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Biographie > Régner dans le sang

Slayer 2k10 Présenter Slayer en 2010 sur les pages d'un webzine tel que le W-Fenec relève de la faute. Ne pas en parler du tout mériterait le châtiment. Comme il n'est jamais trop tard (quoique), revenons le temps de quelques lignes sur un groupe qui a changé la face du métal international. Bonne lecture !

Un jour de l'année 1981 à Huntington Park en Californie, le guitariste Kerry King rencontre Jeff Hanneman à travers une audition pour incorporer un groupe de blues dans lequel ce dernier jouait. Le courant passant entre les deux, la session se termine donc par un jam basé sur des reprises de classiques hard-rock tels que Iron Maiden, Judas Priest ou Led Zeppelin avec le batteur présent pour l'occasion. C'est alors que King lance subitement à Hanneman : "Et si nous formions notre propre groupe ?". Aussitôt dit, aussitôt fait, les deux compères récupèrent Tom Araya, un thérapeute respiratoire (qui, à côté de son job, jouait de la basse et chantait dans Quits, l'ancien groupe de King) et un certain Dave Lombardo que King connaissait pour lui avoir livré une pizza. La formation se rôde sur des reprises hard-rock jouées dans des clubs de Californie et revendique une influence certaine pour le punk. L'agressivité et la rapidité des morceaux que sortiront Slayer viendra de ce courant musical représenté à l'époque par les Dead Kennedys, Black Flag, T.S.O.L. et Minor Threat. Lors d'un show au Woodstock Club de Los Angeles en 1982 en première partie de Bitch, le journaliste Brian Slagel tombe des nues face à la prestation du combo et leur propose d'enregistrer un titre ("Aggresive perfector") pour la compilation Metal Massacre III sortant sur son label Metal Blade Records récemment créé.

En 1983, Slayer fait le buzz dans le monde rock underground de la côte ouest et désire enregistrer un album qui leur permettrait de maintenir ce bouche à oreille. Seulement voilà, même si les américains sont signés sur le label de Slagel, un manque d'argent se fait cruellement ressentir. Araya et le père de Kerry King mettent la main à la poche pour financer l'enregistrement de Show no mercy qui débute en décembre. Trois semaines plus tard, le premier album est en boîte et, après une tournée, dépasse les 40 000 ventes dans le monde dont la moitié dans leur pays natal. Slayer commence à se forger une image satanique et démoniaque ce qui n'est pas pour déplaire à leur base de fans qui commence à croître. C'est à cette même période qu'un certain groupe nommé Metallica fait parler de lui avec Kill 'em all et que des comparaisons entre les deux font jaser dans la presse musicale. En 1984, le EP Haunting the chapel comportant trois chansons (dont "Chemical warfare", considérée à l'époque comme la chanson la plus rapide de l'histoire en terme de rythme), leur permet de traverser l'Atlantique pour jouer au festival Heavy Sounds en Belgique en compagnie de UFO. Revenus aux States pour assurer une tournée, c'est l'heure des premières infidélités. Kerry King quitte Slayer pour jouer avec Megadeth, le nouveau groupe de l'ex-Metallica Dave Mustaine, mais revient finalement assez vite ce qui provoque chez Mustaine une certaine animosité envers Slayer qui restera gravée une bonne paire d'années. Dans le même temps, Jeff Hanneman part former le groupe punk Pap Smear avec Dave Lombardo et Rocky Georges, guitariste talentueux de Suicidal Tendencies. Mais selon les précieux conseils de Rick Rubin d'abandonner ce projet au plus vite, le trio laisse sur le carreau ce groupe qui avait pourtant un bon nombre de chansons prêtes à être enregistrées. La remise en route de Slayer coïncide avec la tournée "Combat Tour" en compagnie de Venom et Exodus dont des enregistrements extraits figurent sur Live undead, le premier disque live du groupe.

