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Biographie > Rosetta (de Lyon...)

Né en 2003, de la rencontre entre quatre musiciens issus de 3 groupes différents soit Dave Grossmann (Sense Fracture), Matt Weed (Sundayrest), Mike Armine (Mykado) et BJ McMurtrie (Sense Fracture, Sundayrest), Rosetta devient un groupe suite à un concert commun où différents musiciens se mettent à improviser des titres sur scène. L'alchimie prenant entre les quatre, ceux-ci décident alors qu'il y a quelque chose à creuser et renouvellent l'expérience en enregistrant quatre compositions servant de démo. Remarqué par Translation Loss Records (Intronaut, Mouth of the Architect...), le groupe sort alors un premier (double) album conceptuel intitulé The Galilean Satellites (les deux disques d'une heure chacun peuvent s'écouter de manière individuelle... ou commune, en superposant les pistes audios comme l'avaient fait Neurosis et Tribes of Neurot avec Times of grace multi-dimensional sound experience en 1999). En avril 2007 le groupe sort un split intitulé Project Mercury avec leurs compatriotes de Balboa avant de mettre au monde leur second album long format, Wake/Lift. En 2008, le groupe figure sur la triple-compilation Falling Down avant d'enregistrer de nouveaux morceaux en prévision d'un split collaboratif avec East of the Wall et Year of No Light.

Rosetta / Chronique LP > Quintessential ephemera

Rosetta - Quintessential ephemera En 2013, les Rosetta ont tenu à sortir leur quatrième album The anaesthete de façon complètement indépendante l'offrant en téléchargement à son public qui pouvait payer ce qu'il voulait pour l'obtenir. Un joli geste mais qui les a coupé d'une partie de la "promo", dont nous, qui chroniquons des disques et pas des fichiers numériques...

Quintessential ephemera est toujours "autoproduit" par le groupe mais sort en Europe via Golden Antenna (Kerretta, City of Ships, Tephra, Phantom Winter, ...) et arrive donc dans nos oreilles sous la forme d'un joli digipak à l'artwork tout à fait dans l'ère du temps même si relativement enjoué (ce gris clair et surtout ce vert !) par rapport aux ambiances musicales et à la moyenne du genre... Dernière remarque inutile (ou pas), alors qu'on était habitué à des noms de morceaux assez réfléchis, ici, c'est "démerde-toi" avec une série de 7 plages "Untitled" et juste pour t'empêcher de dire dans les soirées hipsters "j'aime assez la septième, l'apport d'Erik Osheim est bluffant", ils ont foutu "After the funeral", une intro instrumentale toute cool avant d'envoyer le train des "non intitulées" du coup la fameuse "Untitled VII" se retrouve en huitième position...

Toutes ces considérations ne font que de peu de poids quand on écoute Quintessential ephemera, car c'est évidemment un tout, une oeuvre globale, complète, massive et difficilement sécable, hors de question de penser n'écouter qu'un seul titre... Rosetta exige qu'on se plonge corps et âme dans ses constructions, son post hard-core est relativement sombre et les introductions lentes et calmes (le terrain de jeu favori de Cult of Luna) sont ici réduites au minimum ("Untitled III") pour laisser plus de place à une hargne viscérale aussi brute que brutale ("Untitled V"). C'est tout de même quand les Américains jouent davantage sur les contrastes et étendent le spectre des sonorités avec des notes de guitares limpides et un chant clair sur une rythmique sourde ("Untitled I") qu'ils sont les plus performants et les plus passionnants. Comme je les aime aussi en instrumental moins abrasif et plus "post rock" ("Nothing in the guise of something"), le groupe arrive à me plaire qu'elle que soit l'ambiance qu'il décide de créer... Quintessential ephemera serait donc un nouveau sans faute ? A toi de me déjuger...

Rosetta / Chronique LP > A determinism of morality

Rosetta - A determinism of morality Après l'expérience The Galilean Satellites double album-concept dont les deux parties peuvent s'écouter ensemble ou séparément, Rosetta a atteint son Everest musical il y a près de quatre ans avec le monumental Wake/Lift. Deux oeuvres qui ont permis au groupe de trôner sur les cimes de la scène postcore nord-américaine bien que son aura ait, semble-t-il, quelques (curieuses) difficultés à franchir l'Atlantique pour faire brûler le vieux continent. Notamment.. l'hexagone (comme souvent). Preuve en est l'intérêt très relatif de son troisième opus, A determinism of morality, resté relativement confidentiel dans nos contrées. De là à penser que une promo massive ce genre de groupe ne semble guère pouvoir exister, à dire que la curiosité intellectuelle est apparemment une valeur se faisant de plus en plus rare...

Entre postcore éruptif et screamo-rock cyclonique à la sauvagerie exaltée ("Ayil"), ce nouveau Rosetta démontre en l'espace de deux seuls titres que la formation étasunienne n'a rien perdu de son talent, malgré la discrétion discographique de ces dernières années (une apparition sur la volume I des compilations Falling Down, un split avec East of the Wall et Year of No Light et puis c'est tout). Les arrangements sont déments, le groupe superposant les couches instrumentales sur des structures tantôt complexes, tantôt plus limpides, une production titanesque (sur le très francophile "Je n'en connais pas la fin") et une maîtrise technique affolante en sus, Rosetta enterre la concurrence avant d'avoir passé le tiers de son album. La tension est palpable, la mise à nu, intégrale et sans concession, le groupe expulse sa violence intérieure et parvient à la rendre... belle, intense, cathartique, autant pour lui que son l'auditeur. Bluffant.

