Sequed'in Rock X : Unswabbed Sequed'in Rock X : Unswabbed Un EP en autoproduction et en anglais, Unswabbed c'est un groupe qui débute ?
Séb : Un groupe qui revient aux sources ! Au début, on chantait en anglais mais c'est pas une justification, c'est plus la mise en danger...

Ou personne ne voulait vous signer ?
Charles : Quelle agression ! (rires)
Séb : Au contraire, le plus dur, ça a été d'être dans le bureau avec des gens qui nous suivent depuis des années et de rompre. On se sent extrêmement libre, est-ce qu'un jour on aura un autre label, pourquoi pas...
Charles : On ne peut pas nier que c'est beaucoup plus rapide, tu composes, Tof a un studio, tu peux enregistrer et tu peux presque le presser et le sortir dans la foulée, repartir faire des concerts tout de suite... Quand t'es dans un label, t'as une sorte de latence hyper chiante... Notre premier skeud est sorti en 2004, on l'avait enregistré en 2002... J'aime pas ce côté lent quand t'es sur un label.
Séb : Si on revient sur un label, il faudra qu'il soit réactif.
Tof : On peut se permettre d'être autonome avec le travail du studio, on peut bosser et c'est plus facile à gérer financièrement. On a un outil à disposition sans avoir besoin de quelqu'un qui nous épaule pour l'investissement...

Et pourquoi un EP, le deuxième est quasi prêt il me semble...
Charles : On a déjà pas mal de titres.
Séb : On a bien plus que pour faire un EP mais on n'a pas de ligne de conduite. On a été latent pendant un an ou deux à se chercher un peu, après l'acoustique il ne s'est pas passé grand chose. Au moment où on s'est dit "on y retourne", on voulait y aller tout de suite, on ne voulait pas chercher un label pour en trouver un qui te dise "ça va sortir dans un an". On a décidé de sortir un EP, 5 titres, on voulait le faire quand on en avait envie, être libre. Le prochain ce sera peut-être un EP, peut-être un album...
Bruno : C'est une nouvelle situation pour nous, on retrouve des sentiments qu'on avait au tout départ, on retrouve ce côté "saut dans le vide", c'est hyper appréciable car on va bientôt fêter nos 20 ans, on a des tonnes d'automatismes, le line-up n'a presque pas bougé. Comme pour l'acoustique, on se met en danger et on retrouve de l'adrénaline et on est en flux tendu.
Séb : Ce qui est vraiment agréable avec cette situation, c'est que si on n'arrive pas à faire ce qu'on a envie de faire, à savoir faire beaucoup de dates, on n'aura aucune excuse ! Si ça foire, on s'en prendra qu'à nous-mêmes. Là, le bébé nous appartient, on a repris la main car à des moments, il nous appartenait un peu moins, on fait un épisode supplémentaire.
Charles : Ce qui est marrant, c'est qu'après avoir quitté notre label, on a signé chez un tourneur, ce qui ne nous était quasiment jamais arrivé, on a signé chez Rage Tour qu'on remercie d'ailleurs au passage. On va faire plus de dates qu'on en a jamais faites, la balance est bien faite, on gère le côté artistique comme on veut et on va faire plein de dates.

Et faire des dates, ça rapporte plus que de faire un disque...
Charles : Oui, financièrement, ça permet d'avoir un turn-over de thunes, d'investir dans d'autres choses.
Séb : Ca ne rapporte pas grand chose non plus, sinon on aurait fait de la variété ! Là, on va avoir un backdrop, on a tout axé sur les concerts, on n'a pas fait de clip même si on aimerait bien, on a une idée avec des histoires à illustrer...
Charles : Ca, c'est le côté t'as pas de label, t'as pas 2 clips à 20 000 boules lors de la sortie de ton album !
Séb : Mais t'as plein de mecs, de graphistes qui te proposent des trucs, qui ont des idées. Dans un label, on te propose un gars, toi t'en veux un autre, il faut ramener quelque chose..., tu fais des demandes... Là on réfléchit en amont, on demande à des gars de délirer sur nos morceaux parce que peut-être on fera un truc et on a une cinquantaine de mecs qui réfléchissent sans savoir si ça va se faire alors qu'avant t'avais qu'un mec...

