BadBadNotGood - IV Depuis ses débuts, et c'est indéniablement ce qu'il lui a permis d'être (re)connu, BadBadNotGood a la bienheureuse tendance de faire de la reprise, mais surtout de la collaboration, son cheval de bataille. D'un simple "one-shot" (avec Tyler, The Creator et son crew Odd Future ou Franck Ocean) à un projet entier (l'album Sour soul sorti en 2015 avec le rappeur du Wu-Tang Clan, Ghostface Killa), le quatuor perpétue la tradition sur son cinquième et nouvel album, IV (seul Soul sour n'a pas suivi la numérotation logique des opus étant donné qu'il s'agit d'un disque réalisé par deux entités). Au rang des invités de ce IV, se trouvent Sam Herring, le chanteur de Future Islands, le joueur de saxophone basse Colin Stetson (connu pour avoir bossé avec Arcade Fire, Bon Iver, Tom Waits ou The Chemical Brothers), le DJ producteur Kaytranada, le rappeur Mick Jenkins et la chanteuse de R&B Charlotte Day Wilson. Du beau monde qui ne laisse point douter sur le fait que cet album sera couvert de bariolages en tout genre et que l'éclectisme régnera en maître.

Avec le temps, BadBadNotGood réussit progressivement à foutre un coup de pied au cul du jazz, son style de prédilection qui malgré les apparences et ses ouvertures diverses (jazz-rock, acid-jazz, free-jazz, jazz manouche, ska-jazz, latin jazz, jazz funk...) reste encore un univers cloisonné et réservé aux initiés, même quand il est décliné de façon intelligente. Les Canadiens, eux, peuvent s'enorgueillir d'expérimenter, de faire évoluer les sons et leur jeu instrumental selon la demande du titre. Les onze morceaux qui forment IV sont autant le fruit d'expérimentations et d'expériences qu'un malin plaisir à pousser le champ de la composition à son paroxysme, que cela soit dans les arrangements (comme sur la magnifique ballade soul "In your eyes"), dans la recherche sonore (hum, ces synthés vintages so 60's sur "And that, too." et "Speaking gently") que dans la technique instrumentale pure (les 7 minutes très jazzy de "IV" ou le duo de cuivres de "Confession Pt II"). C'est tout là le talent incommensurable des membres de BadBadNotGood qui, à même pas un quart de siècle d'âge chacun, donnent une leçon à une industrie musicale dans son ensemble qui n'élève pas toujours les débats en voulant compartimenter les genres. Car ce nouvel album n'est ni un album de hip-hop, ni un album de jazz, ni un album d'électro, ni un album pop, c'est tout à la fois et bien plus que ça !