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Will Haven - Groupe En 1995, quatre jeunes de Sacramento en Californie issus entre autres de Sock (formation ayant comptée dans ses rang Shaun Lopez de Far) fondent un groupe de métal hardcore du nom d'un personnage de fiction émanant de leur imagination : Will Haven. Grady Avenell (chant), Jeff Irwin (guitare), Mike Martin (basse) et Wayne Morse (batterie) ne trainent pas et enregistrent l'année suivante un 7 titres éponyme. Ils profitent de la chance qu'ils ont pour tourner avec Earth Crisis ou les mythiques Beastie Boys histoire de se faire connaître un peu plus sur la côte américaine. Les très bons retours du EP ayant été confirmés en live, Will Haven signe sur le label co-fondé par Ray Cappo (Youth Of Today, Shelter, Better Than A Thousand) Revelation Records pour sortir un premier album prometteur, El diablo, à la fin de l'année 1997. Sa base de fan s'élargit et le groupe est même encensé par des gros calibres du métal tels que Max Cavalera ou Chino Moreno de Deftones avec qui ils tournent d'ailleurs. Le producteur Eric Stenman est de nouveau choisi pour la réalisation du troisième album, WHNV (sorti en aout 1999), qui est considéré par de nombreux fans comme l'album le plus lourd de la bande de Sacramento. Sur cette œuvre, ils dédient deux chansons à des proches comme "Jaworski" pour le technicien guitare d'Irwin, Jeff Jaworksi, et "Slopez" pour Shaun Lopez, guitariste de Far. Durant cette période, ils participent à un album hommage aux Bad Brains avec la chanson "The regulator". En 2000, le batteur quitte ses partenaires et est remplacé par Mitch Wheeler (Oddman) qui effectue les sessions d'enregistrement de l'album suivant, Carpe diem. Ce disque sort en 2001 et fait l'effet d'une bombe dans le monde du métal indé, Will Haven va définitivement changer son statut et part faire une énorme tournée mondiale passant par le Japon et l'Australie (Vans Warped Tour). Peu après ce tour du monde harassant en 2003, Grady Avenell abandonne Will Haven pour se consacrer à sa famille et reprendre ses études. C'est la fin du groupe qui livre en guise d'adieu un DVD intitulé Foreign films incluant leur dernier show au Capitol Garage filmé dans leur ville natale.

Le reste de la troupe part former Ghostride avec Rey Osburn (ex-Tinfeld) au chant et Cayle Hunter (batteur chez Oddman) à la guitare. Ils montent d'autres projets à l'instar de The Abominable Iron Sloth et Death Valley High signés sur leur propre label, Distruktor Records. Puis un jour d'automne en 2005, Jeff Irwin annonce la reformation de Will Haven avec le retour de Grady et l'ajout du guitariste Cayle Hunter de Ghostride, le groupe part finalement à Los Angeles enregistrer un nouvel album après avoir eu dans l'idée de sortir un EP de 5 titres avec des bonus. Quelques nouvelles démos tournent sur le net début 2006. Alors qu'ils testent ces nouveaux titres sur scène, Grady décide une nouvelle fois de partir pendant la tournée pour les mêmes raisons familiales. Quelques temps plus tard, c'est au tour de Cayle de déclarer vouloir se consacrer à son autre projet musical, Armed for the Apocalypse. Jeff, Mike et Mitch se remettent au travail et en février 2007, ils annoncent l'arrivée (qui n'en est pas vraiment une) de Jeff Jaworski (de Red Tape) en tant que chanteur. C'est ce dernier qui opère sur le quatrième album, The hierophant, qui pointe le bout de son nez au début de l'été de cette même année. Grady, qui a écrit en partie ce disque, annonce un nouveau retour dans le groupe en octobre 2009, un an après qu'il ait tourné avec les français de My Own Private Alaska. Will Haven est de retour (sans Mike Martin à la basse remplacé par Chris Fehn, le percussionniste de Slipknot) en 2011 avec un album annoncé pour octobre et intitulé Voir dire.

