metal Métal > Tanen

Biographie > Hardcore (dé)fragmenté


Originaire de Poitiers, Tanen (soit Seb, Nico, Momo, Dam et Momol) pratique depuis 2003 un post-hardcore métallique et chaotique qui s'inscrit dans la lignée des oeuvres de Botch, Envy ou Converge. Après quelques démos autoproduites permettant au groupe de démarcher des labels, Tanen enregistre son premier album studio courant 2007 et signe avec Trendkill Recordings en vue d'une sortie dans les bacs fin février 2008.

Tanen / Chronique LP > Déviances

Tanen - Déviances De Fragments en Déviances... deux ans après un premier effort corrosif et ravageur, le hardcore destroyer poitevin de Tanen revient dans les lecteurs CD faire cramer les enceintes et emmerder les voisins. Noir, brutal, corrosif, le groupe envoie du gros son dès le premier titre, le bien nommé "Horde" engagé dans une traque ultime, primale, sans concession. Il est ici question de vie ou de mort. Mais Tanen est une bête enragée et sa musique, d'une férocité sans nom. Imparable. Sur "Bitume", les Poitevins flagellent, encastrent leurs riffs dans les amplis, déstructurent, restructurent et arrosent les tuyaux d'un bruyant cocktail de HxC technique mâtiné de screamo éruptif et de textes virulents qui remettent clairement les idées en place (et en Français s'il vous plaît...).
Saigneurs de la guerre, les Tanen ébrèchent les tympans et passent maîtres jedi dans le démembrement auditifs, la coercition mentale à coup de morceaux sur-tendus capables de cautériser n'importe quelle plaie auditive pourtant béante et au passage causée par le titre précédent. Dans ce registre-là, on a rarement eu mieux entre les tympans ; et comme s'il fallait un peu plus appuyer ce constat, le groupe nous sert une "Litanie des cendres" sur des charbons ardents. Une déflagration métallique aux atmosphères malsaines, aux effluves hardcore prégnantes et oppressantes... qui trouve un écho plus frontal dans une "Charge" héroïque, puis cette "Déviance" toute en décadence égrenée par quelques samples torturés dans lesquels on s'immerge complètement pour tutoyer de près les tréfonds de la condition humaine.
Quelque part entre Converge, Celeste, Time to Burn et Comity, "Rien" une lente descente vers les enfers initiée par Tanen s'étend sur un morceau dépassant les 13 minutes, un titre fleuve, exsudant cette douleur épidermique qui fait la marque de fabrique du groupe depuis deux albums, entre poésie du chaos et éloge de la désolation avant un final post-hardcore de haute volée. Du sang et des larmes... avec haine et violence, le quintet poitevin enfonce un peu plus les clous dans la chair avec "Molosse" et sa mécanique rythmique aussi précise que cinglante, puis l'"Homme en gris" avant de conclure sur un "Sourire masque à gaz" à l'ironie acide. Si peu à redire sur ces Déviances à l'artwork inspiré autant d'un point de vue artistique que marketing (puisqu'il a notamment heurté le puritanisme néo-conservateur à la française) sinon que c'est une éclatante réussite. Et après un premier brûlot à haute teneur en violence sous-durale, ce deuxième album confirme Tanen-là deviendra grand. Pourvu que cela suive derrière...

Tanen / Chronique LP > Fragments


tanen : fragments 1 minute et précisément 3 secondes d'introduction au crescendo bruitiste inexorablement oppressant, "Epinephrine Part I" semble être annonciateur d'une Apocalypse sonore imminente. Tanen entrouve alors "La porte des songes" et le rêve se transforme en cauchemar, mais on y plonge pourtant sans hésiter. Apnéïque. Le quintet déchire la toile du silence, et, après l'avoir retenue, libère de ses liens son oeuvre post-hardcore/rock, abrasive et ravageuse. Un chant écorché vif, un mur instrumental qui se dresse devant nous.. infranchissable, dominateur, Tanen vient nous perdre dans son "Labyrinthe" sonore, explorant par la-même les tréfonds de l'âme humaine. La beauté sombre qui enveloppe ce Fragments à la noirceur finalement indicible trouve son apothéose dans un "Corps à corps" d'une effrayante bestialité. Une sensualité animale, un romantisme torturé qui perle à l'écoute de "La torpeur", le groupe livre une oeuvre ouvertement post-hardcore mais moins monolithique qu'attendue... et surtout plus raffinée que ce à quoi le genre nous a déjà habitué. Des lignes de guitares qui s'enchevêtrent sur une section rythmique à l'implacable régularité, des vocaux hurlés qui suintent la souffrance, auto-destructrice et latente, Tanen ne fait pas dans la demi-mesure.
On pense à l'icône Cult of Luna, d'ailleurs l'album a été masterisé par Pelle Henricsson et Magnus Lindberg (CoL justement), ou, pour éviter les figures imposées, à des groupes comme Time to Burn ou Art of Falling, mais Tanen parvient à trouver sa voie, insufflant dans sa musique, un relief tout particulier qui lui sied parfaitement. Descente en rappel dans la gorge du diable, tragédie grecque chaotique, l'auditeur affronte ses peurs les plus intimes et doit en prime subir des assauts de guitares dopés par une batterie sulfurique et un chant éruptif ("Sept secondes", "Sortilèges") particulièrement mis en avant. Double pédale appuyée, guitares acérées comme des lames de rasoir, dans un élan de barbarie abrupte, "Fight" puis "Lycanthrope" nous prennent à la gorge, menaçant de leur regard carnassier notre carotide. Quoiqu'il advienne maintenant, Tanen a fait de nous sa proie, la livrant à un appétit féroce, avide de se délecter des "Fragments" de notre âme... A l'image de son artwork, signé Derek Hess (notamment connu pour avoir conçu des visuels pour Deftones, Sepultura, Converge ou In Flames), Fragments est une éprouvante et douloureuse visite des Enfers, une oeuvre magistrale qui respire une violence apocalyptique érigée ici au rang de véritable catharsis.