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Arrivé en plein courant métal, sur les traces d'un improbable KoRn sans aucun rapport, System Of A Down, SOAD pour les intimes, fait fi de ses détracteurs aussi nombreux que leur musique est riche. Entre métal d'une lourdeur bien dosée, et un rock"n"roll effréné, System Of A Down oscille, mélange, fusionne les styles pour une fresque sonore épicée, décalée, originale. Souvent étiqueté comme groupe à connotation politique, tel un Rage Against The Machine, voir négativiste parfois, System Of A Down a eu tôt de se détacher de ses allégations certes justifiées en partie par leur premier album aux commentaires perplexes. Groupe certainement déjanté, mais qui sait où il met les pieds, SOAD fait passer son groove avant les textes, et quel groove. Un régal sonore, très dense musicalement, riche en sonorités, moins complexe structurellement, qu"un certain Tool, mais également loin d'un Coal Chamber...

System Of A Down / Chronique LP > Hypnotize

System Of A Down : Hypnotize A l'annonce de la sortie de deux albums de SOAD dans la même année, on était circonspect : et pourquoi pas un double album ? Pour se faire plus de fric évidemment et c'est bien dommage... Car Mezmerize / Hypnotize forme un beau duo, deux très beaux digipacks avec des "oeuvres" ou tout au moins des dessins stylés qui jouent sur le temps, la mémoire, les souvenirs et la possibilité pour l'horloge hypnotique de rappeler des souvenirs enterrés dans la mémoire... On aime ou pas mais il faut reconnaître que ça a de la classe et que le fan verra la différence avec des mp3 !
Musicalement, Hypnotize est bien plus homogène que son prédécesseur, ça fait de lui un meilleur album avec toujours autant de pépites à savourer : les titres classiques qui jouent sur la vitesse comme "Attack", "Dreaming" ou "Tentative", d'autres plus délirant ("Vicinity of obscenity"), ceux qui mélangent les tempos et incitent aux débordements corporels ainsi qu'aux yahourteries bruyantes (à peu près tous mais surtout "Kill rock'n roll" Everytime I look in your eyes / Everyday I'm watching you die... et "Holy mountains" Freedom, freedom, free, free) et l'indémodable slow de fin d'opus : "Lonely day". Les titres revendicatifs sont eux aussi de la partie avec "Tentative" et le superbe "Soldier side" qui referme l'album et fait écho à l'ouverture de Mezmerize. Aucune faute de goût et quand Serj part en vrille, il place des bananes ("Vicinity of obscenity") bien plus agréables que les allusions à son gros cigare...
Bref, Hypnotize est un excellent album, il donne une réplique un cran au-dessus de Mezmerize et il est juste dommageable que SOAD n'ai pas voulu / osé / pu (rayer les mentions inutiles) sortir un double album quasi conceptuel qui aurait mis tout le monde à ses genoux.

