65daysofstatic : The destruction of small ideas Discrètement prolifiques, les 65daysofstatic sont sans aucun doute moins connus que leurs confrères de chez Mogwai, Mono, Explosions in the Sky ou Godspeed You! Black Emperor mais n'en demeurent pas moins l'un des groupes "post-rock" les plus innovants du vieux continent. Après deux albums et une poignée d'EP, le tout en l'espace de trois ans, les anglais ont d'ores et déjà démontré qu'ils étaient plutôt du genre rapide et inventeurs, bien plus que suiveurs. A leur actif et toujours bien à l'abri des regards et d'une hype un peu trop encombrante, la collision des influences musicales afin d'aboutir à un sémillant crossover post-rock éléctronique. Et après un premier album qui posait les bases de leur griffe inimitable, un deuxième qui imposait définitivement leur style, unique et innovant, voici que les 65daysofstatic décident une nouvelle fois de mettre à mal leur confort artistique en repartant de zéro. D'où le titre de ce troisième album : The destruction of small ideas. Un nom où l'on perçoit l'humilité d'un groupe qui a conscience des limites de son art, en même temps qu'il essaie de les dépasser afin de repousser ses propres limites musicales.
Et ça pour les dépasser, ce nouvel album, les atomise... Intro en forme de véritable démonstration de force, "When we were younger & better" impressionne avant d'hypnotiser avec une maestria technique hallucinante et une certaine propension à livrer des lignes mélodiques inventives et originales. Evidemment, on est jamais loin de l'exercice de style virtuose, aliéné et ébourriffant, mais l'affolante maîtrise formelle des anglais et leur capacité à accoucher de morceaux labyrinthiques, aux nombreuses ruptures de rythmes (deux batteries oblige), aux breaks salvateurs et aux mélodies éléctro-post-rock psychotiques ne peut laisser de marbre. Dantesque. On prend la suite comme elle vient, c'est à dire en pleine face, à la manière d'un TGV sonore lancé à pleine vitesse avec une surprise à la minute, un rebondissement à chaque morceau. Le scénario musical de ce The destruction of small ideas est incroyablement bien troussé. Sur un tempo ultra-enlevé, les 65daysofstatic nous jettent en patûre des compos épileptiques et souvent insaisissables ("A failsafe", "Wax futures"). Arrangements éléctro complexes, rafales de guitares tectoniques et tortueuses, magma sonore impénétrable, on en prend plein les conduits auditifs mais on en redemande.
Entretemps, le combo de Sheffield réfrène un temps ses ardeurs afin d'obéir à la stricte loi du single, chose qui pourrait paraitre impensable, au vu des premiers morceaux de l'album. Parce qu'honnêtement, un single de 7 minutes d'un math-éléctro-post-rock qui part dans tous les sens, sans une ligne mélodiques toujours précise mais plutôt des fulgurances harmoniques explosives et un tempo quasiment épuisant... pas facile de passer ça en radio. Pourtant "Don't go down to sorrow" est effectivement ce qui se rapprocherait le plus d'un single en ce qui concerne cet album... même si on est loin des tubes qui cartonnent les charts anglo-saxons façon Coldplay ou The Kooks. Ici, rien n'est jamais simple, la musique des 65daysofstatic respire la complexité et nécessite de faire un petit effort pour ne pas se laisser décrocher tant elle peut parfois paraître déroutante ("These things you can't unlearn"). Telle est l'essence même de l'oeuvre du groupe : une plongée sans filin au coeur d'un maëlstrom sonique hyper-technique ("Lyonesse"). Quelques notes de piano qui pleuvent autours de nous, "Music is music as devices are kisses is everything" est sans doute l'un des morceaux les plus faciles d'accès de l'album... et pourtant pas le moins inventif. Preuve qu'avec suffisamment de talent, on peut également être original, sans être abscon et perdre l'auditeur par pure prétention intellectualisante... Sans cesse sur la corde raide ("Little victories", "White peak, dark peak"...), 65daysofstatic finit le travail en jouant les funambules et parvient à relever le défi, avec une classe folle et une maîtrise de tous les instants. Bluffant.