metal Métal > Tusk

Biographie > De bruit et de fureur...


Relativement méconnu de ce côté de l'Atlantique (et même de l'autre... sic), si ce n'est des spécialistes, Tusk l'est en tous cas bien plus que Pelican l'entité qui en a découlée. Car à l'origine, Tusk était le projet réunissant Trevor de Brauw, Larry Herweg et Laurent Lebec avant que ces trois-là ne se décident à former un side-project baptisé Pelican, depuis devenu leur job principal et le groupe que tout le monde connaît. Les rôles ont changé, mais le trio n'en a pas pour autant oublié le projet de leurs débuts et continuent d'alimenter sa discographie avec une passion qui ne se dément pas, malgré une régularité assez incertaine. Formé au cours de l'été 98, le groupe sort son premier effort discographique en 2001, un EP éponyme qui préfigure ce que sera Get ready, un album long-format qui voit le jour un an plus tard. Adepte d'un metal sauvage et aventureux, aux confins du grind et du hardcore, le groupe enchaîne en 2004 avec un EP, Tree of no return, puis passe en mode "stand-by", du fait de l'explosion du phénomène Pelican et des autres side-projects de ses membres (Lair of the Minotaur notamment...). En 2006, les Tusk se retrouvent en studio, pendant les pauses "tour-off" de leur projet principal et mettent en boîte les quatre titres composant, The resisting dreamer. Un nouvel effort qui voit le jour l'année suivante chez Tortuga Recordings / Hydrahead.

Tusk / Chronique LP > The resisting dreamer


tusk_the_resisting_dreamer.jpg Quatre titres pour un peu moins de quarante minutes de musique, incluant un titre long de plus d'un quart d'heure, The resisting dreamer promet d'être compact, intense et destructeur. Et c'est effectivement le cas, mais il faut alors ajouter "torturé", à la liste des adjectifs qualificatifs. Véritable plongée en apnée dans les méandres d'un esprit malade, "Coaxing the resisting dreamer : the everlasting taste of disguise" entrouvre la porte des rêves, pénétrant sans se retourner dans l'inconscient d'un esprit aux dysfonctionnements schizophréniques latents. Tusk trouble notre perception des choses, alliant les plages de post-rock tellurique à un mélange noise-hardcore aussi lunatique que desaxé. Ereintant mais fascinant, The resisting dreamer n'est sans doute pas à mettre entre n'importe quelle oreilles, mais les amateurs d'Isis, Made out of Babies ou Battle of Mice devraient largement y trouver leur compte. Le diptyque "Coaxing the resisting dreamer : cold-twisted aisle" poursuit son oeuvre analytique. Fiévreuses, les modulations harmoniques orchestrées par le groupe gagnent en intensité, en noirceur également pendant que les nuages d'électricité s'assombrissent et que les éclairs commencent à lézarder le ciel...
L'orage ne s'abattra finalement pas sur nous, la furie brute restant contenue, le groupe se contentant de faire planer la menace pour mieux développer ses ambiances... sombres et tourmentées. Riffing massif, rythmiques milimétrées et saturation permanente, surmontée de quelques hurlements désespérés, Tusk livre une oeuvre où délires psychotiques se disputent à la désagrégation de la personnalité. A la fois frontal et labyrinthique, The resisting dreamer est un disque étrangemment structuré, troublant et alambiqué en même temps que libérateur mais obsédant. Lestant ses guitares d'une demi-tonne de plomb à chaque riff, Tusk pose ses instrumentations sur des structures changeantes qui peuvent à tout moment faire voler en éclats d'obsidienne un ensemble à la fois fragile et destructuré, mais paradoxalement homogène (l'imposant "Lewdness and frenzy of surrender"). Si Pelican entrevoit maintenant la lumière bout de son tunnel musical, de son propre cheminement personnel, Tusk lui semble s'enfoncer inexorablement dans les ténèbres, au coeur d'un univers quasi inextricable, fait d'incertitudes et de douleurs. Un monde musical dont on ne peut ressortir indemne...