metal Métal > A Storm of Light

Biographie > De l'ombre à la lumière tempêtueuse...

Automne 2007, Josh Graham, vidéaste et auteurs de visuels pour Neurosis notamment, guitariste de Blood and time (projet parallèle de Scott Kelly) et surtout membre fondateur de Red Sparowes et Battle of Mice, décide de monter un nouveau projet baptisé A Storm of Light. Il compose dans son coin, s'entoure de deux inconnus Domenic Seita (Speedloader) à la basse et Pete Angevine derrière les fûts et se prépare à entrer en studio fin 2007. Le trio est alors rejoint par Vinny Signorelli (Unsane) au poste de second batteur et met en boîte And we kept the black ocean within, un premier album qui voit le jour au printemps 2008 via Neurot Recordings, le label fondé par les membres de Neurosis.

A Storm of Light / Chronique LP > Nations to flames

A Storm of Light - Nations to flames Quatrième opus long-format pour A Storm of Light et déjà deuxième ratage esthétique après le machin qui servait vaguement d'artwork à l'album A storm of light as the valley of death becomes us, our silver memories fade paru en 2011. Toujours chez Southern Lord, le groupe est ici en mission afin de relever la tête après le four artistique (et donc visuel) qu'était son précédent disque afin de retrouver le lustre de l'époque And we kept the black ocean within ou Forgive us our trespasses. Une idée directrice qui ne transparaît du reste pas vraiment à l'écoute de "Fall", morceau d'ouverture au titre dont l'ironie pertinente a le bon goût d'occulter un peu la platitude de ce qu'ASOL propose d'un point de vue artistique.

Un constat partagé par "Apostle of hatred", deuxième piste prolongeant un peu plus la démarche du groupe qui mélange ici postcore mollasson et sludge metal visqueux sans réellement savoir où il va, l'ensemble baignant dans une mare d'effets sonores qui ne parviennent pas à masquer l'évidente absence de créativité du truc. Et les américains de s'abîmer royalement dans le cliché récurrent sur lequel viennent régulièrement se fourvoyer des wagons entiers de formations "post-quelque-chose" depuis l'avènement des Isis, Pelican et autres Russian Circles ou Rosetta : à savoir mélanger un peu tout ce qui peut marcher, voire être à la "mode" sur la scène hard indie et enregistrer ce qu'il en sort. Et pas de problème s'il n'y a aucune autre idée directrice derrière, le manque de culture des die-hard fans de base fera le reste. Ou pas (?).

Plus c'est gros, plus ça passe. Oui ? Mais non. Parce que là, ça commence à être drôlement voyant qu'A Storm of Light n'a plus guère d'identité. Une absence de personnalité qui fait (et défait) des morceaux du "calibre" d'un "Omen", d'un "Dead flags" ou d'un "The fire sermon". Et si l'ambiance est elle, plutôt bien supportée par un soin tout particulier apporté à la prod', les variations de rythme(s) ne masquent toujours pas l'absence de prises de risques (à moins que livrer un album monocorde et ultra-répétitif soit le concept de base ici développé, auquel cas on peut jeter la chronique avec l'eau du bain). Et si l'on rencontre ci et là une certaine puissance de frappe instrumentale ("All the shining lies", "Lifeless"), la sauce ne prend pas vraiment. Voire pas du tout... sauf que finalement, ASOL finit par poser une petite mine sur la platine avec le bien nommé (pour le coup, il n'y a plus aucune ironie) "Disintegrate". Un seul titre en béton mais sur celui-ci, ils ne se sont pas loupés. Toujours ça de pris dans la mesure où la fin de l'album avec "You are the hunted" puis "The year is one" s'enlise encore un peu plus dans le non-évènement qu'est Nations to flames.

Puis bon on se répète peut-être mais cette pochette franchement...

