metal Métal > Sick Sad World

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S'ils existent depuis 2006 et qu'on les a découvert en 2010 avec le split Ruins of a forgotten world qu'ils partageaient avec Another Moon, les Sick Sad World nantais (il faut préciser car les groupes ayant eu l'idée de s'appeller Sick Sad World, en référence à Daria ?, sont nombreux) ont attendu 2011 pour fixer leur line-up. Ils sont depuis 5 à bosser (Julien au chant, Antonin et Erwan aux guitares, Rico à la basse et David à la batterie) répétant puis jouant surtout dans l'Ouest (avec Coilguns, Memories of a Dead Man, The Long Escape, Earthship...) et enregistrant un premier album signé chez Send the Wood Music. Ce Murmuration bénéficie d'une prod soignée estampillée David Enique (Strike Down) pour l'enregistrement et Magnus Lindberg (Cult of Luna) pour le mastering et d'une allure qui ne trompe pas sur la marchandise...

Sick Sad World / Chronique LP > Murmuration

Sick Sad World - Murmuration (Artwork) Malgré ce que pourrait penser le béotien, entre HardCore et Post-HardCore, il y a un monde... et assez peu de groupes osent faire le pont entre les deux styles, Sick Sad World est de ceux-là même si sur la durée, c'est du côté lancinant et lumineux que la balance penche. Pourtant après une introduction qui ne donnait pas beaucoup d'indices ("Spread your wings..."), le ton donné par "...And burn the crows" était clairement métal HxC (voire métalcore) avec riffs parpains, chant écorché et rythmiques concassantes sur une grande partie du morceau, certes, il y avait quelque parties plus éclairées (au chant comme à la guitare) mais ce n'était qu'un résumé de ce qui allait suivre...

La suite, c'est la grande classe sortie par le combo qui lâche dès "Obsolete obstacle" un passage éthéré bluffant puis son antithèse la plus obscure avec un chant lourd d'excellente facture (parce que pour une fois, les parties sourdes sont mieux tenues que celles qui sont plus claires, là-dessus, Antonin doit progresser car il est capable de bien mieux, il le prouve d'ailleurs sur "Ghost voice"). Et on va retrouver quelques autres moments tout aussi délicieux tout au long de ce Murmuration du plus tripant (parce qu'il prend véritablement aux tripes) "Prophecy" au plus émouvant "Missing bro". On oublie alors le côté HardCore qui n'est pourtant jamais très loin mais qui au fur et à mesure se fond de plus en plus dans la masse et termine par se surimposer, on obtient alors "Old path" par exemple, une musique où la trame principale est faite de douceur (chant et guitares claires, batterie feutrée), bientôt agrémenté par une ligne de distorsion qui amène un chant lourd sur lequel se greffent des riffs puissants mais le rythme ne reprendra jamais le côté binaire de "...And burn the crows". Comme si la clarté venait se confronter à l'obscurité pour savoir qui allait l'emporter.

Sick Sad World présente d'énormes qualités de composition, combinant à merveille des atmosphères qui semblent pourtant incompatibles et si je suis déjà conquis, je me dis que si le groupe corrige ces quelques soucis de chant (assez dommageables sur "Rebirth" ou "Island"), il pourrait devenir énorme. C'est tout le mal que je leur souhaite.

Sick Sad World / Chronique Split > Ruins of a forgotten world

Another Moon | Sick Sad World [Split] Ruins of a forgotten world... Alors là, avant même d'aller plus loin, rendons hommage au graphiste, auteur d'un artwork de très grande classe, qui plus est parfaitement dans le ton de la matière audio que recèle ce split partagé entre Another Moon et Sick Sad World. La transition est du reste toute trouvée puisque le responsable de la création graphique n'est autre que Englar aka Seb aka... Another Moon (la logique est imparable).
Architecte de ce "one man band" (découvert sur la compilation Falling down), c'est donc lui qui ouvre d'ailleurs les hostilités de Ruins of a forgotten world avec "There will be no sunshine anymore", petite merveille d'alliage ambient/rock/postcore euphorisant et cathartique qui, quasiment 12 minutes durant, transporte son auditeur dans un autre monde. Une dimension parallèle, univers alternatif dans lequel les "Ruins of a forgotten world" sonneraient le glas d'une civilisation dont le temps serait désormais révolu. Des crescendo appuyés par la voix du chanteur de SSW venu le temps d'un titre, apporter sa contribution hurlée aux travaux d'Another Moon, des arrangements subtils et raffinés, pour un résultat qui nous projette en pleine figure des émotions brutes qui trouvent leur écho dans "The end of all things", magnifique épitaphe musicale de cet univers à haute densité passionnelle, enfanté de toutes pièces par Seb/Englar.
De son côté, Sick Sad World donne dans le metal à tendance hardcore/screamo/post-core sauvage (rayer la mention inutile), impétueux et subversif, en alternant les chants, mélodiques/écorchés, autant que les montées en pression qui parsèment un "White room" massif et chargé en riffs cautérisants à souhait. Les guitares bien saignantes, la rythmique lapidaire, le double chant à l'ambiguïté schizophrénique et paradoxalement, des éléments rock alternatifs dilués dans un mélange de metal alternatif et de hardcore effervescent ("Heads"), SSW est du genre volcanique, imprime sa marque et délivre un troisième titre en forme de manifeste presque nihiliste. L'ensemble étant d'une remarquable cohésion, une forme d'harmonie sombre et destructrice qui trouve son aboutissement dans le chaos ambiant, une oeuvre aux résonances terriblement contemporaines.