Slayer - Reign in blood 1985, année riche pour les Californiens. Tout d'abord, la sortie de la première vidéo tirée du Combat Tour filmée à New-York au studio 54 et intitulée Combat Tour: The Ultimate Revenge. Puis, Slayer retourne en studio non pas pour un nouvel album mais pour réenregistrer Show no mercy avec un budget décent cette fois-ci et avec le producteur Ron Fair. Enfin, en septembre paraît Hell awaits, deuxième album de la bande, plus sombre et plus mature que le précédent. C'est cette sortie, récompensée par un nombre de ventes conséquent pour ce style encore très undergound, qui va activer les labels souhaitant conclure une signature avec les gars d'Huntington Park. C'est Rick Rubin, producteur de Run DMC et des Beastie Boys qui rafle la mise en 1986 avec son label hip-hop Def Jam Records. Choix surprenant à première vue mais qui donnera raison au groupe. Rubin recadre le son et la musique de Slayer en les dirigeant vers des titres plus courts, parfois plus lourds avec une meilleure production sans toutefois la rendre mainstream. Le résultat s'appelle Reign in blood et va rester longtemps (et l'est encore ?) comme l'album référence de trash métal. Et pas qu'en terme musical ! Vous souvenez-vous de la chanson "Angel of death" et ses textes sur la période nazi avec en autres les fameuses atrocités du docteur Mengele ? Les américains n'en sont pas à leur premier coup d'essai en matière de provocation et c'est désormais l'image de nazis qu'ils porteront (le fan-club du groupe portera d'ailleurs le nom de "Slaytanic Wehrmacht") bien qu'ils ne cautionnent nullement ce régime. Conséquence : le distributeur refuse de sortir l'album, la faute à des paroles jugées trop violentes et à une pochette morbide. C'est donc Geffen Records qui se charge de la sortie dans les bacs sans toutefois en faire sa promotion. Malgré cet inconvénient, Slayer rentre dans le top 100 des ventes et obtient son premier disque d'or (plus de 500 000 ventes aux USA). Durant la tournée qui a suivie avec W.A.S.P., Dave Lombardo quitte ses camarades mettant en avant le fait qu'il ne puisse gagner assez d'argent en jouant de la musique pour pouvoir vivre correctement. C'est Tony Scaglione de Whiplash qui reprend les fûts quelques mois le temps que la femme de Dave le convainc de reprendre ses activités. Rubin, voulant bien faire les choses pour ses poulains, tente de donner une direction artistique à Slayer en leur faisant enregistrer en 1987 pour la BO du film "Less Than Zero", une reprise d'Iron Butterfly ("In a gadda da vida") qui s'avère être une "merde" (dixit King) même si elle restera dans l'histoire comme leur première chanson diffusée en radio. L'année 1987 est une année remplie de concerts et Slayer acquiert une sévère réputation, si bien qu'ils commencent à voler la vedette aux têtes d'affiches pour lesquelles ils jouent.

Les américains sont suractifs et enchainent l'année suivante l'enregistrement de South of heaven. Sorti durant l'été, ce quatrième album composé essentiellement par Araya et Hanneman déboussole les fans par le ralentissement et la lourdeur de ses rythmes et par un chant plus calme. L'évolution musicale paye puisque le succès est au rendez-vous avec un nouveau disque d'or à la clé. Produit une nouvelle fois par Rick Rubin, cet opus comporte une reprise de Judas Priest, "Dissident agressor". Slayer reste le groupe métal le plus intéressant du moment avec Metallica, Anthrax et Megadeth : le "Big-Four" est né. Les concerts font sold-out si bien qu'un jour de 1988, une mini émeute éclate devant l'entrée du Hollywood Palladium après qu'un millier de personnes se soient vue refuser l'entrée. Parallèlement, la bande à King est victime de l'intérêt historique que porte Hanneman pour le nazisme (il porte sur scène des croix de fer sur sa veste et des autocollants sur sa guitare) et compte une frange de néo-nazis parmi ses fans. Cette image négative restera longtemps collée au groupe qui, une fois de plus, condamne ouvertement les horreurs de cette dictature.

En 1990, Slayer sort Seasons in the abyss, cinquième album co-produit par Andy Wallace, sur le tout nouveau label de Rubin, American Recordings. La production de ce nouvel effort est davantage améliorée et combine à la fois de nouvelles et vieilles influences. Plus lourd que South of heaven, Seasons in the abyss témoigne du travail de plus en plus abouti de Tom Araya au chant, autant musicalement que textuellement. Ainsi, la célèbre "Dead skin mask" évoque le sujet des tueurs en série dont Ed Gein. Ce disque atteint le million de copies vendues et reçoit les éloges de la presse musicale mondiale. Cette à cette période que le premier clip du groupe, pour la chanson éponyme de l'album, est tourné devant les pyramides de Gizeh en Égypte avant la guerre du Golfe. En cette même année, Slayer participe à la monstrueuse tournée "Clash of the titans" regroupant deux affiches, l'une européenne avec Suicidal Tendencies, Testament et Megadeth, l'autre américaine avec Alice In Chains, Anthrax, Megadeth. Alors que le feeling passe terriblement avec les participants, les retrouvailles avec Mustaine sont source de tensions. Deux raisons principales à cela : d'une part, la revendication de l'initiative du projet par Mustaine démentie par King et, d'autre part, l'indéniable succès de Slayer au détriment de Megadeth, les fans les réclamant pendant le show du rouquin et de sa troupe. Pour fêter les dix ans du groupe en 1991, un double-CD live intitulé Decade of agression voit le jour. Ce disque marque la fin de la première ère de Slayer qui en profite pour prendre une pause après toutes ces années de suractivité.

