rock Rock > Antimatter > Chronique LP / Planetary confinement

antimatter_planetary_confinement_artworkLe cap du troisième album est selon les us et coutumes en vogue dans le monde de la musique, celui de la maturité. Etant acquis qu'Antimatter a d'ores et déjà convaincu les plus sceptiques avec son deuxième effort, il ne restait plus au groupe qu'à explorer encore et encore les nombreuses facettes que pouvaient offrir le concept de sa musique. Etait-il pour cela indispensable de changer le casting des guests par rapport aux deux premiers opus du groupe? Il appartiendra à chacun de se forger sa propre opinion à l'écoute de ce nouvel album. Quoiqu'il en soit, il y a eu, à l'occasion de Planetary confinement, quelques changements plus ou moins importants qui n'ont pas manqué de modifier en profondeur l'approche musicale de cet album ; et qui ne manqueront pas d'avoir des conséquences évidentes sur l'avenir d'Antimatter. On y reviendra un peu plus tard. Résultat des courses, exit les pourtant excellentes Michelle Richfield et Hayley Windsor, les deux voix féminines des précédents opus, bienvenue à Amélie Festa au chant, mais également à Rachel Brewster (violon), Stephen Hughes (basse) et Chris Phillips (batterie). Vous l'aurez peut-être compris en voyant ce nouveau line-up et les instruments attribués à chaque musicien, ce nouvel album signé Antimatter sera quasiment exclusivement acoustique.
Comme d'habitude avec le groupe de Duncan Patterson et Mike Moss, le premier titre de l'album est éponyme ; et à cette occasion, le duo nous offre ici 1'33 d'intro au piano, lente, hésitante, fragile et toute en retenue, à l'image de ce que sera le titre suivant, le très révélateur "The weight of the world". Un morceau au titre particulièrement éloquent tant la musique du groupe y est empreinte de mélancolie douce et de désespoir latent. Posé, triste mais en même temps fascinant, car toute en portant le poids du monde sur ses quelques notes acoustiques, ce morceau se révèle d'une pureté qui ne peut laisser insensible. La suite est dans le même esprit. On oubliera ici les textures éléctro des précédents opus, Antimatter préfèrant nous offrir une petite dizaine de perles pop atmosphériques acoustiques, désabusées, à fleur de peau et d'une beauté incomparable telles que "Line of fire" et son chant féminin cristallin et épuré.
Déchirant et dépouillé, "Epitaph" est comme son titre l'évoque une ballade désenchantée sur le thème de la mort, sur laquelle Mike Moss, remarquable au chant est accompagné au violon par une Rachel Brewster qui a su parfaitement utiliser son instrument comme un écrin pour rendre ce titre le plus mélancolique possible. Bouleversant et intemporel.
Difficile de sortir indemne des crescendo émotionnels ou des vagues de tristesse qui nous submergent à chaque morceau, Antimatter se met à nu et laisse libre court à son inspiration, pour un résultat d'une intensité rare ("Mr. White", une reprise du groupe Trouble, "A portrait of the young man as an artist".). Entre douceur mélodique et romantisme néo-classique, le délicat "Relapse" puis l'aérien "Legions" nous emmène vers des contrées lointaines et inexplorées, où tout n'est que pureté, calme et simplicité. Un long voyage à travers les cieux qui prend fin avec "Eternity part 24". Une ultime offrande, hypnotique, intimiste, atmosphérique. qui conclue une oeuvre que l'on aimerait éternelle.
Une oeuvre magnifique, frôlant sans cesse ce que l'on peut appeler la perfection, une oeuvre touchée par la grâce qui marque, comme suggéré en filigrane au début de cette chronique, la fin d'une ère, Duncan Patterson ayant désormais décidé de se consacrer à ses nouveaux projets (Deathcap, Ion)... Il n'y a pas grand-chose à ajouter, il y a des albums qui vous font tomber une nouvelle fois amoureux et dans ce cas-là, il est sans doute préférable de reposer sa plume, de refermer les yeux et s'évader en se laissant envahir par ses émotions.

aureliO
Novembre 2005

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