System Of A Down / Chronique LP > Mezmerize

soad : mezmerize Welcome to the soldier side, c'est avec quelques tristes notes et quelques mots que nous retrouvons System Of A Down, le ton est donné : ça ne va pas que rigoler, la guerre en Irak est un sujet grave qui touche bien plus les Arméniens que les Californiens de base (faut dire que l'Arménie n'est qu'à "quelques" kilomètres de l'antre du Diable). Tout le monde a ramené sa bombe ? On va aller faire la fête dans le désert et exploser quelques méchants barbus, mais voilà ce sont les plus pauvres qui vont faire la guerre (pour gagner qui un salaire, qui la nationalité américaine, Why do they always send the poor ?), SOAD est remonté et met à profit son impact pour faire passer ses idées sans pour autant oublier sa musique. Influences folkloriques de rigueur (Kusturica pourrait bien réaliser le clip de "Radio/video" !), coups de blast multidirectionnels ( "Cigaro", "This cocaine makes me feel like I'm on this song"), passages acoustiques, vieux riffs rouillés, autres trés tranchants : tout mérite sa place même dans un seul titre ("Question !")... Serj joue toujours avec son organe et nous trouve des mélodies fracassantes ("Revenga", "Lost in Hollywood"). Les (2) 3 premiers titres de Mezmerize sont géniaux, les deux derniers aussi (entre les deux, les paroles sont un peu plus sous la ceinture... et les morceaux, bien que trés jouissifs, y perdent un peu). Avec "Old school Hollywood" c'est le disco qui est pulvérisé (c'est dansant, c'est énorme...) et avec "Lost in Hollywood" c'est le monde du business qui en prend un coup, cette complainte déchirante devrait vite devenir un hymne You should've never gone to Hollywood / You should've never trusted Hollywood. Epatant. C'est bien sûr trop court (10 titres, 36 minutes) mais c'est tellement bien emballé qu'on ne ralera pas (trop) : digipak, artwork, détails, booklet (photos/dessins), tout est ultra soigné... Au passage, est-ce volontaire d'avoir inversé la face et le dos du digipak ? Si on le met à l'endroit, il s'ouvre vers la droite...
Quand ils ont débarqué avec leur éponyme et leur maquillage, j'ai joué au rebelle anti-marketing et ai laissé de côté ce grand cirque qui empruntait pas mal aux barges métaleux (Faith No More) et qui semblait ne pas trop réfléchir... La chronique de Toxicity de Pooly me les a fait voir sous un autre angle et depuis Steal this album, j'ai retourné ma veste (et pourtant entre temps, je les ai vu en concert...), aujourd'hui, ils apparaissent selon moi sous leur meilleur jour : un groupe engagé et déconneur qui allie entertainment à la ricaine et discours sans langue de bois.

System Of A Down / Chronique LP > Steal this album

soad : steal this album SOAD est devenu un groupe leader, leader d'un style qu'ils sont preque les seuls à pratiquer, mais leader quand même, et la chasse aux raretés, aux chutes de studio avaient largement porté ses fruits, les fans ayant mis la main sur une trentaine de compos non utilisées (mais enregistrées). Ces titres (non mixés, non masterisés) se sont répandus sur la terre entière en quelques jours, certains les faisant passer pour un potentiel Toxicity 2 alors que le groupe ne pensait pas faire un ReToxicity (cf l'immonde Reload de MetallicA). Mais le public était là et en voulait alors ils l'ont fait, la maison de disques pour se faire un max de thunes sans trop dépenser, le groupe pour donner aux fans ce qu'ils voulaient "encore et encore plus de titres". Andy Wallace a donc mixé 16 titres qui n'avaient pas été au prélable retenus pour sortir sur un des deux albums et les voici compilés et commercialisés sous le nom de Steal this album, puisque l'album était déjà "volé" et que de nombreuses copies circulaient, le "concept graphique" reprend celui d'un disque piraté. Pas de livret, pas de pochette (à peine quelques illus collectors par les membres du groupe pour dire de faire quelque chose pour les collectionneur$), si tu veux les infos, tu les prends sur le web, là où tu as su trouver les pré-versions de ces titres. Voilà l'histoire de Steal this album, mais pourquoi raconter tout ça ? Pour mettre en relief mon idée : mais pourquoi diable n'ont-ils pas sorti ces titres ? Pourquoi n'ont-ils pas été retenus ? La plupart sont largement du niveau de ceux sortis "normalement", dans l'ensemble, ils sont peut-être plus mélodiques, moins complexes mais les "Chic 'n' stu" (pizza-pizza-pie) ou "Pictures" (i got pictures on my mind) ont des rythmes très riches, "Ego brain" ou "Nüguns" sont très sympathiques et "Innervision", "Mr Jack" et "Roulette" sont tout simplement somptueux. Seuls quelques titres n'ont que peu d'intérêt ("Bomb!", "F**k the system", "Bubbles") ou du moins autant que certains autres sur les premiers albums, ce Steal this album n'est pas un best of non plus ! Bref, malgré ce qui entoure l'album, celui-ci est indispensable à tout fan de SOAD et devrait même ravir ceux qui n'apprécient pas totalement le groupe.

