu'avantageuse, nous sert une nouvelle pépite avec ce quatuor lausannois auteur d'un album éponyme enregistré, mixé et masterisé à Austin (USA) par le producteur Erik Wofford (Explosions in the Sky, The Black Angels, etc...), à la classe plutôt étourdissante.

Une longue et énigmatique intro servant à poser l'ambiance, un "Door of perception" qui entame le fascinant périple des Helvètes en territoire désertique, comme perdus au cœur des canyons nord-américains avec pour seuls comparses les fantômes des chamans de la musique space-rock psychée des 70's. Ces Black Willows-là ont beau avoir un passeport suisse, ils sont américains de par leur héritage musical et c'est avec "Neptune" qu'ils livrent déjà le climax de leur album. Un sommet de maestria formelle doublée d'une inspiration quasi divine dans le songwriting de cette pièce de quasi 9 minutes d'une odyssée sonique emmenant l'auditeur aux portes de l'extase.

Heavy mais pas trop, psychédélique juste ce qu'il faut, enfumé dans les ambiances et lucides dans les constructions instrumentales ("Haiku"), Black Willows aligne les titres-fleuves sur la platine ("Black magic", "Apache"), sans jamais verser dans la redite (ce qui est pourtant l'écueil de ce type d'effort), ni oublier d'envoyer ce qu'il faut en cargaison de riffs de patrons ("Velvet diamond"). Si bien qu'au final, l'album se révèle être une œuvre psychotrope longue et délicieusement lancinante, portée par un groove psychédélique des plus addictifs. Mais jamais ennuyeuse. Car exerçant en permanence son pouvoir d'attraction sur l'esprit de son auditoire tout en nappant les enceintes de titres tantôt bien charnus tantôt plus "stellaires". Parce que les Suisses savent tout faire mieux que la plupart de leurs contemporains, ils enchaînent une ultime fois avec l'efficace "Set us free" puis un phénoménal "Dead mantra".

Hypnotique et magistral. à l'image du reste de ce premier album de très haute volée.