metal Métal > Touché Amoré

Biographie > Touch me i'm famous

Né en 2007 du côté de la Cité des Anges, Touché Amoré est un quintet post-hardcore/punk mélodique américain donc qui connaît depuis ses débuts une ascension météoritique. Quand on est originaire de l'autre côté de l'Atlantique aussi, ça aide. Toujours est-il que le groupe livre dès 2008 sa première démo sous la forme d'un EP 7" qui voit le jour par le biais du label No Sleep Records (Aficionado, Coalesce, La Dispute...). Une tournée de la côte ouest américaine plus tard et le groupe met en boîte son premier album, ...To the beat of a dead horse, qui sort en 2009 chez Collect Records, le label de Geoff Rickly (Thursday). L'année suivante, Touché Amoré tourne avec du très lourd (Black Breath, Converge, Envy, Gaza, Strike Anywhere...), livre notamment un split avec le groupe Make Do and Mend et se fait repérer par l'écurie Deathwish Inc. (Converge, Deafheaven...) chez qui sort en 2011 un deuxième album attendu et très remarqué : Parting the sea between brightness and me.

Touché Amoré / Chronique LP > Is survived by

Touché Amoré - Is Survived By On avait pris une fessée mémorable avec l'impérial Parting the sea between brightness and me en 2011 (à l'automne pour être précis, soit il y a très exactement 2 ans), puis une seconde claque, plus courte cette fois au détour d'un split vinyle imparable partagé avec les excellents Pianos Become the Teeth : voici le troisième acte avec Is survived by, nouvel album "long-format" (enfin long... tout est relatif) des américains, toujours par le biais du décidément mortel Deathwish Inc., et fatalement une nouvelle baffe se révélant parfaitement implacable.

Pas de temps à perdre, le groupe envoie d'entrée un "Just exist" typiquement punk-rock éraillé, avec toujours cette griffe artistique si particulière, mais surtout ce songwriting acéré comme une lame de rasoir dès lors que le morceau s'embarque sur les territoires d'un post-hardcore sous haute tension émotionnelle. Un premier titre court et racé (moins de 2'20 au compteur) et déjà un auditeur sur les charbons ardents. Alors forcément, Touché Amoré enchaîne sans coup férir, prenant son temps et débutant les hostilités l'air de ne presque pas y toucher, presque en douceur, avant d'invariablement monter en pression et de délivrer son distillat sonore aux mélodies écorchées ("To write content", "Anyone/anything", le très beau "Non-fiction", l'éponyme "Is survived by").

Une écriture foncièrement rock, punk, parfois presque folk, empruntant les sillons d'une americana déchirée ("Praise/love") qui peut se muer en une hydre posthardcore aux éruptions particulièrement acerbes (le foudroyant "DNA", le sauvage "Harbor"). On pense à quelque chose d'assez souffreteux, manquant d'ampleur, pourtant à chaque fois, le groupe vient cisailler nos certitudes pour nous faire rougeoyer l'arrière-train de la manière la plus efficace qui soit sans pour autant user d'artifices outranciers (excellentissime "Kerosene"). Une écriture intelligente ("Blue angels"), incisive, racée, qui entre cavalcades punk-rock et séquençage émo-post-hardcore fait s'entrechoquer les émotions dans la cage thoracique de son auditeur. Touché Amoré pousse celui-ci dans ses retranchements sans jamais donner l'air d'avoir eu à forcer son talent ("Social caterpillar", "Steps").

La classe et la confirmation du potentiel bluffant de ce groupe, à l'aisance sans limite, qui représente sans doute l'avenir du genre outre-Atlantique.

Touché Amoré / Chronique Split > Pianos Become the Teeth | Touché Amoré

Pianos Become the Teeth | Touché Amoré Quand deux des labels les plus éminents en matière de hard de très haute qualité sur la scène nord-américaine, soit Deathwish Inc. et Topshelf Records, s'associent pour sortir un split 7'' en commun, on peut se dire que cela va forcément être un petit évènement. Fatalement, quand on sait que les deux formations conviées aux bacchanales sonores ne sont autre que la pépite screamo/post-rock/emo-hardcore Pianos Become the Teeth et la nouvelle bombe à retardement post-hardcore/punk du label de Converge, soit Touché Amoré, on en salive d'avance. Et à raison.

