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Biographie > comptesses de Sigur

On peut généralement lire que les quatre demoiselles d'Amiina composent la section cordes de Sigur Ros. Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas complètement vrai non plus. En réalité, Amiina ont assuré depuis 1999 les parties de cordes de leurs compatriotes islandais en studio comme en live, mais ont depuis trois ans une véritable carrière indépendante. Après un premier EP repéré par les inconditionnels de pop/post-rock celeste et féérique (AnimaminA, 2004), ces quatres jeunes filles répondant aux doux patronymes imprononçables de Edda Rún Ólafsdóttir, Hildur Ársælsdóttir, María Huld Markan Sigfusdottir et Sólrún Sumarliðadóttir (bon courage pour faire l'appel en classe le jour de la rentrée scolaire) sortent un single intitulé "Seoul" en 2006. Les projecteurs se braquent un peu plus sur la trajectoire des islandaises et beaucoup découvrent alors que les demoiselles sont des multi-instrumentistes plus que douées : autoharpes, scie musicale, harmonium, métalophone, célesta sont parmi les instruments utilisés sur leurs compositions. Quoiqu'il en soit, le single tourne un peu partout sur la toile et sert de préambule au premier album des quatre d'Amiina, un disque sobrement intitulé Kurr, qui voit le jour au printemps 2007 via Ever Records.

Amiina / Chronique LP > Kurr

amiina_kurr.jpg On l'aurait presque deviné avant d'écouter des titres tels que "Sogg" ou "Rugla", les amateurs de comptines post-pop rêveuses seront en terrain conquis à l'heure de découvrir Kurr, le premier album des quatres islandaises d'Amiina... Véritable voyage sensoriel et onirique le long des immenses plaines arctiques, cet album apparaît comme le prolongement quasi exclusivement instrumental du travail de leurs compatriotes de Sigur Ros. Qui en doutait ? Pas nous, c'est certain. Evidemment, l'ombre des auteurs d'Agaetis Byrjun ou de Takk plane sur cet album riche de mille nuances et autres sonorités enfantines, mais Kurr parvient néanmoins à se distinguer bien souvent par l'utilisation d'instruments sortant des sentiers battus (autoharpe, harmonium, célesta) et une certaine propension à livrer des instrumentations plus post-classiques que leurs mentors. Moins de mélodies pop, très peu de chant (quelques choeurs qui parsèment ci et là l'album...) et nombre d'orchestration graciles et raffinées. Le quartet ne se laisse pas aller au surfait, et préfère livrer des compositions suaves, parfois fantomatiques ("Saga"), d'autres fois pastorales ("Lóri"), presque toujours délicieusement lunaires ("Hilli" et ses voix enchanteresses ou "Lúpína" et ses collages sonores intemporels).
Se plonger dans l'album d'Amiina, c'est un peu comme vivre un songe éveillé au coeur des sublimes étendues glacées de leur Islande natale, un voyage somnambule à travers des panoramas respirant la sérénité ("Sexfaldur", "Seoul"). Mélodies graciles et feutrées, instrumentations post-classiques enneigées, Kurr est un album lumineux se nourrissant de lieux communs pour mieux nous transporter dans un univers fait d'atmosphères cotonneuses et de panorama idylliques. Simple mais émouvante ("Kolapot"), ingénue et cristalline, la musique des islandaises semble touchée par une grâce aussi précieuse qu'étonnamment naturelle. Car, Amiina balade sa fraîcheur candide tout au long des quelques douze compositions éthérées et serties de mélodies délicatement fragiles que recèle ce premier album. En sommes, Kurr est une sorte de "music box" au travers de laquelle transparaît tout un folklore imaginaire et poétique, un coffret à jouets dans lequel les cliquetis folkotroniques titillent notre psychée pour ne plus nous lâcher une fois notre âme soumise à sa volonté. Magique.