Dopesmoker : l'album "ultime" par définition méritait-il une réédition ? Sur le papier, l'intérêt mercantile est évident (et du reste confirmé par le succès de cette re-sortie outre-Atlantique), notamment pour un Southern Lord qui s'est imposé depuis quelques années comme LA figure incontournable de l'underground "métallique" sludge/doom/drone/black avec à son catalogue des groupes comme Earth, Goatsnake, Pelican, Pentagram, Om, Khanate, Sunn O))) ou Wolves in the Throne Room. En ces temps si difficiles pour l'industrie du disque, un beau petit succès commercial permet de verrouiller un budget, un bilan et d'assurer le coup pour les quelques sorties à venir. D'un point de vue artistique, une édition remasterisée et (très bien) repackagée, oui, pourquoi pas après tout, si ça peut faire (re)découvrir le groupe. Enfin ça, c'était avant d'écouter ledit objet.
Parce qu'une fois l'album sur la platine, force est de constater que le rendu une fois remasterisé est assez redoutable dans son genre. Et que le stoner-doom superlatif des américains prend une ampleur assez inédite en son genre malgré les cris d'orfraie que ne manqueront certainement pas de pousser les puristes. Toujours est-il que si le résultat sonne monstrueusement bien, les fondements de Sleep n'ont pas été souillés par ce nouveau mastering et l'album est au final ce qu'il a été depuis des années et sera toujours : un énorme trip initiatique Sabbathien emmenant l'auditeur jusqu'au tréfonds de la mouvance stoner, doublé d'un manifeste doom hyperbolique dans lequel on s'abandonne sans savoir pourquoi ni comment. Une manière assez unique de prendre des riffs et de les faire léviter entre ciel et Terre, un psychédélisme puissamment enfumé et une lourdeur écrasante qui fait des apparitions régulières lorsque le groupe revient piétiner la rocaille, le vocaliste-lui s'économise assez largement mais l'effet produit relève quasiment du prodige : la grosse heure de musique que réserve la première piste de Dopesmoker, qui est rappelons-le à toutes fins utiles un seul et unique morceau à la base, s'offre quelques mouvement doom/stoner complètement hallucinants. Et si l'autre "titre" figurant au tracklisting de cette réédition est une captation live d"Holy mountain" au rendu sonore là pour le coup assez médiocre (l'enregistrement date de 1994 en même temps...), la remise au goût du jour de l'un des disque fondateur de cette vague musicale dans laquelle s'ébroue Sleep est des plus honorables. Et puis l'album vieillit toujours aussi bien ce qui n'est pas non plus donné à tout le monde.
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Dopesmoker
Holy Mountain (Live @ the I-Beam SF, CA. 1994)
Holy Mountain (Live @ the I-Beam SF, CA. 1994)
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