"Hiding" est le premier des deux titres à débarquer sur la platine, il est signé Pianos Become the Teeth et exhale une intensité émotionnelle qui nous fait pleurer des larmes de sang. Un morceau sur lequel, des trémolos dans la voix et porté par une tension à fleur de peau, le groupe convoque le meilleur de ce que la scène post-rock traditionnelle peut proposer et le fait s'accoupler avec un (post)hardcore screamo aux vibrations intimes enflammées, pour une pièce en forme de petit chef-d'oeuvre du genre. En un seul titre, PBTT a frappé un énorme coup et met de fait une bien belle pression sur le dos de Touché Amoré sensé lui répondre.

Même pas peur, les auteurs de l'excellentissime Parting the sea between brightness and me en 2011 lâchent un "Gravity, metaphorically" en réaction épidermique. Une cavalcade hargneuse aux esquisses mélodiques éraillées qui plantent des échardes dans l'épiderme de l'auditeur, des ruptures de rythme diaboliques et un contrôle absolu de la trame narrative de sa création sonore, Touché Amoré confirme le plus grand bien que l'on pensait d'eux et complète à merveille un split qui conjugue le post-rock, le screamo, le (post)hardcore, le punk et ses différentes déclinaisons pour un résultat qui prend l'émotion brute en son sens le plus pur comme dénominateur commun.

(très) Classe.

Touché Amoré / Chronique LP > Parting the sea between brightness and me

Touche Amoré - Parting The Sea Between Brightness and Me Alors celui-là, on ne pourra pas dire qu'il ne donne pas dans l'efficacité implacable. Impérialement ficelé, dominé par une hargne contaminatrice clairement affichée et quelques treize torpilles émotionnelles, le deuxième album de Touché Amoré est une fessée post-hardcore/punk particulièrement rougeoyante. Une grosse douzaine de balles dans le chargeur et pourtant une durée n'excédant pas les vingt et une minutes, les natifs de la Cité des Anges ne donnent pourtant pas dans le grindcore des familles et pourtant le résultat est évident. Les titres sont donc très courts et respirent ce sentiment d'urgence qui habite un groupe à la rage chevillée au corps malgré un côté "ultra-produit" qui confère à ce Parting the sea between brightness and me un aspect très propre sur lui.

Mais pas trop, car la vérité de Touché Amoré est ailleurs et c'est avec "~", "Pathfinder" puis "The great repetition" que celui-ci imprime sa marque. Car le quintet californien maîtrise parfaitement son sujet. Le propos est ultra-carré ("Art official") en même temps qu'il exhale un sentiment de désespoir particulièrement prégnant ("Uppers/downers", "Crutch"). Le groupe semble avoir scénarisé son album à l'extrême de manière à en affiner chacun de ses treize (courts) chapitres, twists et cliffhangers pour mieux appuyer ses effets. On passe la moitié de l'album ("Method act") et les californiens, malgré l'enchaînement haletant des titres, conservent toute leur verve : ce mélange de post-hardcore fougueux et de punk mélodique déchiré dont on retrouve parfois quelques éléments du côté de Caravels ou La Dispute, qui, après leur passage de No Sleep Records à l'écurie Deathwish Inc., a considérablement gagné en intensité.

"Face ghost", "Sesame", "Wants/needs", on met de côté le son brut de décoffrage limite DIY des débuts du groupe et on passe chez les grands avec un travail de producteur qui donne de l'amplitude aux compos en même temps qu'il leur enlève un soupçon de spontanéité. On ne peut pas tout avoir. Par contre niveau mélodies ardentes et conjugaison (post)hardcore à un propos résolument frondeur, punk, tumultueux et acerbe, Touché Amoré fait mieux que répondre présent. C'est qu'ils "cohabitent" avec les Converge, Blacklisted, Narrows et autres Trap Them au rayon label maintenant et tournent massivement sur le territoire nord-américain mais également depuis peu sur le vieux continent alors faut assurer le job. Et ça, le cinq majeur de L.A sait faire, avec un petit zeste de screamo décharné à la MOPA sur "Condolences" pour ralentir le rythme et faire parler la carte sensible avant de repartir au charbon, le couteau entre les dents avec "Home away from here" et "Amends", les ultimes cartouches bien rockin' hardcore d'un album qui décidément claque outrageusement bien dans les enceintes. Une jolie rouste.