On se dit alors qu'il va être difficile de passer après deux morceaux aussi impressionnants et les nord-américains semblent l'avoir compris. En guise de parade, ils livrent sans doute l'une des compositions les plus apaisées de toute leur discographie, "Blue day for Croatoa", sorte de longue respiration en quête d'une quiétude ataraxique qu'ils parviennent à atteindre sans mal, plongeant par la même occasion l'assistance dans un coma semi-conscient et apaisé. Mais chez Rosetta, le calme ne peut que précéder la tempête, laquelle s'abat de nouveaux sur les enceintes avec un "Release" écorché vif qui surprend par l'apparition d'un chant clair donnant une tonalité post-rock/pop à un ensemble à la fois brutal et lumineux, passionnel et dévastateur. Comme sur "Revolve", relativement calme dans sa partie principale et complètement déchaîné dans un final tellurique et chaotique sur lequel une déferlante émotionnelle vient s'abattre sur l'auditeur, avant qu'une nouvelle fois, le groupe ne se lance dans l'une de ses symphonies postcore épique dont il a le secret ("Renew"). Immense, à l'image du morceau éponyme de l'album, "A determinism of morality", épilogue idéal de ce troisième opus flirtant dangereusement avec la perfection...

Rosetta / Chronique LP > Wake/lift

rosetta_wake_lift.jpg S'il y a bien un (sous) genre où nombre de groupes se sont largement fourvoyés ces cinq/six dernières années, sinon plus, c'est bien le postcore. Point de convergence entre les crescendo post-rock des uns et les hurlements ravageurs hardcore des autres, ce "genre" a sans doute été initié par les Neurosis, Isis et Cult of Luna et derrière eux, c'est toute une vague déferlante de formations dite "suiveuses" qui se sont largement engouffrées dans la brèche artistique creusée par les trois formations précitées. D'où une certaine lassitude chez le chroniqueur/journaliste rock qui a vu sa boîte aux lettres blindée pendant des mois de disques qui se ressemblaient quasiment tous. Ou pas. Car il existe évidemment des exceptions, quelques groupes qui surnagent, sinon mieux, au-dessus de la mêlée, on l'a notamment vu avec la gargantuesque compilation Falling Down (celle-ci réunissant la majeure partie de ce qui se fait de mieux dans le genre dont les excellentissimes AmenRa, Kehlvin et autres Year of No Light...). La transition est toute trouvée avec Rosetta, formation présentement chroniquée et figurant au tracklisting de ladite compilation.
Deux ans après un premier (double) album (The Galilean Satellites NDR) au concept évoquant le modèle Neurosis du projet bicéphale Times of Grace mené avec les Tribes of Neurot, Rosetta tutoie les sommets du postcore avec son deuxième album "long-play" : Wake/Lift. Et d'entrée de jeu, les américains placent la barre très haut avec "Red tooth and claw". Une déferlante post-hardcore dépassant allègrement les douze minutes et orchestrée avec une classe incomparable. A peine entré dans l'album, l'auditeur est happé par le souffle brûlant d'un titre inaugural qui calcine nos tympans en même temps qu'il vient chercher au plus profond de notre être des émotions dont on soupçonnait à peine l'existence. Impressionnant de maîtrise formelle et artistique, Rosetta frappe alors très fort et s'impose, à l'image d'un Pelican, comme un futur grand, s'il ne l'est pas déjà. Ne reste plus aux américains qu'à enchaîner et empiler des compositions à l'incandescence absolument foudroyante. Et quand l'auditeur demande, le groupe exécute...). Et pas une fois, ni deux, mais trois avec le tryptique "Lift Part I, "Lift Pt II" et Lift Pt III". Impressionnant.
Une véritable symphonie métallique en trois mouvements, une ode au post-hardcore exsudant cette sauvagerie féroce qui prend d'assaut notre cortex cérébral. Le groupe prend le temps de poser ses ambiances, fait naître le calme avant de déchaîner les éléments, laisse l'auditeur trouver l'apaisement avant de l'assommer à coups de riffs telluriques et de murs de décibels qui se dressent désormais devant lui. Pulsions métalliques, rock abrasif, Rosetta fait monter la pression, s'élève dans la stratosphère pour mieux retomber sur la terre ferme et s'enfoncer inexorablement dans les abîmes ("Wake"). Habité par une noirceur qui lui colle à la peau, celle-ci paradoxalement entrecoupée d'éclairs lumineux, le groupe laisse sa musique se désagréger sous nos yeux, pour mieux la réinventer l'instant d'après. Monumental. Capable de nous emporter de par la seule puissance du souffle mélodique de ses instrumentations, la formation nord-américaine se frotte aux cadors du genre, les Isis, CoL et autres Pelican sans pour autant courber l'échine. Au contraire, le groupe garde la tête haute et se sublime encore et encore jusqu'à atteindre son Everest émotionnel ("(Tenet tosce" et son quart d'heure de musique à couper le souffle). Une véritable catharsis sensorielle qui, au détour de quelques arpèges majestueux, délivre un nectar musical aux arômes uniques et enivrants, avant de parachever son (chef) d'oeuvre avec un "Monument" qui nous laisse littéralement sonné par l'intensité qui s'en dégage.
Grandiose. Magnifique. Indispensable...