Unswabbed - Tales from the nightmares vol​.​1 Tales from the nightmares, c'est un volume 1, il y a forcément une suite de prévue dés le départ, c'est pas juste l'instant présent...
Charles : L'idée de départ, c'est de sortir 3 fois 5 titres qui se rejoignent à la fin. Le EP nous permettait de bosser plus rapidement, artistiquement ce que tu apportes est frais.
Séb : Tu ne défends pas sur scène des trucs que t'as écrit 2 ans avant... Le concept c'est de rester autour des mêmes thèmes, dans ma tête, c'est bien plus que 5 titres, c'est plus réfléchi que n'importe quel album.
Tof : On est en 2014, les gens ne sont plus bloqués sur un format album, ils téléchargent un titre par-ci par-là, ils se foutent un peu du support.
Charles : Et ça nous permet de le vendre moins cher sur le stand de merch, les gens claquent 5 euros, c'est pas dramatique.
Bruno : C'est rigolo de bosser sur un triptyque, de réfléchir à une suite, tout en gardant une spontanéité, on ne fait pas un concept album, on laisse aller notre imagination, on verra où ça nous emmène.

C'est pas un concept album mais ça tourne autour du même thème de la nuit, des monstres...
Séb : On a gardé la même recette qu'avant, si ça ne nous touche pas, c'est pas possible. Y'a pas un morceau qui ne soit pas autobiographique, même quand ça parle d'un mec qui se fait exécuter, je me reconnais un peu dedans.

L'illustration, chacun y voit ce qu'il veut, qui est responsable ?
Charles : C'est Benjamin Poupel.
Séb : Même nous on ne sait pas ce que c'est ! C'est génial.
Charles : Personne ne sait ce que c'est. C'est un objet qu'il a trouvé, qu'il a trimballé, il l'a pris en photo et c'est devenu la pochette. Il a aussi fait les photos de presse.
Tof : Il nous a proposé pas mal de photos de paysages, d'objets, on a ciblé celles qui correspondaient le plus à la musique, celles qui étaient les plus mystérieuses, les plus étranges.
Charles : Ce qu'on peut dire c'est que ce n'est pas une tête de vache, on n'en sait pas plus.
Tof : Le côté mystérieux attise la curiosité, c'est sympa...

Vous avez écrit une espèce de comptine pour enfants, ça me fait penser à "Shoots & ladders" de Korn...
Séb : Eux, c'est une vraie comptine américaine, les gamins comptent leurs doigts de pieds (NDO : le titre c'est "This old man"), nous on a essayé d'en inventer une, c'est un super défi...
Sur scène ce ne sera pas joué, ce sera un sample...
Charles : On n'a pas vraiment les moyens de ramener 14 gamins pour une chanson ! Si on les avait, on le ferait mais on ne les a pas...
Tof : Déjà en studio, il y a pas mal de gruge...
Bruno : Peu importe qu'ils soient là ou pas, ce truc-là c'est sur l'imaginaire, les gens pourront imaginer qu'ils sont là. La comptine collait aux textes mais aussi au fantasme collectif des films d'horreur.
Séb : Genre le film dont on parle en ce moment, Anabelle, c'est encore une petite fille. Nous on a bouffé du Twilight Zone, du CreepShow, du Conte de la Crypte... Tu crois que ça vient d'où Tales from the nightmares ! C'est une forme d'hommage, on baigne là-dedans depuis qu'on a 15 berges. Ces codes reviennent tout le temps, l'ombre que tu vois dans la glace quand tu te rases, les phobies, la schizophrénie... Quand tu regardes les albums qu'on a fait avant, y'a moyen de faire un pont. Le fait de se centrer sur ce thème a d'ailleurs aider au changement de langue.

Sequed'in Rock X : Unswabbed Sequed'in Rock X : Unswabbed Séb, c'est toi qui écrit en anglais ?
Séb : Pas tout seul, c'est validé par tout le monde avec des morceaux apportés par tout le monde.
Bruno : On fonctionne comme avant, on envoie à Séb des idées, des phrases, des bouts de texte, des mots qu'on aime bien, du vocabulaire et c'est lui qui structure, qui articule le tout.

