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Biographie > Scott Kelly

Membre fondateur de Neurosis avec Steve Von Till et Dave Edwardson, Scott Kelly a su, à l'image de Von Till, développer d'autres facettes de sa musique, au sein de Tribes of Neurot, du projet Blood and time (avec l'album At the foot of the garden) ou de ses disques solo acoustiques (dont Spirit bound flesh). En marge de ses activités au sein du label Neurot Recordings (Red Sparowes, Made out of babies, A Storm of Light...), fondé avec les membres de Neurosis, Scott Kelly participe en 2004 et 2006 aux enregistrements des albums Leviathan et Blood mountain de Mastodon. En 2008, Kelly sort quasiment en même temps que son compère Steve Von Till, son nouvel opus solo, baptisé The Wake.

Review Concert : Scott Kelly, Scott Kelly à Glazart (janv. 2010)

Scott Kelly / Chronique LP > The forgiven ghost in me

Scott Kelly and the Road Home - The forgive ghost in me A peine deux mois après la sortie du tribute album Songs of Townes Van Zandt auquel il a contribué avec Steve Von Till, son compère au sein de Neurosis & Scott Wino Weinrich, et quelques semaines avant la sortie du nouvel album de Neurosis, Scott Kelly, pourtant déjà bien occupé à présider aux destinées de Neurot Recordings (le label fondé avec ses "frères" Neurosis), livre un nouveau disque (presque solo) très poétiquement intitulé The forgiven ghost in me... Presque on a dit, puisque pour ce nouvel effort, le songwriter/guitariste/vocaliste a convié une sorte de backing band composé d'une poigné de musiciens parmi lesquels Greg Dale, Josh Graham (A Storm of Light, Battle of Mice, Red Sparowes...), Jason Roeder (Neurosis, Sleep) et Noah Landis (Neurosis aussi).

Casting de luxe et talents purs à tous les étages, le tout dirigé de main de maître par un Scott Kelly apparemment désireux de s'échapper du format "album solo" pour s'amuser à bouleverser les carcans artistiques. Son confort créatif aussi, lui qui livre ici une partition d'inspiration résolument folk/country/americana, dans la plus pure tradition du genre, la classe folle d'un songwriter de génie en plus. Et une filiation pas si éloignée avec... Townes Van Zandt, comme pour respecter une certaine logique, avec une élégance étourdissante qui fait la marque des grands, quand bien même le morceau inaugural de l'album ne soit pas réellement parmi ce que Kelly a fait de mieux ("A spirit redeemed to the sun" mineur). Et puis de toutes les façons, un titre en deça de ses qualités intrinsèques suffit néanmoins à l'américain qui enchaîne sans ciller avec le sublime morceau-titre de l'album. Profond, ténébreux et en même temps parsemé de quelques lignes mélodiques lumineuses, voici la première pépite de The forgiven ghost in me.

Pas le temps de douter de l'inspiration du maître que celui-ci a déjà remis les pendules à l'heure et comme pour mieux démontrer que c'est lui le patron, embarque son auditoire dans une ballade à travers les immensités crépusculaires de la vieille Amérique rocailleuse (magnifique et racé "In the waking hours"). On voyage à travers des paysages désolés, hantés par les ombres fantomatiques d'un passé qui semble condamné à resurgir dans cette mélancolie à fleur de peau qui découle ici d'une profondeur étourdissante ("Within it blood"). Scott Kelly au sommet de son art l'espace d'une poignée de titres bouleversants ("When let the Hell come") exhalant la brume grisâtre d'un désespoir latent, avant d'enfin apercevoir de nouveaux quelques rayons de lumières sur "The sun is dreaming in the soul" et de replonger dans les abîmes émotionnels de "The field that surrounds me" aux instrumentations discrètement envoûtantes. Plus rien n'arrête alors Scott Kelly dans sa quête d'absolu country/folk/americana et c'est complètement habité par l'écriture finement ciselée de l'Américain que "We burn through the night" vient définitivement parachever cet album en forme de petit chef d'oeuvre du genre.

Scott Kelly / Chronique LP > Songs of Townes Van Zandt

Songs of Townes Van Zandt Songs of Townes Van Zandt, c'est l'hommage le plus élégant possible rendu à un songwriter folk/country décédé en 1997 et quasiment vénéré par ses pairs, ce malgré un succès public finalement assez "confidentiel". Le genre à ne pas trop faire en sorte de plaire aussi, un solitaire, vivant dans sa caravane et pensant ses journées à jongler entre alcoolisme forcené et un goût prononcé pour l'héroïne comme les médicaments, le tout ajouté à un humour très noir doublé d'une sérieuse tendance à la dépression. En clair pas le type que l'on invite chez soit pour mettre l'ambiance la veille de Noël... et pourtant une quasi légende dans le milieu, à tel point que ce sont rien moins que Scott Kelly & Steve Von Till soit les deux compères de Neurosis ainsi que Scott Wino Weinrich (Saint Vitus, The Obsessed notamment) soit un cast de luxe qui s'y sont collés sur ce pour ce tribute album paru chez Neurot Recordings.