A Storm of Light / Chronique LP > A storm of light as the valley of death becomes us, our silver memories fade

A Storm of Light Et le prix 2011 du titre d'album le plus long est attribué à... A Storm of Light, option artwork "vraiment très moche" (non là quand même faut être honnête c'est d'une laideur absolue), pour (on prend une petite respiration), A storm of light as the valley of death becomes us, our silver memories fade. Hormis cette constatation parfaitement inutile, le troisième album du projet initié par Josh Graham, s'il est celui qui l'affranchit définitivement des ombres un peu trop encombrantes des Isis, Neurosis et autres Red Sparowes, aura bien du mal à convaincre qu'au lieu d'être le fruit d'une hybridation métallique idéale, il n'est parfois qu'un bâtard post-truc mal dégrossi aux tentations doom/stoner/prog inabouties.

La faute à cette nouvelle réorientation artistique qui, après le très bon And we kept the black ocean within et le non moins honorable Forgive us our trespasses, offre au groupe de s'éloigner des sillons trop classiques du postcore/rock/metal auquel on l'a fatalement affilié au départ, intention plus que louable dans l'idée, mais ne se révèle pas réellement convaincante dans les faits ASOL mélangeant postcore "light" et rock tempétueux traversé d'éclairs vocaux assez pénibles sur la durée de "Missing" ou "Collapse". Le chant prend tout l'espace et dissimule parfois complètement des instrumentations dont on ne sait trop si elles méritaient réellement plus tant l'album semble manquer d'âme ("Black wolves"), quand bien même le groupe parvient à se trouver (enfin) sur le crépusculaire "Destroyer", véritable hymne post-folk à l'americana dont il se veut une variation plutôt inspiré.

On se dit qu'il aura fallu quatre titres pour qu'A Storm of Light arrive à peu près à convaincre, malgré encore une fois, un chant bien trop mis en avant... et puis finalement non, pas vraiment. Les éléments à charges consistent notamment en un "Wretched valley" parfaitement insipide ou un "Leave no wound", certes écorché vif mais guère plus convaincant. Même si le groupe alourdi peu à peu son propos, le lestant de guitares qui gagnent en épaisseur ce que la voix perd en omniprésence agaçante, même si "Death's head" ou "Silver" parviennent sans trop de peine à s'extraire de la masse, même si Kim Thayil (Soundgarden) ou deux membres de feu Sleepytime Gorilla Museum contribuent à apporter de la variété au songwriting, ce troisième album d'ASOL, bien que moins clairement identifiable que ces prédécesseurs est clairement très en deça de ce que l'on espérait de la séquelle de Forgive us our trespasses. Ou la révélation cruelle que l'ambition, le travail et la volonté ne font malheureusement pas forcément un bon album. Une tempête dans un verre d'eau.

A Storm of Light / Chronique LP > Forgive us our trespasses

A Storm of Light - Forgive our trespasses A Storm of Light ne serait donc qu'un vulgaire clone de Neurosis et consorts. Soit. Certes l'affirmation balancée cash comme ça avait de quoi provoquer une réaction épidermique, mais en même temps, le premier effort des petits protégés de Neurosis (tiens justement.) avait bien pris le parti de suivre les pas de son illustre aîné. Donc quid de l'intérêt d'un deuxième disque sinon celui d'avoir un énième succédané de quelques uns des groupes définitivement incontournables des quinze dernières années ? A moins que Josh Graham et ses acolytes n'aient décidé de s'écarter des sillons musicaux labourés par Neurosis pour crayonner les plans destinés à bâtir un univers qui leur soit propre. Forgive us our trespasses est donc le disque qui va tuer le père et s'émanciper en affirmant sa légitimité artistique. Et s'il ne révolutionne pas pour autant le monde des musiques métalliques, hardcore et expérimentales, ce deuxième opus des américains a au moins le mérite de se suffire à lui-même.