Will Haven / Chronique EP > Open the mind to discomfort

Will Haven - Open The Mind To Discomfort 4 années se sont écoulées depuis le retour de Grady Avenell leader emblématique du groupe et l'excellent Voir dire, c'est avec un EP (23:24) au titre plutôt évocateur (et prometteur quand on connaît le CV du groupe) que le combo de Sacramento revient. Une fois n'est pas coutume chez Will Haven c'est le jeu des chaises musicales : exit l'ex-Slipknot Chris Fehn, c'est désormais le claviériste Adrien Contreras à qui l'on doit les ambiances du précédent album qui tient la basse), alors concrètement ça donne quoi dans la cuisine du Diable !?

WH reprend les choses là où Voir dire les avait laissées mais en conceptualisant davantage l'ensemble à l'instar des pistes simplement et radicalement nommées A,B,C,D assurant des introductions (ou des pauses c'est comme on le ressent...) instrumentales et atmosphériques entre les 5 nouveaux titres. Le groupe a conservé l'essence et les ingrédients de Voir dire mais décline sa recette à la sauce Drone Métal ("Soul leach" et "Pop 14" énorme au final magistral) et Sludge ("Hermit" et "Do you have a light" que n'aurait pas renié un The Abominable Iron Sloth), seul "The comet" trahira l'ADN du groupe et mettra en lumière la filiation avec Carpe diem : les aficionados du groupe apprécieront particulièrement...

L'inspiration chez les Californiens ne semble pas se tarir et c'est tant mieux, capable de se relire sans se répéter, d'évoluer sans se renier, Grady et sa bande proposent avec cet EP non seulement la suite d'une discographie sans faille, mais également une porte aux non initiés, car ce court format permet de rentrer (et sortir...) plus facilement de leur univers, la frustration à parfois du bon et même si l'on aurait encaisser 2 ou 3 titres supplémentaires, on passerait volontiers un pacte avec « El Diablo » pour un rejeton de cette qualité tous les trois ans...

Will Haven / Chronique LP > Voir dire

Will Haven - Voir dire Voir dire sonne le retour de Grady Avenell derrière le micro, évènement qu'attendaient les aficionados du groupe depuis le cultissime Carpe diem en 2001, malheureusement le quartet qui a œuvré à la construction de ce monument ne sera pas reformé pour autant car c'est au tour de Mike Martin (bassiste depuis le début) de quitter (momentanément ?) l'aventure, remplacé au pied levé par un Chris Fehn qui devait en avoir marre de jouer le faire-valoir du clown (et on le comprend.) chez Slipknot. Autre surprise, l'arrivée de deux petits nouveaux : Anthony Paganeli à la seconde gratte et Adrien Contreras aux claviers, finalement seul Jeff Irwin n'aura jamais fait défaut en 6 albums, ce qui fait de lui la colonne vertébrale de Will Haven. Mais dès "When the walls close in" on sait qui en est l'âme tellement le titre semble sortir des entrailles de Carpe diem, un retour de 10 ans qui éclipse un peu le pourtant réussi et efficace précédent album avec Jaworski.

Constat terrible mais il faut se rendre à l'évidence, jamais les compos ne seront aussi habitées et tourmentées qu'avec Avenell, il suffit d'écouter l'intro "Held to answer" pour que le décore soit planté : sombre, mystique et déchiré. Toujours paré d'un son incroyable et d'une dynamique de psychotique, le groupe peaufine davantage ses morceaux et en cela on peut y voir une filiation avec The hierophant : "Urban agoge", "Midas secret", "Object of my affection" et "The siege" illustrent parfaitement l'évolution de Will Haven depuis 2007 , mais on franchit ici un pallier supplémentaire, plus ambiant encore que les précédents, le groupe met le paquet sur ce 6ème volet, plus mélodique également ( oui, enfin c'est relatif mais quand même.) Irwin distille au détour de riffs toujours aussi lourds et tranchants des accords retorses qui font mouche , au fur et à mesure des écoutes on se surprend même à penser à Vancouver, Unfold voire Impure Wilhelmina.