Et chanter en anglais, ça ne vous coupe pas trop du public qui ne peut pas forcément chanter...
Charles : Si. Clairement. Pas mal de monde aimait bien Unswabbed parce que c'était en français et ils pouvaient reprendre les textes. Notre choix s'est porté sur l'anglais non pas parce qu'on a fait le tour, Lofo ça fait 12 albums qu'il font en français, t'as jamais fait le tour, mais nous on se sentait de faire autre chose, de le faire en anglais.
Séb : Je reviens sur ce que disait Bruno tout à l'heure, c'est une vraie démarche spontanée, ce qu'on voulait faire à cet instant, c'était en anglais, on n'est pas dans la blasitude parce que j'espère qu'on jouera encore ensemble quand on aura 70 berges. On voulait le faire en anglais, personne n'était là pour nous dire de ne pas le faire. On avait par le passé penser faire une reprise, mais tu fais pas une reprise en anglais dans un set en français, ça ne tient pas la route. En acoustique, on a repris du Lynyrd Skynyrd et ça marchait parce que la musique était différente, et pourquoi ça marcherait pas sur le reste ? C'est une mise en danger totale et à la limite, j'aime beaucoup l'idée qu'il faille aller vendre son truc en concert, faut y aller. Et là, le thème du cauchemar, ça marche mieux en anglais.
Charles : Faut pas oublier qu'on a commencé en anglais. La plupart des gens ne le savent pas mais on a passé des années à chanter en anglais. Pour nous, là, ça apporte de la fraîcheur, je suis d'origine anglo-saxonne, c'est donc naturel. Une fois ça m'a gêné, c'était en Belgique je crois, un mec est arrivé et m'a dit "je ne comprends plus rien, ça me saoule". Moi je pars du principe que tout le monde parle un peu anglais, j'ai pas su quoi répondre, "Bah désolé. Juste désolé".
Séb : On change de langue et on raconte des histoires, y'a double couche par rapport à ce qu'on faisait juste avant.
Charles : La mise en danger est maximale, on ne joue pas sur ce qu'on avait emmagasiné, si tu fais de la zik pour te reposer sur tes lauriers, tu deviens AC/DC et tu te fais grave chier... Toute proportion gardée !!!
Bruno : Le fait d'avoir fait Intact, ça a joué aussi, on s'est retrouvé dans le délire unplugged à l'américaine avec des bougies, on jouait de manière super anglo-saxonne, on se retrouvait tous dans notre éducation musicale, à part Tof, on est tous dans la musique anglo-saxonne à fond. Chassez le naturel et il revient au galop. En bossant ces morceaux comme ça, c'était détendu, hyper naturel.
Séb : Je suis très fier de Intact mais c'est l'album qui a le plus partagé le public, on le comprend et on l'a bien vu, dans des endroits métal on nous disait "c'est quoi cette musique de tapette" et de l'autre côté les gens trouvaient l'album bien sans savoir ce qu'on faisait chez eux. En sortant d'Intact, on avait ultra divisé notre public, un groupe qui se repose sur ses lauriers seraient revenus à ce qu'il faisait avant, on pouvait retourner dans notre truc, c'était pas forcément facile mais on aurait pu le faire. On s'est tapé un peu une déprime, on était déçu de pas faire 50 dates avec l'acoustique... Quand on est sorti de ça, on n'a pensé qu'à nous. De toute façon, on a déjà tranché, on n'a pas fait de conformisme, là on fait encore quelque chose de différent.

Mais du coup, tu mélanges du français et de l'anglais et ça ne te gène plus...
Séb : Ouais, mais ce n'est pas les mêmes proportions, l'objectif à très court terme c'est de ne balancer que le Unswabbed de maintenant, peut-être qu'on reviendra à d'autres titres plus tard, on n'en sait rien. Unswabbed c'est une famille, c'est pas un groupe qui doit faire les mêmes titres tout le temps... Si ça se trouve dans 5 berges, on dira "ouais, on a fait un EP en anglais, on s'est vautré la gueule mais on s'est éclaté".
Bruno : Ou ça a super bien marché...
Séb : Le seul principe, c'est d'être libre, qu'est-ce que t'as d'autre à gagner en faisant cette musique-là ?