En bien.. et en mal. Intro comme parvenue du fin fond des ténèbres, texte susurré comme un dément par le double maléfique de Josh Graham ("Alpha : Law of nature Part I") et des arrangements réduits à leur plus simple expression, la mise en route de Forgive us our trespasses, surprend, déroute et ne convainc pas. A l'inverse de la suite, qui change radicalement de registre. Le chant y est particulièrement mis en avant, tout comme la section rythmique qui semble être là pour marteler un peu plus le propos d'un groupe qui sait désormais parfaitement où il va et comment y aller. Postcore mélodique, explosion de guitare retenue, "Amber waves of gray", puis sa séquelle "Tempest", posent les fondations d'une musique dense, ample et orageuse, aussi puissante que raffinée mais qui se plaît à brouiller légèrement les pistes. Alors non, A Storm of Light n'est certainement pas le groupe de la décennie, mais sa capacité à s'affranchir de certains formats préétablis, à s'éloigner des influences trop évidentes pour affiner sa griffe musicale et prétendre à une légitimité artistique que son concept tendait à limiter jusque-là, ne manque pas d'attiser l'attention.

En s'éloignant des Isis, Neurosis, Cult of Luna et de toute la vague de groupes suiveurs qu'ils ont inspiré, sans non plus trouver refuge à des années lumières de là (évidemment.), A Storm of Light parvient à insuffler un peu de nouveauté à un concept musical qui après un premier album et un split avec Nadja commençait déjà à s'essouffler. Dépression post-metal et cumulus hardcore, "The light in their eyes" impose ainsi l'élégance de son écriture à travers les courants ascensionnels du gulf-stream harmonique qui traverse de part en part "Trouble in near" puis "Midnight". L'émulsion haineuse et la violence sauvage y sont bien moins omniprésente que chez la plupart de ses contemporains, constat pas vraiment étonnant dans la mesure où le groupe semble vouloir avant tout privilégier la création d'ambiances, la construction d'un édifice musical qui ne soit pas qu'un simple orage métallique à la brutalité exacerbée ("Across the wilderness", "Omega"...). Car là encore, le groupe tend à se différencier pour avancer, prendre des risques artistiques et créer quelque chose qui ne verse pas dans la vulgaire redite de ce que l'on a déjà pu entendre mille fois ailleurs. Pas qu'un énième groupe de postcore de plus, encore moins une pâle copie des maîtres du genre, A Storm of Light, est désormais devenu une entité autonome, désireuse d'exister sur la durée.