Mais la grande force des californiens c'est de ne jamais se perdre en longueurs inutiles, quitte à frustrer nos sens et laisser nos émotions en perdition comme sur le sublime "A beautiful death" ou encore sur "Harvesting our burdens" qui conjugue la lourdeur d'un The Abominable Iron Sloth à l'émotion d'un Deftones. Le complainte "Lost" achèvera un album intense à la hauteur des attentes mais certainement moins facile d'accès, Voir dire se révélera après plusieurs écoutes à l'instar de "Lives left to wither" titre lourd et menaçant à l'atmosphère épique grégorienne finissant, après un crescendo alambiqué, par s'autodétruire ! Si certains ne juraient que par Carpe diem, pensant que le combo de Sacramento était arrivé au sommet de son art, ils devront revoir leurs jugements car si Voir dire ne surpasse pas ce dernier il l'égale en se renouvelant. Enorme !

Will Haven / Chronique LP > The hierophant

Will Haven - The hierophant Six années que le spectre de Will Haven nous hante après un split en forme d'avortement dû principalement à un Grady Avenell soucieux de privilégier sa vie privée après une tournée pour Carpe diem harassante. Frustré (mais pas fâché) le reste du groupe, avec le renfort de Cayle Hunter (Oddman et Armed Of Apocalypse), va développer deux nouveaux projets : Ghostride avec Rey Osburn (Death Valley High, Tinfed) et The Abominable Iron Sloth avec Justin Godfrey, qui donneront respectivement naissance à deux rejetons : l'excellentissime Cobra Sunrise et le non moins intéressant "éponyme", l'un étant une version stoner-metal et l'autre le pendant sludge du combo de Sacramento.

2006, retour aux affaires d'Avenell et donc de WH au complet... sauf que pendant la phase de composition des nouveaux morceaux, Grady (toujours lui !) se refait la malle, toujours pour les mêmes raisons, laissant la place à Jeff Jaworski (Red Tape) qui avait déjà donné de la voix sur WHVN (le morceau... "Jaworski"). Quatre titres sont déjà écrits et seront conservés, le reste de l'album sera écrit par le nouveau hurleur de service, ce qui lui donnera moins l'impression d'arriver comme un cheveu sur la soupe !
Derniers changements : la production est assurée par Chino Moreno (Deftones, Team Sleep, Crosses...), Shaun Lopez (qui s'occupe aussi de l'enregistrement) et le groupe lui même, exit donc Eric Stenman (producteur toutefois des side-projects mentionnés plus haut), on reste donc en famille et pour finir le skeud sort chez Bieler Bros Records et non plus chez Revelation Records !

Alors WH sans Avenell, est-ce encore le même groupe? Musicalement on ne va pas vraiment dire le contraire, on retrouve tout les ingrédients des géniteurs d'El diablo et Carpe diem, derrière le micro ça (r)assure et ça respecte scrupuleusement le cahier des charges au point de ne pas choquer plus que cela, pire l'intérim apporte davantage de variation dans un chant que certains (pas les aficionados c'est sûr !) trouvaient un peu rébarbatif à la longue. Seulement Will Haven c'est aussi ce côté aliénant porté depuis le début par un frontman rageur et tourmenté souvent à la limite de la rupture, détail qui a son importance au final car il donne le "la" à une atmosphère pesante et souvent malsaine jouée par le reste du quatuor si caractéristique des albums précédents.
Moins possédé qu'à l'accoutumée donc, la rythmique se montre également moins lourde et massive, (sans perdre en efficacité cependant), tout comme les riffs d'Irwin qui s'érigent moins en mur du son, le tout se montre plus ouvert et démonstratif. L'aventure au sein de Ghostride et The Abominable Iron Sloth a forcément laissé des traces dans les compositions actuelles, toutefois en prêtant une oreille plus attentionnée à The hierophant, des titres comme "Handlebars to freedom", "Singing in solitary" et "Sammy Davis Jr's One good eye", on retrouve davantage l'héritage de Carpe diem et WHVN, ce qui n'est pas vraiment un hasard car ces titres ont été écrits par Avenell , la sauce prend sans problème avec les titres de Jarowski qui assènent quelques baffes au passage avec un petit goût de reviens-y : "Caviar with maths", "A Day without speaking", "Helena", "Landing on ice" et "King's Cross", en revanche "Firedealer" ne décolle pas et le lent et long "Skinner" casse un peu une dynamique qui avait été parfaitement installée.
On reste quand même sur une excellente impression, notamment pour le plaisir d'entendre à nouveau ce groupe singulier et sincère, mais avec ce petit détail en moins, cet ingrédient indispensable pour retrouver un plat à la saveur bien particulière et inégalable, en clair un album à mettre à part du reste de la discographie pour les puristes mais qui pour autant ne lui fait pas injure. Loin de là.

