Vagiant - Gospel according to vagiant Une mise en route qui prend la forme d'un discours parfaitement inintelligible pour qui la connaissance de la langue russe défonce allègrement le zéro absolu (au hasard votre serviteur), Vagiant s'en fout et prend quand même le risque de larguer d'entrée de jeu le non-russophile averti. Bon ceci dit, cela ne dure que quelques trente-sept secondes et des poussière et l'auditeur un peu mal luné aurait par conséquent bien tort de ne pas aller plus loin. Parce que c'est quand ils laissent entrer les instruments dans la partie que les membres du quintet, qui se sont fait la main ces dernières années en ouvrant pour des groupes comme Jucifer, Red Fang, Rolo Tomassi, marquent les esprits. Ouais ils sont comme ça les Vagiant en fait...

En revendiquant un sens de l'humour assez particulier, les russes jouent les nerds un peu misanthropes (en même temps quand on vit en Russie parfois hein...) et balancent ici quatre "vrais" titres composant un premier EP officiel faisant suite à une démo restée confidentielle et cantonnée à leur pays natal. Et dès le premier titre : "Origins of man", l'ironie cinglante comme la puissance évocatrice de leur musique barbouille les enceintes de ce cocktail hautement foudroyant de mathcore/rock sauvage, de noise punk subversif et d'autres petites friandises expérimentales bien velues. Un petit zeste de hardcore bien écorché et voici que Vagiant change de braquet avec le délirant mais un peu cradingue "Eternal quest for endless beauty". Un chant tout en ruptures, des lignes instrumentales toujours plus insaisissables, on commence à comprendre que dans leur délire bien à eux, ces gars-là vont varier les plaisirs.

Et c'est le cas avec ce troisième titre monstrueux de feeling rock/hardcore/math/noise gorgé de ce qu'il faut de fougue métallique pour se faire bruyamment remarquer. Mais ce n'est encore rien par rapport à ce que va proposer "How bad is your karma" en termes de maîtrise comme d'efficacité. Ou la preuve d'un talent évident qui évite aux Vagiant de s'échouer sur les récifs du joyeux bordel sonore, certes provocateur mais absolument incontrôlé. Pas de ça ici, tout est millimétré au poil de c..., fruit d'un vrai travail d'écriture et de constructions plutôt bien pensée, ce, même si le quatrième et ultime titre de ce Gospel according to vagiant est un peu en deça de ses glorieux prédécesseurs. Faut dire aussi que le groupe y développe un math-rock noisy volubile et bougrement salvateur mais un tantinet insaisissable à forcer de (trop ?) tirer sur la corde. Pour le reste, c'est tout pour cette fois et c'est déjà pas mal.

PS : si tu es curieux, l'EP est en téléchargement "pay what you want" juste en dessous.