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Russian Circles Originaire de Chicago, USA, comme les Pelican avec lesquels ils partagent sinon bien des similitudes, pas mal de points commun, Russian Circles est un trio post-metal/rock fondé en 2004 à l'initiative de Colin DeKuiper et Mark Sulllivan, tous deux ex-membres du groupe Dakota/Dakota. La paire de musiciens embauchent un certain Dave Turncrantz et c'est sous cette configuration que le groupe enregistre un EP, autoproduit et éponyme (2004).
Le groupe fait ses premières armes en live aux côtés des plus fines lames du genre, soit Mono ou Pelican mais pas que (Minus the Bear) et livre son premier album long-format en 2006 avec Enter, notamment avec le concours du label Sargent House qui s'occupe de l'édition vinyle. Le succès, bien que relatif encore, est tout de même évident et Russian Circles rejoint alors l'écurie Suicide Squeeze Records (Minus the Bear, This Will Destroy You...) pour deux albums Station en 2008 et Geneva l'année suivante. Entre-temps, Colin DeKuiper a quitté le groupe suite à des divergences artistiques et a été remplacé par Brian Cook (ex-Botch) et membre de These Arms are Snakes avec lesquels les Russian Circles ont du reste publié un split 12'' en 2008. De son côté, le label Sargent House continue de s'occuper des versions vinyles des albums.
Trois ans plus tard et donc bien des péripéties discographiques qui lui ont valu non plus le statut d'espoir de la scène internationale mais bien de référence en matière de post-rock métallique ou de post-metal à fulgurances rock, le trio chicagoan ne nage plus réellement derrière Pelican mais plutôt à ses côtés, ne serait-ce qu'en termes de reconnaissance... et livre son quatrième album à l'automne avec Empros, uniquement via Sargent House (CD et LP) cette fois.

Russian Circles / Chronique LP > Guidance

Russian Circles - Guidance Il y a des groupes qu'il faut avoir vu en live. Pas seulement parce qu'ils y sont très bons et font vivre une autre expérience en délivrant leur musique mais également parce qu'on saura désormais ce dont ils sont capables. On saura que les titres excellents de leurs albums, ils les magnifient encore davantage et on en profitera dès son salon. C'est exactement ce qu'il se passe avec les Russian Circles.

Le titre de l'album (Guidance) et la photo de l'artwork nous invite à les suivre, même si sur cette dernière, l'homme le plus serein n'a pas le choix et marche d'un bon pas vers la mort (ce n'est pas forcément évident sur la version CD, l'artwork est beaucoup plus intéressant quand il n'est pas coupé, ça fait une bonne raison d'acheter le vinyle, au passage le design est signé Ben Chisholm de Chelsea Wolfe, combo invité sur le titre éponyme de Memorial et avec qui ils ont partagé une tournée en 2013). Allons-y.

Avant ça, j'en termine avec le name-dropping... le gars derrière le son, c'est cette fois-ci Kurt Ballou, forcément ça envoie du lourd dans le grain quand c'est le guitariste de Converge mais aussi producteur reconnu (Kvelertak, Every Time I Die, Torche, Pneu, All Pigs Must Die ...) mais, le lascar a su également faire ressortir les très belles sonorités claires. Pari gagné donc du côté de la production.

Après la promenade introductive "Asa", les choses sérieuses commencent avec "Vorel", le trio appuie sur les pédales (de distorsion et de grosse caisse) et passe à la vitesse supérieure avec une première montée en puissance post-métal avec une basse qui se détache dans l'ascension pour nous hérisser les poils. C'est là qu'en fermant les yeux (ou pas), on s'imagine vivre le morceau en live et reprendre une claque. Jouant sur les deux tableaux (douceur et rugosité), "Mota" ne permet pas franchement de nous remettre de nos émotions, d'autant plus que le chemin est cette fois-ci tracé par une guitare lumineuse. Le voyage continue avec "Afrika", à l'écoute, c'est pas forcément une destination idéale pour le tourisme option sieste, tendu et inquiétant, il s'oppose à "Overboard", véritable îlot de quiétude au coeur de Guidance qui repart au combat avec l'assourdissant "Calla" et nous achève avec "Lisboa". La messe est dite. On le savait, on les a suivis, ils nous ont tués.

Russian Circles / Chronique LP > Empros

Russian Circles - Empros Quand l'un des (intrinsèquement) meilleurs groupes de sa génération livre un nouvel album, complétant un peu plus à la perfection, une discographie déjà plus qu'irréprochable (oui c'est l'heure des louanges) - remember le monumental Geneva - forcément le W-Fenec y va direct les yeux fermés et les tympans aux aguets. A raison. D'autant que si Empros a contre lui un titre qui ne lui va pas du tout, ce sera bien le seul reproche de fond que l'on pourra lui faire. Rien d'improvisé ici, pas l'ombre d'un détail qui n'aurait été longuement passé au scanner et autre filtre digital afin d'en effacer le moindre défaut. Pour le reste, c'est du velours.