A Storm of Light / Chronique Split > Primitive North

ASL | Nadja - Primitive North Collaboration orchestrée par l'excellent label Robotic Empire entre les (trop) critiqués A Storm of Light et les (très) respectés Nadja, Primitive North est un split qui promettait assurément de faire des étincelles. Après quelques minutes d'écoute, le verdict tombe : ce split vaut plutôt le détour. Si ce n'est certainement pas avec les deux titres (+ un remix) présent sur ce CD que A Storm of Light se réconciliera avec ses détracteurs, le duo Nadja propose de son côté ce qu'il sait faire de mieux, soit empiler les parpaings drone/noise industriels afin d'ériger devant nous un véritable mur de saturation. Implacable dans son genre. Postcore assez ouvertement "Neurosien", un peu de noirceur en moins, quelques claviers en plus, ASOL dévoile sa partition avec le diptyque "Brother"/"Sister". L'ambiance est assez dark mais pas aussi étouffante qu'on aurait pu le croire, le groupe cherchant à aérer sa musique au maximum pour mieux jouer sur les contrastes. Le résultat, s'il est encore assez éloigné du chef-d'oeuvre absolu, reste tout à fait honorable et confirme les impressions entrevues sur And we kept the black ocean within. En clair, le groupe ne méritait certainement pas d'être descendu en flammes lors de la sortie de l'album, ce, même si on était sans doute en droit d'attendre mieux de Josh Graham et sa bande. En prime on a même un bonus avec le remix du titre "I make from your eyes the sun" signé Nadja et exécuté par ASOL.
Nadja justement, on y vient. Leah et Aidan sont notamment réputés pour leur productivité quasi surhumaine et les innombrables sorties à venir du duo (mari et femme à la ville d'ailleurs) ne viendront que renforcer cet état de fait. Les deux groupes jouent la proximité mais se différencient également par leur approche artistique. Là où les américains compactent "I make from your eyes the sun" en quelques 13', les canadiens prennent leur temps et étirent le même titre sur plus de vingt minutes de noise/drone/doom bourdonnante et sursaturée à souhait. Du Nadja dans toute sa splendeur en sommes : lent, vénéneux, répétitif mais inexorablement addictif. Ceux qui appréciaient déjà avant seront comblés, les autres pourront éteindre la chaîne hi-fi, le couple n'étant apparemment pas près à faire un quelconque compromis quant à la teneur de sa production discographique. Si évolution il y a, on ne peut que rarement parler de révolution stylistique chez ce groupe hors du commun... et en même temps, il apparaît comme assez complexe de chercher à remanier profondément les codes de la musique drone/doom. Pourtant on se dit après un bon quart d'heure que le groupe pourrait essayer de varier sa palette musicale, qu'il devrait essayer de prendre un peu plus de risques, quitte à déplaire et à se rattraper sur la sortie suivante. Dans l'immédiat, ce split rempli allègrement son quotas de gros son et de compositions soignées. Peu de surprises au demeurant, mais du travail plutôt (très) bien fait.

A Storm of Light / Chronique LP > And We kept the black ocean within

a_storm_of_light.jpg On attendait beaucoup de A Storm of Light, projet initié par un Josh Graham qui a su, avec des membres d'Isis notamment, diluer ses influences Neurosiennes dans un Red Sparowes aux tonalités post-rock évanescentes et métaphores musicales vibrantes, puis un Battle of Mice sauvagement écorché vif. Dès la découverte des premiers titres de And we kept the black ocean within, "Vast and endless" et "Black ocean", on se sent irresistiblement immergé dans un ensemble musical organique évoluant entre les profondeurs océaniques d'un Neurosis et les eaux plus tempérées de Red Sparowes. Epique, métallique, intense et ravageuse, la musique de A Storm of Light navigue en eaux postcore bien connues des spécialistes du genre. Et si le groupe ne révolutionnera pas ce mouvement musical avec ce premier album, il distille ici une substance sonore portée à ébullition avec un souci du détail constant et une maîtrise des éléments parfaitement équilibrée. "Thunderhead" et ses progressions subtiles dans le crescendo dramatique se font l'écho d'une douleur soudurale qui ne demande qu'à remonter à la surface, à quitter définitivement les abysses pour éclater au grand jour.
De véritables éruptions sous-marines entrecoupées d'interludes (les "Albatross I, II et III", les compositions dévoilées par A Storm of Light sont clairement à l'image du patronyme du groupe et de son univers visuel. Faisant allusion aux terrifiantes créatures qui peuplent les profondeurs et excitent parfois l'imaginaire collectif, le groupe livre des morceaux aux instrumentations heavy façon Isis et à l'intensité évoquant celle des meilleurs Neurosis. Si le groupe mené par Josh Graham n'est pas encore au niveau de ses deux influences majeures, ce premier essai à la densité étouffante inspire le respect. En témoigne notamment l'imposant et magistral "Leading tide". Alternant les passages les plus massifs avec les respirations atmosphériques, les images se créées devant nous et le groupe poursuit son oeuvre, nous plongeant en apnée dans un monde aquatique à la fantasmagorie assumée. Mettant un point d'orgue à ce And we kept the black ocean within après un final conclu en apothéose (le vibrant "Iron heart"), A Storm of Light boucle avec classe un premier album qui n'a pas à rougir de la comparaison avec ses illustres influences.