Will Haven / Chronique LP > Carpe diem

Will Haven - Carpe Diem Deux ans après un WHVN moins conceptuel et plus varié, le quatuor s'apprête, avec une régularité qui frôle la préméditation, à nous frapper une nouvelle fois avec cependant une petite nouveauté en son sein : l'arrivée de Mitch Wheeler à la place de Wayne Morse derrière les fûts, un changement qui passe presque inaperçu tant l'univers et la singularité de Will Haven semble agir sur ses membres plutôt que l'inverse, comme une pseudo entité spirituelle influencerait le comportement de ses adeptes en quelque sorte.

D'ailleurs en parlement de comportements, si Carpe diem revêtait les traits de caractère d'un personnage de fiction, il ressemblerait beaucoup à Mister Hyde, le Docteur Jeckyll pourrait dans ce cas s'apparenter au Around the fur des Deftones.
Il suffit d'une seule écoute pour prendre conscience que l'on a entre les mains quelque chose qui fera date dans l'histoire du métal, une pièce unique et parfaite en son genre : enchaînement et mélange de fureur, de noirceur, de puissance et d'émotion. Les trois premiers albums avaient touché les sommets par bien des aspects de leur musique, mais là c'est un cran au-dessus, cette œuvre est "le sommet" et risque bien de devenir un monument dans la catégorie.
Le combo de Sacramento réussit la mutation qu'il avait opéré avec le précédent album, à savoir délivrer une puissance et une lourdeur rythmique basse/batterie impressionnante, les riffs de gratte aliénants et singuliers d'Irwin rivalisant d'efficacité avec le couple Martin/Wheeler, tout en maintenant une tension constante sur nos sens comme l'avait fait quatre ans auparavant El diablo grâce à un Avenell toujours aussi tourmenté et vindicatif !

Entre les oreilles et dans le cerveau c'est un véritable cataclysme, on subit une série d'ondes de choc et ce dés les premières notes de "Saga" on se dit alors que ça a des airs de fin du monde.et c'est le cas ! Les californiens nous infligent un Carpe diem à la cadence martial et dévastatrice ,le très deftonien "Dressed in night clothes" vous prendra aux tripes alors que l'oppressant et plus ambiant "BATS" vous mettra à genoux , ainsi exposé on encaisse fatalement le furieux et urgent "Dolph Lundgren" qui distribue des coups comme s'il en pleuvait ! "Alpha male" et "Miguel..." en guise d'assaut final, un pilonnage massif et violent qui ne fait pas de quartier et encore moins de survivants! "Moving to Montana" sonne la fin du carnage comme le hurlement déchirant d'une vengeance assouvie... mais finalement c'est "Finest our" qui marque le plus les esprits : suintant l'émotion pure, la rage, le désespoir et le chaos ce crescendo sonore vous emportera comme les eaux grossies par de violents orages emportent tout sur leurs passages!

Will Haven / Chronique LP > WHVN

Will Haven - WHVN Deux ans se sont écoulés depuis le dantesque El diablo : Grady Avenell, Jeff Irwin, Wayne Morse et Mike Martin reviennent armés d'une belle réputation scénique, en tournant notamment auprès des Deftones, Soulfly et Vision Of Disorder. Toujours drivé par Eric Stenman et signé chez Revelation Records les californiens, à la vue de leur cover plutôt explicite, risque d'affoler les compteurs Geiger !

Grésillement lointain, ça s'approche, une voix hargneuse comme un cleps qui défendrait son territoire tente de nous prévenir, trop tard ça déboule comme une avalanche : rythmiques en béton armé, riffs de schizophrène et vocalises d'écorché , pas de doute "il" est revenu. A l'instar de la créature de Stephen King, ce WHVN va prendre différentes formes, nous duper pour mieux nous surprendre et nous faire mal. Passé le typique "Fresno", on découvre avec "If she could speak" un Will Haven plus direct et carré, dégageant moins de noirceur qu'à l'accoutumée, impression confirmée avec le très hardcore "Jaworski" ( titre portant le nom du frontman de Red Tape qui donne le change à Avenell sur ce morceau précurseur sans le savoir de The hierophant).