System Of A Down / Chronique LP > Toxicity


system of a down : toxicity Toxicity album tant attendu après trois ans, un premier album éponyme qui met sur le qui-vive, des apparitions modestes, et enfin Toxicity tombe comme une bombe sur le paysage métal. Trop étiqueté groupe à message, System Of A Down ne tient pas à renouveler les quelques engagements politiques du premier album, notamment sur le génocide arménien. Dommage, celà aurait donné à leur musique une autre profondeur, une dimension spirituel interessante, mais comme System n"en fait qu"a sa tête, et cherche surtout à se trouver là où on ne l'attends pas... Un "Prison" pilonné comme jamais, intro bourrue, paroles ambigües sur l'engorgement des prisons, l'argent de la drogue et le soutien aux dictateurs. Les riffs de guitares sont basiques mais bien ficelées, après tout c'est Andy Wallace (Nirvana, Sonic Youth) aux manettes ! -Another prison system- la voix de serj tankian plus travaillée que jamais, se prêtant à des innovations acidulées, bein senties, en gardant toujours cette optique un peu fêlée qui se dégage de System Of A Down. Encore une attaque en règle de l'artillerie, pas de répit, charge lourde, tout ce déluge métallique pour un ver solitaire, les guitares vibrent, c'est de l'infrason monstrueux, passage en teintes douces, une basse basique, support idéal pour cette guitare qui se détache en beauté, légere vibration brumeuse, le rideau se soulève, un coup de vent, finalement tout un cyclone s'engouffre, dévaste l'ordre imposé, palm-muting final sur un sursaut final terrific ! "Needles', atelier industriel à la rescousse, survivance marteau-pilonnique tiraillée, dédouble les intentions, les temps, les croches, les coups de vents.
Intro, non pas d'intro, encore cette cavalerie lourde plombée par la basse, métal lourd, la suite se meut d'une manière plus éthérée, un riff marginal, pourtant impressionnant, vibrant, éloquant, avec ce slide contrôlé, dérapage en double croche, court-circuiter par cette archarnement méthodique du refrain, et un passage, guitare toy à l'oeuvre, entre banjo et jouet playskool, -Pushing little children, with their fully automatic-, they like to push the weak around'. Décidement le début de Toxicity est d'une sollicitation impressionnante, des intros coléreuses à souhait, un peu God Forbid dans cette volonté rageuse, "Jet Pilot", 2 minutes au compteur et un riff extraordianaire. Pas compliqué pour un sou, mais des accents là où il font le plus mal, temps fort, temps faible, contretemps, direct dans les dents, tout est dans la nuance. Une énergie incommensurable se dégage du refain très volontaire d'une densité virulente, passage plus calmé, tout juste pour repartir sur cette hécatombe irréfléchie. Encore un format punk pour "X", direction pop tranquille couplet-refrain-couplet, enfin avec cette densité spaciale qui caractérise System Of A Down, et une guitare moqueuse à la KoRn. Innovation acoustique sur le début de "Chop Suey", et innovation mise en valeur par le déluge volumétrique qui s'abat ensuite, riff en pull-off, hammer-on, enfin presque un trille continu, nouvelle sensation métal, délicieuse, virvoletante, suintante, acide, tout ça à la fois, -I, cry, when angels deserve to die-, le "Chop Suey" est mitonné comme un vice avec des violons insidieusement cachés, une luxure sur un vol de bourdons, une batterie basique mais efficace, la valeur ajouté du riff, un clavier vibrant qui ajoute cette note de sensibilité au contenu, et une voix qui s'impose, se pose, se dépose, se déroule, transmet ses sentiments. Paroles peu sérieuse, violence de l'attaque au médiator, le format court est en vogue, "Bounce" pour les amateurs de Pogo. Riff 69, un peu vice-versa, une batterie surprenante, surprise, marche solitaire, chemin tortueux, entre désespoir et espoir, en tout cas une voix claire qui impressionne, monte, tient, pour s'énerver, poignante, saillante, soupesée, qui reprends sur un groove de basse, couplet, refrain haut et fort "Forest" empli l'espace, le tryptique dimensionnel admirablement.