Le programme est d'une simplicité évidente : une petite dizaine de folk-songs crépusculaires et désenchantées, promenant leurs tourments au détour de mélodies brisées par les fantômes d'une vie sommes toutes assez triste ("If I needed you"), une country feutrée, habitée par des textes au cynisme acerbe ("St.John, the Gambler"), celui d'un artiste qui n'était clairement pas bien dans sa peau et n'a su réellement exprimer son mal-être qu'au travers de sa musique ("Black crow blues"). Townes Van Zandt vivait dans un chalet sans électricité ni eau courant lorsque le succès naissant l'embrassa. Mais celui-ci décida de l'ignorer pour continuer sa route sans varier d'un iota, refusant consciemment de bouleverser son quotidien partagé entre sa guitare folk, son whisky et ses paradis artificiels, pour mieux faire la seule chose qu'il savait faire réellement selon lui : se perdre de quelque manière que ce soit. Notamment dans sa musique, racée, plutôt brute de décoffrage et pourtant d'une classe incomparable ("Lungs", "Rake"), si bien que l'hommage ici rendu par trois monstres sacrés du hard/metal/rock/sludge/doom/post-hardcore des trente dernières années, en plus de faire (re)découvrir un artiste folk/country majeur du XXe siècle à ceux qui ne le connaissaient pas ou peu, se révèle être LE tribute-album de référence.

Un disque rare parce que précieux, porté par des musiciens à l'intégrité irréprochable et qui n'ont certainement pas fait un "coup" pour remplir leur compte en banque avec cet album. Mais au contraire pour s'offrir un vrai plaisir de songwriter reprenant les oeuvres d'un modèle, avec ce qu'il faut de maturité artistique pour ne pas dénaturer le propos originel tout en apportant ce petit "truc" en plus qui rend cet hommage difficilement dispensable. En témoigne la très belle et cendrée "Snake song", ou le minimaliste "Nothin" qui respirent la classe. Par contre dépressifs s'abstenir parce que sur un morceau comme "Tecumseh valley", on est quand même à deux doigts et demi de finir la chronique au bout d'une corde avant que "A song for" ne finisse de boucler la boucle sur ce sans-faute évident.

Scott Kelly / Chronique LP > The wake

scott_kelly_the_wake.jpg A l'instar de son compère Steve Von Till et son album A grave is a grim horse, Scott Kelly lui répond en sortant quasiment en même temps The Wake. Un disque tout aussi acoustique que celui de Von Till à la différence qu'il ne joue pas vraiment sur le même creuset émotionnel. Là où A grave is a grim horse va dans l'ombre pour mieux retrouver la lumière, The Wake reste sur la surface, dévoilant des compositions bien éloignées des albums de Neurosis, si ce n'est la voix si particulière de leur interprète. Là où son compère livre un album en forme de réponse aux déflagrations métalliques de leur projet principal, Scott Kelly semble chercher à s'affranchir complètement du modèle neurosien, pour s'en aller vers de nouveaux horizons musicaux, ce qui ne l'empêchera assurément pas de participer à la suite de Given to the rising avec ses amis de vingt ans. De "The ladder in my blood" à "Remember me", l'une des deux voix de Neurosis nous offre ici sept morceaux folk arides et tristes à en pleurer. En quelques coups de pinceaux acoustiques et de mélodies ténébreuses, Kelly brosse le portrait d'un univers musical où il est bien difficile de trouver la paix de l'âme. Un monde que la nature humaine pervertie inexorablement afin d'en précipiter inconsciemment sa chute. Ce qu'il projette sur sa toile n'a rien de très euphorisant. On sent même ici une forme de résignation dans le propos ; et si les dépressifs chroniques feraient mieux de passer leur chemin, certains pourront trouver quelque écho dans les esquisses dessinées par celui qui s'est transformé pour l'occasion en véritable songwriter ("The searcher"). Ou presque, car des titres comme "Catholic blood" ou "In my world" peinent toutefois à convaincre pleinement tant on a un peu l'impression que Scott Kelly finit par tourner en rond autours de sa guitare. Un disque un peu en demi-teinte mais qui a le mérite de proposer une autre facette de la musique de son auteur.