"Slopez" (dédicace à Shaun Lopez de Far) lourd, lent et désespéré nous ramène aux albums précédents et remet le groupe en terrain connu alors que "End summary" dans la foulée dévoile une fois encore une facette plus compact et agressive du combo.
A ce stade pas évident de savoir à quelle sauce on va être bouffé : on en est même un peu dérouté et finalement c'est 3Genesis 11" morceau d'anthologie comme on les aime chez WH qui se pointe : tourbillon de riffs, magma rythmique : radical ! Suit "Dallas drake", alchimie parfaite des titres précédents : rentre dedans, dense et malsain. Les titres sont plus variés sur cet album et "Death do us part" ne viendra pas démentir ce constat, plus lent et sournois ce titre nous enlace comme un anaconda pour ensuite nous briser et nous étouffer lentement, "Muse" magistrale exécution du quatuor de Sacramento, n'aurait pas dépareillé sur El diablo, "Miguel Abburido" plus ambiant et mélodique , surprenant même avec la façon dont Grady Avenell a de poser sa voix ! Epilogue de ce 3ème chapitre ? presque car s'en suit le remix de "I've seen my fate" qui bien que réussi, n'apporte pas de plus-value voire fait tâche ! "Sign off" comme "!escucha !" sur le précédent album viendra clôturer la galette dans une atmosphère post-apocalyptique.

Moins conceptuel que les 2 albums précédents, moins oppressant également ce WHVN est plus varié et peut être plus abordable pour qui voudrait entrer dans l'univers du groupe. Pour les autres il faudra quelques écoutes pour l'appréhender et apprécier ces compos en pleine mutation qui, sans renier l'esprit originel, montrent que Will Haven évolue et ne vit pas sur ses lauriers.

Will Haven / Chronique LP > El Diablo

Will Haven - El Diablo Après un premier effort éponyme foudroyant, le groupe de Sacramento, accessoirement pote de longue date avec Far et les Deftones, sort son second album sous la houlette d'Eric Stenman (Far, décidément, mais également Thrice, Senses Fail et... les Deftones) et chez Revelation Records (Quicksand, RATM, Youth Of Today, Shelter...). La galette semble prometteuse alors qu'un an tout juste la sépare de l'éponyme : on se dit alors que ce dernier n'était peut être que la bande annonce de cet El diablo.

Une mélodie dissonante envahit notre espace sonore, introduction oppressante, on commence à manquer d'air et c'est un riff puissant à la sonorité bien singulière et presque familière qui vient littéralement éventrer nos enceintes, la basse claque et résonne, la batterie martèle l'auditeur, là dessus Grady nous vomit sa rage : ça déchire au propre comme au figuré ! Les californiens viennent d'enfoncer le clou, la recette est la même mais va bénéficier de davantage de moyens : production moins brute de décoffrage, compos plus lourdes et puissantes, titres plus longs qui laissent le soin au groupe d'installer de nombreuses ambiances et de nous plonger dans une atmosphère particulièrement malsaine. Il y a quelque chose d'aliénant chez WH, la folie semble guetter l'auditeur à chaque morceau, c'est tendu et menaçant, la rupture est palpable : El diablo est un disque qui ne marque pas les esprits, non, il les possèdent !

