3 Seconds of Air - We are dust under the dying sun Ce qu'il y a de bien avec le label Tonefloat, c'est que les gens qui le dirigent ont parfaitement compris qu'un disque, c'était autant un contenu qu'un contenant. Et vice-versa. Que les deux étaient indissociablement liés et que donc que l'expérimental, c'était bien, mais si c'était pour le coucher sur un vague CDr avec boîtier cristal basique, cela n'avait en définitive que peu d'intérêt. Et de fait, que ce soit sur les éditions CD cardboard sleeve ou pour très belles les versions LP de ses productions, les Fear Falls Burning, Porcupine Tree, Ron Geesin ou les essais solo de Steven Wilson (le leader de PT), le label néerlandais veille systématiquement à faire les choses avec un souci aigu de la qualité...
A l'heure de sortir le deuxième album de 3 Seconds of Air, side-project de Dirk Serries aka Mr.Fear Falls Burning, le label ne change pas sa ligne directrice et offre un bel objet recelant trois nouvelles compositions du trio belge, flirtant ou dépassant systématiquement le quart d'heure de musique. Musique justement qui se veut minimaliste et raffinée ("When desolation strikes an eye"), légère, ambient et propice à l'évasion des sens. On retrouve ici ce qui faisait l'intérêt du projet sur The flight of song, ces accords d'instruments qui viennent lentement hypnotiser l'auditeur, s'espaçant ou se rapprochant selon le niveau de conscience que le groupe cherche à lui faire atteindre. Rock electro-acoustique d'ascète, le travail de 3 Seconds of Air n'est toujours pas mainstream, ne se laisse pas forcément appréhender aisément mais c'est aussi ce qui fait tout son attrait.
Loin des conventions, sans se laisser enfermer dans un dogme artistique fatalement réducteur, le trio laisse ses mélodies, toujours aussi languissantes, prendre leur envol d'elle-mêmes ("In the dark ocean of agony and affliction"), travaille ses atmosphères et apporte un soin tout particulier à la production de ses compositions. Sculpteurs de sons, les belges esquissent des tableaux musicaux aux panoramas intimistes, aux horizons incertains, s'imposant comme les paradoxes d'une musique où justement, tout simple parfaitement maîtrisé, jusqu'au plus infime détail. Parce que l'oeuvre de 3 Seconds of Air n'est pas de celle dont on comprend instantanément les aspirations, pas plus que le groupe n'est clairement limpide dans ses intentions ; mais au fil des écoutes de l'album, le ressenti évolue et fait voir la musique des belges sous un autre jour. Minimale toujours mais également fascinante pour peu que l'on accepte de s'y perdre...