En mars 1992, Dave Lombardo quitte à nouveau ses camarades de jeu avec qui il a quelques soucis par rapport à sa femme Thérèsa. Le batteur, ayant quelques problèmes de dos depuis quelques temps, passe en effet plus de temps avec sa douce qu'avec le groupe (cela était déjà le cas en tournée), ce qui a tendance à énerver le trio qui les qualifie de "Ken et Barbie". Brouillé avec eux, il part fonder Grip Inc., son nouveau projet avec Waldemar Sorytcha. Paul Bostaph, venant de quitter Forbidden, intégre Slayer pour entamer une nouvelle tournée qui débute par le célèbre festival métal britannique "Monsters of Rock" de Donington. En 1993, les gars d'Huntington Park participe à la BO de Judgment night en collaboration avec le rappeur Ice-T, leader de Bodycount sur une chanson-medley de The Exploited.

Slayer - Divine intervention Le sixième album, Divine intervention, arrive enfin dans les bacs l'année suivante (après avoir été maintes fois repoussé), soit quatre ans après Seasons in the abyss. Cet opus, considéré comme un retour aux sources, est le premier enregistré avec Bostaph. Dans le livret du CD, Slayer a voulu mettre en avant le fanatisme exacerbé l'entourant en insérant la photo d'un bras scarifié d'un fan où l'on peut lire le nom du groupe. Malgré les bonnes critiques musicales, les trasheux sont une nouvelle fois confrontés aux accusations concernant l'image nazi (la chanson "SS-3" tourne autour de Reinhard Heydrich, dirigeant nazi et adjoint d'Himmler) qu'ils véhiculent dans leurs paroles. Max Cavalera, qui à l'époque partageait l'affiche avec la bande de King en tant que membre de Sepultura, les pointe du doigt en les tenant responsable de la présence de néo-nazis au sein de leur public commun. Le contentieux entre les deux groupes durera quelques années. La fin de l'année 1994 et une grande partie de l'année suivante est remplie de dates à travers le monde en compagnie notamment d'un certain groupe nommé Machine Head. Les aventures de cette tournée se retrouvent dans une home-vidéo intitulée Live intrusion mélangeant les extraits d'un concert à Mesa en Arizona entrecoupés de scènes en backstage. Slayer, voulant faire honneur à ses influences, décide de sortir en 1996 un album de reprises punk, Undisputed attitude. T.S.O.L., Verbal Abuse, The Stooges ou Minor Threat font partie des groupes repris au milieu de trois nouveaux morceaux originaux : "Can't stand you", "Drunk Drivers Against Mad Mothers" (DDAMM) et "Gemini" (les deux premiers titres cités ont été composés par Pap Smear, le projet avorté d'Hanneman).

Après l'enregistrement de ce disque, Paul Bostaph évoquant son ras le bol du métal et voulant se consacrer à The Truth About Seafood, cède sa place de batteur à celui de Testament, John Dette. Les rumeurs donne un retour de Lombardo ("même pas en rêve" répondra Kerry King) mais, suite à une engueulade, Dette est viré un an après son arrivée et Bostaph reprend les fûts. A cette époque, Slayer est poursuivi en justice par les parents d'une fillette assassinée qui les accusent d'avoir encouragé, à travers le contenu de leurs textes, les meurtriers, fans du groupe, à agir. Ils seront relaxés.