"Stick up kid" vient de nous rouvrir les cicatrices tout juste cautérisées du premier EP et c'est vacillant que l'on doit encaisser un pur morceau d'anthologie : "I've seen my fate", un riff bourdonnant se rapproche et s'arrête soudainement, le calme avant la tempête : une vague sonore d'une rare violence vient nous jeter par dessus bord, ces rouleaux infernaux nous entraînent inexorablement au fond ! Grady expulse sa colère et son désespoir, sa voix résonne même sous l'eau, on profite d'un creux entre deux vagues pour tenter de remonter à la surface et respirer mais en vain.il n'aura fallu que 3'48 à ce tsunami pour nous terrasser ! "Ego's game" nous sort brutalement de ce cauchemar pour nous y replonger illico presto, Will Haven nous offre une plongée abyssale dans les tréfonds de l'âme humaine et il en sera de même pour "Manson", les riffs de Jeff Irwin contribuant énormément à l'ambiance que nous impose le groupe, les sons qu'il diffuse donne le change à la voix d'Avenell c'est ce qui donne toute cette émotion, cette tension omniprésente. C'est criant sur "Climbing out this bottle", titre plus lent et lourd mais aussi plus ambiant laissant entrapercevoir un Grady plus fragile qu'écorché. Le couple basse-batterie n'est pas en reste et n'est pas à reléguer au second plan, il contient la tension et la rage, impose le rythme pour éviter l'implosion et donne cette puissance de percussion au groupe : écoutez "Extinguish" et son intro très "KoRnesque" qui nous renvoie au meilleur de Life Is Peachy, diablement efficace ! "Baseball theory" et "June" quant à eux sont deux titres qui ne font qu'un : sep minutes qui résument bien les qualités et le concept d'El diablo.

Ce chemin de croix émotionnel se termine sur un magistral "Foreign film" , titre une nouvelle fois lourd et lent qui semble laisser s'échapper des enfers la voix d'une âme damnée.magnifique ! "!Escucha!" dernier assaut sonore avant une longue remontée vers la lumière, sorte de pallier de décompression nécessaire à notre esprit abasourdi, c'est là que l'on prend conscience du moment épique et singulier que l'on vient de traverser.

Will Haven / Chronique EP > Will Haven

Will Haven 1996, un petit groupe de Sacramento sort un EP 7 titres sans faire de bruit médiatique..en revanche en ce qui concerne nos tympans c'est une déflagration sonore : la rage d'un Vision Of Disorder, l'émotion viscérale d'un Deftones et la noirceur d'un Neurosis, rien que ça ! D'ailleurs d'entrée une intro inquiétante nous fait craindre le pire, on s'accroche sans savoir vraiment à quoi s'attendre et c'est un "Choke" frontal : martèlement de la batterie comme si cette dernière voulait nous ouvrir tout simplement le crâne, riffs syncopés et tranchants comme la lame de Jack l'Eventreur, c'est à la fois tendu et oppressant, la voix à la limite de la rupture nous submerge d'émotions : il aura fallu moins de 4 minutes pour nous arracher le cœur et libérer nos plus douloureux souvenirs, noires pensées et rage primaire.
Grady Avenell est le chirurgien en chef menant l'équipe chargée de nous opérer à cœur ouvert. Au scalpel : Jeff Irwin et sa gratte qui le démange, aux pinces Mike Martin et sa basse inflammable et pour éponger tout ça, Wayne Morse derrière les fûts. Pas moyen de s'enfuir de la salle d'opération : chaque riff d'Irwin nous blesse profondément et résonne singulièrement : les yeux fermés ont reconnaît ses coups, et pendant ce temps, derrière ça assure : la basse de Martin plombe l'atmosphère et nous impose un rythme cardiaque pour pas que le cœur ne lâche, Morse à la batterie dresse un mur sonore et réduit encore plus l'espace pour respirer.
Les compos de WH ne laissent pas indifférentes, les mélodies sont présentes de manière retorses et sinueuses ce qui donne à l'auditeur ce plaisir coupable d'écouter une musique malsaine. On assiste à la genèse du groupe car même si l'ensemble peut paraître un peu rébarbatif , des titres émergent singulièrement comme "Rut" version brute d'un Deftones période Around the fur, "Fisk" carré et puissant comme un futur titre de Carpe diem, "Asking" comme "Choke" très emblématique du Will Haven des débuts : basse marteau-piqueur, riffs de psychotiques et un Grady qui vomit sa rage jusqu'à son dernier souffle mais c'est "Both ways" qui retient le plus notre attention et laisse présager de l'énorme potentiel émotionnel du combo de Sacramento, le break emmené par Irwin nous touche, nous hypnotise, on baisse alors la garde et dés la reprise c'est le K.O ! Will Haven à deux visages : à la fois metalcore et post-hardcore moderne, leur musique s'écoutant autant qu'elle se ressent.