WHEELFALL - Glasrew Point Les tripodes sont les seuls à avoir survécu à Interzone, sorti il y a déjà trois ans. Et ils règnent désormais en maîtres sur ce Glasrew point, colossal double album qui voit les Nancéiens sortir du carcan parfois étriqué du stoner/doom. Difficile d'y coller une étiquette précise, mais cet opus s'adresse définitivement aux fans de métal extrême, de l'Indus de Trent Reznor au Post-Hardcore de Cult Of Luna en passant par l'ambiance inclassable du Monotheist de Celtic Frost ou d'un album de Neurosis. Un virage stylistique à 190° où Wheelfall défonce absolument toutes les portes qui s'ouvrent à lui sans jamais s'y perdre ou devenir pompeux. En nous trimbalant de paysages lunaires en ambiances païennes, Glasrew point nous fait revivre la descente de Dante aux enfers avec inventivité et style.

Glasrew point n'est pas conceptuel qu'à moitié puisque ce sont un peu plus de 80 minutes de musique sombre, anxiogènes et épiques qui nous sont proposées cette fois. Et pourtant Wheelfall évite l'écueil quasi systématique du double album indigeste et finalement inécoutable. Tout en gardant la cohérence nécessaire, l'album varie les ambiances, les styles et les nuances sonores grâce entre autre à un énorme travail de recherche en studio. Quelques superbes interludes cinématographiques et électroniques, qui rappellent FWF, le projet solo de Fabien, (Chaos Echoes, Phazm), viennent calmer le jeu par moment pour prendre le temps d'installer une atmosphère prenante, rappelant même les sonorités d'un Vangelis sur "A night of dark trees". Chaque titre trouve aisément sa place, sa durée, et regorge de surprises sonores et d'idées brillantes, que ce soit dans la variété du chant, les rythmes, l'approche des guitares ou les nappes électroniques qui habillent l'album ici et là. Car la tracklist elle non plus n'est pas conçue au hasard, l'enchaînement de certains titres permettant de leur donner un sens différent, nous offrant même quelques triplettes absolument parfaites.

Inutile de préciser que l'ambiance générale donne clairement dans le genre lugubre, mécanique, froid et violent (l'excellentissime "Vanishing point") voire carrément torturé ("Sound of salvation") même si quelques rayons percent les nuages par endroit ("Pilgrimage" notamment, qui invite l'auditeur à ne pas se suicider juste à la fin du premier CD). Malgré cela, Glasrew point possède une véritable atmosphère plus attirante et cathartique que repoussante, en plus d'une concision dans le propos qui donne envie d'y revenir régulièrement.

A noter que l'album sera vendu avec un roman écrit par Blandine Bruyère qui relate le récit de ce double album, même si l'album lui-même possède déjà une force d'évocation suffisante pour vous faire faire votre propre récit.