Diabolus in musica sort en juin 1998, en pleine vague néo. Composé essentiellement par Jeff Hanneman, il reçoit des avis partagés car le groupe a voulu s'essayer à de nouvelles expériences tels le désaccordage et l'ouverture vers des structures musicales dans l'air du temps tout en gardant leur marque de fabrique. Dans le même temps, Slayer participe avec les allemands d'Atari Teenage Riot à une chanson figurant sur la BO de "Spawn" et enregistre "Hand of doom", une reprise de Black Sabbath pour le tribute Nativity in black II, formation légendaire qu'ils retrouvent d'ailleurs sur l'affiche du Ozzfest la même année.
Coïncidence étrange, God hates us all voit le jour le 11 septembre 2001 après avoir été prévu pour le 10 juillet. La promotion de ce neuvième album, dont le nom initial devait être "Soundtrack to the apocalypse", passe au second plan au vues des circonstances de l'actualité. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la tournée "Tatoo the planet" (avec une affiche prévue autour de Pantera, Static-X, Biohazard et Vision of Disorder) fut repoussée. Alors que le groupe enchaîne les dates après avoir été nommé aux Grammy Awards pour la chanson "Disciple", Paul Bostaph quitte à nouveau Slayer pendant les fêtes de fin d'année 2001. Il laisse, à titre posthume, un de ces derniers live avec le groupe dans une vidéo qui sortira deux ans plus tard sous le nom War at the Warfield. La raison évoquée est une blessure chronique au coude. Kerry King contacte alors Dave Lombardo pour finir la tournée. Celui-ci, alors aux affaires avec Fantômas, accepte la demande et met fin à dix ans de querelles.

Slayer en 2006 Avec le retour du line-up originel, le quatuor va faire un énorme cadeau à ses fans en 2003 : jouer entièrement Reign in blood en live. La performance est filmée et fait l'objet d'un DVD vendu l'année suivante sous le nom Still reigning. L'occasion est également à l'heure des compilations avec la sortie de Soundtrack to the apocalypse comprenant entre autres des raretés, des titres lives et des remix réunis dans une box-set de 74 titres. Pendant plus de deux ans, Slayer se consacre à la scène avec pas moins de 250 concerts à travers le monde en compagnie notamment de Slipknot ou Metallica.
2006 sonne le grand retour discographique des métalleux avec Lombardo. Christ illusion est un album plus qu'attendu par les fans de la première heure, si bien que le groupe décide de prendre tout le monde de court en sortant un EP limité de 5000 ex, Eternal pyre, comportant un titre agrémenté de deux vidéos extraites de concerts. Au mois d'août arrive enfin le nouvel album dans les bacs qui pète le score avec 62 000 ventes dès la première semaine aux Etats-Unis. Ce sera moins le cas en Inde où les stocks sont détruits suite aux protestations de groupes religieux concernant le contenu de l'artwork. Produit par Josh Abraham, Christ illusion reçoit de généreuses critiques. Mais si certains le jugent trop proche de God hates us all, cela n'empêche pas la bande de récolter un Grammy Awards de la meilleure performance métal, de jouer pour la première fois sur une base militaire américaine située en Allemagne mais également à la télévision à une heure de grande écoute !

Les membres de Slayer atteignant un âge avancé, Tom Araya évoque, pour la première fois en interview, la possibilité de voir la fin du groupe après la sortie du nouvel album. Composé et enregistré en studio avec Greg Fidelman, World painted blood fait son apparition le 3 novembre 2009. Bien qu'Araya ait subit une opération des cervicales récemment, rien jusqu'à présent ne peut faire croire que le quatuor va s'arrêter puisqu'une tournée est prévue jusqu'en septembre 2010. A suivre...