Presque sans transition le magnifique "Atwa", petite complainte indienne, les joues roses, des choeurs déphasés, petites cloches et encore cet accent propre à System Of A Down, cette excitation pimentée qui fait tout leur charme, -Hey you, are me, not so pretty-, papillonnement de guitares, ambiance contrastée, puissante, binarité du métal à son paroxysme, et un jeu gutural en contrepoint. "Science" sans recours, aucun, -science fails to recognize the single most potent element of human existence-, et un riff que l'on ose à peine imaginer, ceinturé à merveille, claqué par une basse des tréfonds, Serj monte sur ses grands chevaux, le refrain s'enroule sur lui même, grand serpent qui siphonne, suit une transition sur fond de flûte traditionnelle, cordes syndées, complainte orientale, chuchotement discret, et encore plus de relief pour la suite. Train qui chauffe au démarrage, lente montée, grain audible, mais un riff sur une gamme harmonique, délicieux, surtout une voix à la chuppa-chups, -I want to shimmy, shimmy, shimmy-, des curiosités un peu jazzy décalée, la contrebasse en moins, on est très loin des clichés métal, mais sur un mélange épicé, acidulé, riche bouillon de culture de moins de deux minutes, juste ce qu"il faut pour une révolution. Morceau éponyme "Toxicity" démarre suave, mélange doux-amer sur les lèvres, balade décalé du 4/4 habituel, là encore tout est dans l'accent, l'accent qui tue, voix introspective, guitare lointaine, voix au premier plan, une basse qui remue, la guitare revient avec son riff hypnotique en renfort, la voix se laisse aller, s'emporte, se reprend, passage schyzophrène, puis passage très beat, martèlement continu, et ce slide faramineux en bout de branche qui se boucle, puis reprends ensuire appuyé par une scantion sonore explosive mais si courte. Galvadage de basse, éclairs à la guitare, mouvements psycotiques de cocaïnomane en sevrage "Psycho", c'est tout ça et rien à la fois, entre punk platonique et cette magie System Of A Down, -cocaine, crazy-, ou la guitare et la voix y sont pour beaucoup -stop your eyes flowing out, so you want the world to stop- entre prise de conscience tardive et hallucinations synthétiques.
Morceau d'anthologie, des cordes en intro, un riff irréprochable, une attaque claquante, un son extraordinaire, creusé, mixé à merveille, une voix différente, "Aerials", une pointe de métal uniquement sur les temps, -swimming through the void, we hear the world-, maturité réfléchie, une basse qui ronronne en contrepoint des guitares qui se soulèvent, -Aerials, in the sky-, Serj Tankian éclôt, se livre, se met en avant là où on ne le l'attend pas, donne tout ce qu"il a en lui, déroulement mécanique d'un égrènement sirupeux, sursaut d'énergie impossible, montée en puissance du riff, pure folie, riff basique et tueur, la voix qui intègre de minuscules clin d'oeil, un petit chuchotement sur -high-, introspection aérienne, ciel plombé lentement, les nuages chatouillent la douceur métallique qui se dégage, vapeur d'eau en suspension, rock tout simplement, gonflé de médiums et de rancoeur, l'éternité à la pointe de l'âme. Pour terminer sur cette hallucination instrospective et mélancolique massive, des sonorités orientales, tribales, indistinctes, mais toujours ce même film conducteur, mélodique, spirituel, un chorus intérieur, un peu mystique, qui s'éteint preque brutalement...