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Biographie > Pas le film ni le groupe de black suédois

Shining Shining A ne pas confondre avec le groupe de black metal suédois (rien à voir non plus avec le film culte de Stanley Kubrick adapté de l'oeuvre de Stephen King), Shining est à ses débuts (en 1999 à Oslo, Norvège) une formation free-jazz dont deux des membres ont été sociétaires du collectif de référence en la matière : Jaga Jazzist. Les premiers enregistrements sont du reste dans cette veine stylistique et c'est sous cette étiquette que le groupe sort successivement Where the ragged people Go en 2001 puis Sweet Shanghai devil deux ans plus tard. On pense alors à John Coltrane ou Ornette Coleman à l'évocation de ses travaux et ce n'est qu'à partir de 2005 que la formation scandinave opère sa métamorphose.

Avec l'album In the kingdom of kitsch You will be a monster paru chez le label local Rune Grammofon, Shining commence à inclure des éléments rock progressif voir métal dans sa musique et voit celle-ci s'exporter peu à peu au-delà des frontières de sa Norvège natale pour s'attirer les faveurs de la critique internationale spécialisée. Et poursuit donc dans cette veine en 2007 avec Grindstone (et quelques changements de line-up dans l'intervalle) jusqu'à insérer cette fois des éléments drone et noise dans ses compositions. Oeuvrant désormais clairement dans des sphères de plus en plus rock et métalliques, le groupe tourne en Europe avec Enslaved et en vient à collaborer avec les maîtres (et compatriotes) du metal extrême norvégien le temps d'une création intitulée The Armageddon Concerto : Nine nights in nothingness - Glimpses of downfall commandée par le festival Moldejazz 2008.

Devenu au fil des années une figure qui compte sur la scène européenne, Shining joue en tant que tête d'affiche au prestigieux Roadburn Festival 2010. Quelques mois plus tôt, le groupe a rejoint les rangs du label Indie Recordings chez qui sort au début de l'année l'album Blackjazz. Et là, c'est l'explosion médiatique, le cocktail jazz/metal/prog est d'une intensité inégalée chez les Norvégiens qui font un carton partout où ils passent. Notamment en live, ce qui leur vaut du reste de livrer, toujours par le biais de la même crèmerie un Live Blackjazz en CD/DVD de très haute volée. Dix-huit mois plus tard, c'est une nouvelle fois via Indie Recordings qui est entre-temps devenu l'un des labels de référence sur le vieux continent en matière de metal (à tendance plutôt extrême) que sort One one one.

Shining / Chronique LP > One one one

Shining - One One One Quand on se dit qu'ils faisaient du pur free-jazz à leurs débuts avant de faire continuellement évoluer leur musique vers quelques chose de plus rock, plus prog voire plus métallique, jusqu'à ce qu'elle est maintenant, pas si étonnant de découvrir ce que donne le Shining post-explosion Blackjazz / Live Blackjazz dès l'inaugural "I won't forget". Soit un cocktail de rock survolté dopé aux pulsions metal et fulgurances jazz/prog furieusement déjantées, plongé dans un amas d'effets de studio. Et une réussite étincelante qui en met littéralement plein les enceintes à peine l'album déposé sur la platine CD/vinyle.

Tout aussi rock'n'roll dans son entame mais rapidement plus féroce dans ses éruptions ravageuses bien burnées, "The one inside" aligne l'auditeur et alterne tentatives mélodiques et constance vocale hurlée vaguement héritée de la sphère black metal. Sans les poncifs véhiculés par le genre. Quant à la partie "jazz", elle met un peu de temps à arriver pour finalement tout retourner sur son passage, ce à point nommé. Surtout que l'on se retrouve face à un climax jazzcore brutal qui parachève un titre à la maestria formelle et artistique fracassante. En roue libre et se laissant aller à ses penchants les plus extrêmes, il sert sur un plateau une mixture joyeusement bordélique et violente parsemée de quelques éléments électroniques bien déglingués ("My dying drive", "Off the hook").

Un petit côté Dillinger Escape Plan sous LSD, des mélodies décharnées empilées avec une frénésie palpable, rythmiques martiales assassines qui pulsent dans les éprouvettes ("The hurting game") et autres joyeusetés validant l'étiquette "black-jazz" des Norvégiens, les morceaux s'enchaînent avec une maîtrise toujours effrayante, surtout après avoir été exécutés à une vitesse plutôt ahurissante ("How your story ends"). Ruptures de tempo impromptues ("Blackjazz rebels"), virtuosité brute à tous les étages ("Walk away") et riffing terminal punitif ("Paint the sky black"), Shining en remet une dernière couche et fait les choses bien comme il faut pour achever le travail de la seule manière possible : efficace et corrosive. Pour un album en forme de grosse, très grosse fessée. Technique et jouissive.