Slayer / Chronique DVD > The Big 4 : Life from Sofia, Bulgaria

The Big 4 Sofia, Bulgarie, 22 juin 2010 @ Sonisphere : une date pas comme les autres, pendant laquelle la planète metal eut les yeux tournés vers les Balkans pour voir le prestigieux Big 4 mettre le vieux continent à feu et à sang. Un carré magique réunissant Metallica, Slayer, Anthrax et Megadeth soit près de trois décennies ans de heavy metal alignées sur une seule scène et des coulisses qui ont dû ressembler au Hall of Fame du gros son. Il fallait oser et arriver à tous les réunir, Sonisphere l'a fait. Bref du lourd, du très lourd même.
Du old-school oui aussi, limite has been (Megadeth, Anthrax quand même ça commence à peser...) mais aussi de la très grosse artillerie live (Metallica, Slayer) et une tripotée de mastodontes du metal à jeter en pâture à un public qui s'étend à perte de vue... Oui, parce que ce show Bigger than life ne ressemblait à aucun autre et parce que Sofia, c'est pas forcément la porte à côté, devait fatalement être capté sur DVD, ne serait-ce que par le caractère exceptionnel de l'évènement (mais aussi pour tes considérations bassement mercantiles de la chose > mission accomplie, l'objet se vend par palettes entières aux USA). Cela dit, lorsque l'on dépose la bestiole dans le lecteur, même sans un die-hard fan absolu de ces groupes et quoi que l'on puisse penser de cette "réunion", le résultat pique aux yeux. Et pas qu'un peu.
Back to the 90's donc... Anthrax va se révéler un peu mou du genou, Megadeth fidèle à lui-même donc clairement vieillissant (ça fait dix ans que c'est comme ça, pas de raison que ça change), par contre, les deux derniers envoient la purée comme personne. Metallica fidèle à sa légende et Slayer en mode rouleau-compresseur, classique, mais toujours d'une effrayante efficacité, assurent à eux seuls le show. A l'américaine le truc hein, avec des moyens à la hauteur de l'évènement, donc considérables, pyrotechnie à l'appui notamment pour les four hoursemen qui sont objectivement LA tête d'affiche du show... pour un rendu visuel ahurissant. On adore, on déteste, peu importe, The Big 4 Live est absolument hors-norme. Que cela soit dit.

[ [us] The Big 4 (41 hits)External / [us] Trailer: YouTube (52 hits)External ]

Slayer / Chronique LP > World painted blood

Slayer - World painted blood Là ça va saigner... Slayer is back avec un nouvel album baignant dans des rivières pourpres et qui dès le premier titre pose les bases de la cuvée 2009 des dieux du thrash metal : ça va cartoucher sévère les tympans des kids avides de sensations fortes mais ça aurait aussi pu être un cran au dessus encore. "World painted blood", titre éponyme de l'album la joue nerveux mais pas bourrin, tendu comme une arbalète mais semblant comme manquer un peu de souffle. En clair on sent que ça peut nous exploser à la gueule... sauf que ça vient pas tout à fait. D'ailleurs, même techniquement, ce n'est quand même pas extraordinaire eux égards aux backgrounds des américains, même si ça se laisse écouter gentiment, notamment le break dudit titre, sulfurique à souhait. Sa séquelle, "Unit 731" déboule dans les enceintes toutes voiles dehors et permet d'accélérer sérieusement le bordel. Rythmique cadencée au cran d'arrêt, un Tom Araya qui y va franchement, ça doit pouvoir le faire, sauf que (oui il y a un "mais"), les riffs sont atrocement mou, un comble pour les auteurs de Reign in blood (mode "vieux con - c'était mieux avant" : activé). Verdict quasi similaire sur "Snuff" ou "Beauty through order". OK ça joue vite et bien. Très bien même. Mais le producteur de la bestiole a peut-être oublié de soigner le mix. Ou d'enlever la sourdine, c'est selon. Alors certes, l'ensemble se muscle un peu sur "Snuff" mais quand même, c'est Slayer quoi !
Heureusement la suite permet au groupe de monter doucement en puissance. Sur "Hate worldwide" et "Human strain" notamment où les californiens trashent à tout va, piquent quelques petits sprints métalliques, et défoncent des cloisons auditives en besognant les instruments comme des damnés malgré un Araya qui semble parfois un poil court pour tenir la distance. Faut dire aussi que ça va pas mal vite sur certains passages. Niveau tremolo picking, tout baigne, au rayon grosse caisse qui matraque, ça pulse pas mal et là on se dit qu'enfin... ça va saigner ! Débarque alors "Public display of dismemberment" et là autant dire que ça ne rigole plus du tout. Tout en furie subversive et déluge de décibels balancés à 3000 à l'heure, Slayer fait ce qu'il sait faire de mieux et démontre que la fougue des débuts est encore là... même si de temps en temps sur courant alternatif ("Americon", "Not of this God"). Comme si le groupe manquait un peu de hargne, de cette furie qui caractérisait ses précédents efforts et qu'il s'était quelque peu enfermé dans un confort artistique très relatif. Par contre, et c'est là aussi tout l'intérêt de ce dixième album, World painted blood réserve également quelques bon vieux parpaings sonores ("Psychopathy red" et "Playing with dolls") qui crachent le feu et le sang partout sur les enceintes et ça, ça rassure quand même sur l'état de santé d'un groupe qui va bientôt boucler sa troisième décennie d'existence. Preuve que malgré une mise à feu un peu tiède, les papys du thrash ne sont pas encore trop vieux pour ces conneries...