Il y a aussi deux titres très "pop-rock" que vous n'auriez peut-être pas écrit avant ? C'est l'influence d'Intact ?
Charles : C'est marrant que tu dises que ce soit plus pop rock parce que nous on le trouve plus violent et dur. Bien sûr il y a "Dead end zone" qui sonne très rock... C'est la répét' de ce jour-là, c'est l'influence de la répét' de ce jour-là !
Séb : Le rock en France, ça n'existe pas, les groupes de pop se disent rock et les groupes de rock qui passent à la radio, y'a pas de guitare dedans... On a ce titre pop rock très british mais les textes, c'est assez dépressif...
Charles : C'est comme un peu Nick Cave et les Murder ballads, ça balance bien, c'est majeur, c'est musicalement positif et le thème est lourd.
Tof : La prod est moins métal, on a fait des choix dans ce sens-là. Sur "Dead end zone", on laisse beaucoup plus de place au chant, on a laissé cette porte ouverte et c'est sympa.
Charles : Les grattes, c'est moins medium aigu, c'est plus dans le gras, le crado...

Sequed'in Rock X : Unswabbed sur scène dans 2 minutes... Sequed'in Rock X : Unswabbed sur scène dans 2 minutes... Vous avez composé plus de 5 titres, le choix a été difficile ?
Charles : Ce qui est fondamental, c'est "est-ce que la zik et le chant fonctionnent bien ?". Y'a des titres qui musicalement déchirent et ça marche pas avec le chant, c'est pour ça qu'on compose beaucoup de matériel avant de retirer que 5 titres.
Bruno : On ne sacralise pas nos morceaux, l'un des membres ne va pas dire "j'adore ce riff-là, il le faut", on peut être hyper emballé par un titre et trois jours plus tard le trouver moins bon et l'abandonner pendant des mois. On n'a pas choisi ces titres au milieu d'une tonne de trucs, ceux-là sont ceux qui ont fonctionné en premier, la mayonnaise a pris tout de suite, un autre jour, ça aurait pu être d'autres titres.
Séb : Une grande victoire pour nous, c'est que ce soir, on ne jouera pas un "grand morceau" d'Unswabbed. Y'a des morceaux qu'on joue depuis 96, y'aura pas "Si souvent", y'aura pas "Rien à perdre"... Peut-être qu'on se fout dans le mur mais c'est notre optique.
Charles : Je croise un mec tout à l'heure qui me demande si on va jouer "Si souvent" ?". Nous on est H24 dedans, on l'a joué 750 fois...
Séb : C'est même pas une histoire de lassitude, c'est que t'es plus honnête quand tu le fais, ça fait 15 piges qu'il a été écrit... Même "Jusqu'à l'aube" qui était passe-partout pour les gens du métal, si je fais écouter ça à ma mère, elle me saute à la gorge... Là, on joue en anglais, pas les morceaux les plus connus, pas les plus faciles d'accès... Mais c'est ce qui nous plaît en ce moment !

Dernière chose, la grosse tournée est attendue pour début 2015...
Séb : Mars plutôt...
Bruno : On fait quelques dates jusque la fin de l'année avec Lofofora, Aqme, Black Bomb A, tout seul...
Séb : Merci encore Rage Tour ! On n'a plus de label mais on a un tourneur, on espère que c'est le bon choix.

Et le deuxième EP, il sort quand ?
Charles : On en discute en ce moment...
Bruno : On ne l'a pas encore enregistré, on a fait les maquettes
Séb : On n'avait pas fait de préprod pour le premier, là on en a fait, on doit faire le tri.
Charles : On va quand même tourner avec ces 5 titres, il n'y a que 24h dans une journée, entre les répèt', le studio, les dates, bosser les sets... Ca ne sortira pas en décembre...
Bruno : On espère le sortir pour la deuxième série de dates au printemps.