The Arcade Fire - The Suburbs Devenu très rapidement une icône (pop) rock à travers le monde, adulés par les médias musicaux en tout genre, Arcade Fire transformait en or tout ce qu'il touchait. La splendeur d'un Funeral, devenu un classique, confirmé trois ans plus tard par la sortie de Neon bible rendait les canadiens naturellement intouchables. Un statut et une emphase dérangeant pour un certain nombre de détracteurs qui attendaient impatiemment l'album couperet qui les feraient sombrer définitivement aux oubliettes. Il fallait bien qu'Arcade Fire prenne le risque un jour de faire évoluer son style et de se renouveler, le cap important du troisième album devait sonner comme le début d'une nouvelle époque. Chose faite avec The suburbs.
Les banlieues nord-américaines - à chaque disque, son thème - lieux excentrés où l'ennui fait son nid mais où la vie, à travers un décor de voitures garées près de bungalows alignés les uns à côtés des autres, livre son lot d'histoires. Ces dernières, le couple Chassagne-Butler les ont bien connues puisque l'une à grandit en banlieue Rive-Sud de Montréal et l'autre à The Woodlands près de Houston, Texas. Ainsi, dès que résonnent les premiers notes de The suburbs, Win annonce la couleur : "In the suburbs, I learned to drive and you told me we'd never survive". Ambiance.
La question est "Va t-on pouvoir survivre avec ces 16 pistes ?". Une première pour ceux qui nous avaient habitués à une dizaine de titres intenses, pas plus. Changement de format pour The suburbs, opus qui marque d'entrée par son style plus brut, orphelin des artifices qui ont fait le succès de la formation : exit (ou presque) les réverbérations outrancières, l'utilisation abusive de violons et l'esprit d'orchestre. Arcade Fire n'a pas réduit son effectif mais devient quasiment, avec ce troisième album, un groupe de pop-rock lambda. Excepté quelques titres dans la veine des deux premiers ("Empty room") et une touche tout à fait identifiable ("Ready to start" nous rappelle "Keep the car running"), les canadiens aseptisent (peut-être trop ?) leur compositions. Une surprise pas forcément totalement décevante car The suburbs nous réserve de solides chansons tels que la mélodieuse "Modern man", "Month of May" et son rock frénétique ou la frissonnante "We used to wait". Au rayon des vraies surprises, on notera "Sprawl II" ou comment Régine se prend pour Blondie et "Half light II" avec son rythme électro à la Depeche Mode mais à la sauce Arcade Fire.
Le grand défaut de ce nouvel opus réside dans sa longueur qui aurait pu être réduite assez facilement en supprimant des titres inutiles d'un ennui et d'une banalité affligeante ("Rococo", "Deep blue", "Wasted hours"). Néanmoins, même après cela, difficile de se dire comblé par The suburbs tellement les canadiens ont touché les sommets après ses deux premières perles. Allez, riez les hyènes !