"309" ouvre le bal, les couples instrumentaux se mettent en position, la section rythmique cadence le tout, tel un tango post-métallique sur lequel chacun jouerait chorégraphie et partition de concert, en osmose. Bluffant de maîtrise formelle et artistique, le groupe délivre un post-rock stellaire qui polarise autour de lui des éléments métalliques qui finissent de satelliser les quelques six offrandes livrées ici sur un plateau par le toujours excellent label Sargent House (Adebisi Shank, And So I Watch You From Afar, Hella...). La production est d'une limpidité absolue et sert parfaitement les desseins d'un groupe qui, complètement maître de son art, cisèle son écriture de manière à la rendre suffisamment complexe pour exercer son pouvoir de fascination, mais également d'une simple et édifiante efficacité afin de rallier toujours plus d'adeptes à sa cause artistique ("Mladek").

On a passé les deux impressionnants premiers titres et alors que l'on est en train de se dire qu'il en reste encore quatre, on a les écoutilles qui frétillent, les neurones qui frémissent et le reste qui suit. "Shiphol" y va de sa délicatesse infinie pour nous faire succomber. Une mise à nu émotionnelle et pudique, qui se révèle aussi minimaliste dans son économie d'effets et d'artifices que touchante dans ce qu'elle fait naître chez l'auditeur, du moins dans sa première partie. Ensuite, le groupe s'envole littéralement sur un climax à l'intensité phénoménale, avant de directement enchaîner sur "Atackla". Russian Circles varie toujours ses climats, passant sans coup férir d'une apothéose électrique à un sentiment d'apaisement absolu (et vice-versa), en gardant la main sur la sourdine pour jouer la carte d'un post-rock super-noïsique et métallisant, plus vénéneux que progressif et frontal pour changer. Même si encore une fois, le groupe ne peut s'empêcher de se livrer à une de ces énièmes démonstrations de force dont il a le secret. Les deux derniers morceaux ? On vous laisse les découvrir en vous précipitant sur l'acquisition de cet album difficilement dispensable pour qui porte en lui un quelconque intérêt à ce type de musique. Toujours pourra-t-on dire qu'ils sont largement du même coffrage et que ce n'est par conséquent toujours pas avec cet Empros-là que les américains renieront leur réputation de maîtres du jeu. Respect.

Russian Circles / Chronique LP > Geneva

Russian Circles - Geneva Il va nous falloir trouver des superlatifs en stock là. Car n'y allons pas par quatre chemins, ce Geneva est une p***** de baffe. Sept titres seulement et autant de marques indélébiles laissées dans notre esprit par un trio nord-américain non seulement en pleine possession de ses moyens mais surtout doté d'un "truc" en plus. Forcément, quand on pense "post-metal" + Chicago, on pense Pelican (normal...), mais derrière le mastodonte se cache depuis quelques années un trio très remarqué mais pas encore aussi connu qui fait de sacrés ravages. Ces premiers efforts ont tous mis la critique à genou mais là, Geneva est assurément d'un tout autre calibre. Puissant et élégant, le post-rock métallisé de Russian Circles se veut mouvant, organique et évolutif, tantôt nerveux, tantôt plus serein, tantôt tellurique, tantôt plus aérien. Et tout ça dans un seul morceau. Un greffe musicale répétée à sept reprises, sans jamais que cela ne redevienne redondant, juste à chaque fois un peu plus fascinant ("Fathom", "When the mountain comes to Muhammad"), jusqu'à nous faire basculer dans la délicate ivresse de ses profondeurs mélodiques. Magistral.
Guitares lestées de plomb, section rythmique habile autant que volubile, quelques arrangements à cordes pour instiller une pointe de mystère au milieu d'un océan de riffs tempétueux et de mélodies abrasives (l'éponyme et magistral "Geneva"). Exclusivement instrumental, le groupe n'ennuie jamais, à la limite on se dit que le chant serait de trop. Des lignes de basse inflammables, une batterie qui dirige le tout d'une main de fer et une guitare qui ondule entre les geysers émotionnels que le groupe fait jaillir en nous. Bluffant. Après la tempête, les Russian Circles nous offrent quelques instants d'un calme relatif avec l'intro languissante de "Melee" avant de partir sur des schémas post-rock relativement conventionnels et un crescendo tout en progressions harmoniques raffinées. Mais là encore, le groupe parvient à se différencier de ses contemporains par une écriture bien plus fine, une production très ronde qui lui sied parfaitement et une puissance d'impact qui permet au groupe de hausser le rythme ou de le baisser en maintenant une pression constante et en gardant la totale maîtrise de son sujet. Une dynamique étourdissante (dantesque "Malko"), un faux-rythme envoûtant pour le merveilleux "Hexed all" et un épilogue avec "Philos", dernier chapitre d'un magnifique recueil post-rock/metal de très grande classe, rien à ajouter, ce Russian Circles là est un chef-d'oeuvre.