metal Métal > Steve Von Till

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Ancien instituteur, Steve Von Till est avant tout connu pour être l'un des deux guitaristes/vocalistes de Neurosis (l'autre étant Scott Kelly). Outre son groupe "principal", l'homme participe également à l'aventure Tribes of Neurot, le side-project ambient expérimental de Neurosis et au projet Culper Ring. En marge de ces groupes, Von Till sort depuis 2000 des albums solo (As the crow flies et If I should fall to the field), soit sous son nom propre, soit sous le pseudo de The Harvestman (Lashing the Rye). En plus de bosser pour le label Neurot Recordings, monté avec les membres de Neurosis, Steve Von Till sort en 2008 son troisième album solo : A Grave is a grim horse, quasiment en même temps que son compère Scott Kelly.

Steve Von Till / Chronique LP > Songs of Townes Van Zandt

Songs of Townes Van Zandt Songs of Townes Van Zandt, c'est l'hommage le plus élégant possible rendu à un songwriter folk/country décédé en 1997 et quasiment vénéré par ses pairs, ce malgré un succès public finalement assez "confidentiel". Le genre à ne pas trop faire en sorte de plaire aussi, un solitaire, vivant dans sa caravane et pensant ses journées à jongler entre alcoolisme forcené et un goût prononcé pour l'héroïne comme les médicaments, le tout ajouté à un humour très noir doublé d'une sérieuse tendance à la dépression. En clair pas le type que l'on invite chez soit pour mettre l'ambiance la veille de Noël... et pourtant une quasi légende dans le milieu, à tel point que ce sont rien moins que Scott Kelly & Steve Von Till soit les deux compères de Neurosis ainsi que Scott Wino Weinrich (Saint Vitus, The Obsessed notamment) soit un cast de luxe qui s'y sont collés sur ce pour ce tribute album paru chez Neurot Recordings.

Le programme est d'une simplicité évidente : une petite dizaine de folk-songs crépusculaires et désenchantées, promenant leurs tourments au détour de mélodies brisées par les fantômes d'une vie sommes toutes assez triste ("If I needed you"), une country feutrée, habitée par des textes au cynisme acerbe ("St.John, the Gambler"), celui d'un artiste qui n'était clairement pas bien dans sa peau et n'a su réellement exprimer son mal-être qu'au travers de sa musique ("Black crow blues"). Townes Van Zandt vivait dans un chalet sans électricité ni eau courant lorsque le succès naissant l'embrassa. Mais celui-ci décida de l'ignorer pour continuer sa route sans varier d'un iota, refusant consciemment de bouleverser son quotidien partagé entre sa guitare folk, son whisky et ses paradis artificiels, pour mieux faire la seule chose qu'il savait faire réellement selon lui : se perdre de quelque manière que ce soit. Notamment dans sa musique, racée, plutôt brute de décoffrage et pourtant d'une classe incomparable ("Lungs", "Rake"), si bien que l'hommage ici rendu par trois monstres sacrés du hard/metal/rock/sludge/doom/post-hardcore des trente dernières années, en plus de faire (re)découvrir un artiste folk/country majeur du XXe siècle à ceux qui ne le connaissaient pas ou peu, se révèle être LE tribute-album de référence.

Un disque rare parce que précieux, porté par des musiciens à l'intégrité irréprochable et qui n'ont certainement pas fait un "coup" pour remplir leur compte en banque avec cet album. Mais au contraire pour s'offrir un vrai plaisir de songwriter reprenant les oeuvres d'un modèle, avec ce qu'il faut de maturité artistique pour ne pas dénaturer le propos originel tout en apportant ce petit "truc" en plus qui rend cet hommage difficilement dispensable. En témoigne la très belle et cendrée "Snake song", ou le minimaliste "Nothin" qui respirent la classe. Par contre dépressifs s'abstenir parce que sur un morceau comme "Tecumseh valley", on est quand même à deux doigts et demi de finir la chronique au bout d'une corde avant que "A song for" ne finisse de boucler la boucle sur ce sans-faute évident.

Steve Von Till / Chronique LP > A grave is a grim horse

steve_von_till_a_grave_is_a_grim_horse.jpg Folk porté par la voix sépulcrale d'un Steve Von Till échappé du post-hardcore sludge apocalyptique de Neurosis, A Grave is a grim horse est un disque classieux et élégant, minimaliste et feutré, sur lequel, l'américain transpose son univers : sombre et désenchanté. Un album sertis de compositions interprétées avec beaucoup de retenue, "Clothes of sand", "Willow tree". Des arrangements délicats, une guitare acoustique, quelques cordes qui de fil en aiguille transportent l'auditeur dans le monde de Von Till ("Valley of the moon"), des endroits étranges où à travers l'ombre, on peut entrevoir la lumière. Un monde à la mélancolie omniprésente mais jamais oppressante, question de style. Le vocaliste de Neurosis n'essaie pas de nous accabler, juste de nous mettre quelques instants face à nos fantômes intérieurs. A chacun de voir les choses à sa manière après. Des textes peuplés de métaphores ("The spider song"), des orchestrations patiemment dévoilées, des ambiances crépusculaires, un folk parfois aride, parfois plus dense, mais quoiqu'il en soit toujours à fleur de peau. Le premier instrument de ce disque est avant tout la voix de Steve Von Till, une voix grave et profonde parfaitement mise en avant pour souligner la retenue des instrumentations. Une production ample et limpide, des émotions qui parcourent notre épiderme, A Grave is a grim horse semble être le contrepoint idéal d'un Given to the rising, l'album de Neurosis sorti quelques dix mois auparavant. Là où l'un met en avant la puissance destructrice d'un metal post-chaotique, l'autre souligne la discrétion de folk songs à la douceur mélancolique qui nous transperce de part en part ("Looking for dry land"). Lent, dépouillé ("Promises", "Gravity"), Steven Von Till met au monde un disque à la beauté noire et aux ambiances héritées du grand ouest américain. Classe...