rock Rock > Aerôflôt

Biographie > Un peu de réalisme socialiste électronique

Entretenant volontairement un flou artistique autour de la formation du groupe, Aerôflôt se joue des genres, tourne tout à la dérision, aussi bien sur sa musique que son parcours. A la base de cette formation bordelaise, on trouve Dima et Bardou Jacquet de Summer Factory, Don Postpuce de Calc (mais ils sont partout ?!) et le Mage d'Acrimonie. En 2002, ils se sont lancés dans ce projet électro-rock "en hommage aux grandes heures de l'aviation sociétique", dixit leur bio sur leur site internet. "Empruntant autant à l'esthétique sombre du Derrick du début des années 80 qu'aux convulsions post-rock des Stranglers et autres Devo, les quatre membres d'Aerôflôt tentent depuis deux ans d'introduire une dose de réalisme socialiste électronique underground français" : c'est bête à dire, mais pris au quarantième degré, c'est peut-être eux qui se définissent encore le mieux ! Après l'album Que te den! et un split 7", Aerôflôt accouche de Disco negro, enregistré à Armanita par Stephan Krieger et sorti en mars 2009.

Aerôflôt / Chronique LP > Santa muerte

Aeroflot - Santa Muerte Aerôflôt suit son petit bonhomme de chemin de façon assez sereine depuis ses débuts discographiques en 2005. Son rock accrocheur au caractère bien trempé vient de nouveau faire son petit effet avec Santa muerte, troisième LP des Bordelais à ce jour. Ces derniers n'ont pas mis terme à leur accointance avec le Mexique, poursuivi il y a trois ans avec le rutilant Disco negro, puisqu'ils solennisent cette fois le culte exacerbé de la "Sainte Morte", un courant religieux accusé de satanisme par les cathos qui fait sérieusement désordre au pays des mariachis et des cactus. Tout à l'image de la musique d'Aerôflôt en somme.

On ne change pas une équipe qui gagne. C'est toujours sous la houlette de Stéphane Krieger aux studios Amanita à Anglet que Santa muerte a pris forme avec Cyrille Gachet (Year Of No Light) au mixage. Dès les premières notes, et ce tout au long du disque, on redécouvre avec grand plaisir ce fameux son de clavier si cher au groupe - presque une marque de fabrique - ces notes de guitares bien grasses et puis ce chant chargé en effets qui, avec une rythmique intraitable, rend le tout assez dense et lourd. Aerôflôt prend un malin plaisir à embrouiller l'auditeur avec ses atmosphères à la fois glaciales et bouillantes où le psyché ("Last blow") se mêle au post-punk ("Dance of the dead") quand le rock aux textures abrasives ("Rising") ne se frottent pas à des compositions totalement intrépides ("Last show").

Santa muerte brille par la mainmise qu'à son géniteur sur des styles musicaux qui ont bercé son éducation musicale. Entrechoquer des riffs à la Black Sabbath sur des schémas post-punk à la Devo fait clairement partie des plans et du savoir-faire des Bordelais. Une inspiration classique pour une exécution moderne qui nous laisse penser qu'Aerôflôt appartient à cette catégorie de formations françaises dont le talent est souvent sous-évalué ou dont on a très peu d'échos. Santa muerte, œuvre cohérente, le prouve une nouvelle fois. Attention toutefois aux perturbations avec cet équipage, conseil de fenec !

Aerôflôt / Chronique LP > Disco negro

Aeroflot - Disco negro Bordeaux regorge de groupes à plus ou moins forte réputation, dans leurs genres respectifs, dont Noir Désir, Sleeppers, Nihil, Blackstar United ou Zombie Eaters. Désormais, si ce n'est pas déjà fait, il faudra compter sur Aerôflôt ! Les acteurs de ce quatuor ne sont pas si inconnus que ça puisque des membres de Calc, Déjà Mort ou Year Of No Light, autre formation bien connue de la ville girondine, en font partie. Pourtant bien loin des groupes pré-cités, Aerôflôt, avec son dernier album Disco negro, fait dans le rock discoïsé et synthétisé. Avec un groove bien massif à base d'ouverture de charleston par-ci et de grosses guitares noisy par-là, les bordelais cadeautent les aficionados de dancefloor et ceux des scènes rock alternatives. Car rien que d'y penser, en écoutant le disque, on s'imagine déjà la salle de concert retournée après le passage du combo. Une énergie débordante est, en effet, retranscrite à travers le bon travail de Stephan Krieger (producteur des studios Amanita et également membre des basques de Voodoo Muzak), mettant notamment en avant une basse bien ronde et bourdonnante, pouvant rendre "jaloux" les créateurs de hip-hop ou de dub, et un clavier aidés de multiples effets faisant penser à celui de Joe Evil de Grimskunk ("Lost en la cocina" en est un parfait exemple). Mais ces éléments ne traduisent pas à 100% ce qu'est la musique d'Aérôflôt. Dès la première piste ("Volcano"), on se surprend à penser que Cédric Bixler est venu featuré avec les bordelais, mais on se rassure très vite par la suite. Même si il est vrai que le chant, souvent noyé dans le son, fait penser au chevelu d'At the Drive-In et The Mars Volta (le chant en espagnol sur certains titres n'arrange rien à la comparaison), il est assez varié en somme. Il sera difficile de ressortir de l'écoute de Disco negro sans avoir pris au moins un quart de baffe car Aerôflôt délivre un album honorable et cela sans véritablement révolutionner quoi que ce soit. Espérons toutefois qu'ils garderont le cap sur cette lancée et ne tomberont dans l'insipide sur les prochaines productions comme de nombreuses formations françaises l'ont fait auparavant.

Aerôflôt / Chronique LP > Que te den!

Pochette aeroflot que te den Loin, très loin des productions électro actuelles, à des kilomères du rock british qu'on entend partout, Aerôflôt semble pourtant utiliser les mêmes ressorts. A la manière d'un Air décomplexé, Dima, leader du groupe et bidouilleur de sons infatigable, soigne les samples et va chercher son inspiration en dehors des sentiers battus. Quant au rock d'Aerôflôt, puisqu'il s'agit surtout et avant tout d'une véritable formation rock, il lorgne lui aussi derrière lui, du côté des années 80. On pense parfois à Devo, aux productions post-punk de l'époque en général. Sauf que ceux-là ont quelque chose en plus qui fait tout leur charme, cette petite touche kitch qui fait mouche. A écouter les sonorités et bruitages de l'album, on croirait presque qu'il a été enregistré à bord d'une navette spatiale russe, où les quatre musiciens d'Aerôflôt se seraient amusés à appuyer sur tous les boutons, jusqu'à ce que la navette décolle vers une planète peuplée de petits hommes verts plus amusants qu'effayants, locaces en tout cas. Les références ne manquent pas non plus et ne semblent être là que pour être passées à la moulinette.
Bande son imaginaire d'un film de série B déjanté, hymne de la révolte prolétarienne moderne, message crypté à l'intention d'intelligence supérieure extra-terrestre : le doute reste entier sur les intentions premières de ces stakhanovistes de la production musicale.