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Biographie > De l'autre côté de la rivière...


D'un côté de la rivière rock/metal progressif, on a l'icône Porcupine Tree. De l'autre, orienté à l'est, on a Riverside, une sorte d'alter-ego talentueux qui, malgré deux albums plutôt efficaces, est largement resté dans l'ombre de ses glorieux aînés. Quartet formé sur un coup de tête en 2001 du côté de sa Pologne natale, le groupe cherche, dès ses débuts, à faire en sorte ce que les lieux, les évènements, les rêves lui inspire une musique à classer entre rock et metal aux tendances largement progressives. Au départ simple side-project, le groupe prend peu à peu de l'importance pour chacun de ses membres jusqu'à en devenir leur projet principal. En 2003, le groupe met la touche finale à sa première démo, éponyme, et commence à remplir de petites salles. Enchaînement logique, Riverside sort son premier "full length" l'année suivante (Out of myself, 2004), qui s'attire les faveurs de la presse et des mordus de prog. Deux ans plus tard, le combo polonais remet le couvert avec Second life syndrome avec à peu près le même résultat. Sauf qu'entre-temps, le groupe a signé chez Inside Out et que désormais son exposition médiatique est largement dynamisée. Une tournée européenne, de belles impressions laissées sur son passage et Riverside a démontré qu'il avait déjà tout d'un grand. Et Rapid eye movement, le troisième opus, vient démontrer à la rentrée 2007 que la matûrité artistique aidant, le quartet était désormais une valeur sûre du genre.

Riverside / Chronique LP > Anno domini high definition

Riverside - Anno domini high definition Après une excellente trilogie d'albums (Out of myself/Second life syndrome/Rapid eye movement), les Riverside se sont solidement installés dans la hiérarchie des très bons groupes de prog-rock, catégorie des plus sinistrées depuis quelques années. La trilogie maintenant achevée, voici que les Polonais reviennent avec un album qui devait forcément se révéler différent pour rompre avec ce qu'ils avaient fait précédemment. Et force est de constater qu'effectivement, Anno domini high definition, marque une rupture avec les précédents albums du groupe. Et c'est là bien dommage. Une orientation ouvertement plus rock, frondeuse et à la dynamique plus enlevée que par le passé, une utilisation de l'électro pour doper l'ensemble et une volonté farouche de renouer avec ce qui se faisait il y a bien trente ans font de ce disque une oeuvre assez étonnante, ouvertement old-school (l'orgue Hammond, les sonorités 70's...), mais curieusement un peu raté. Ou tout du anachronique les concernant... Car si le Riverside cuvée 2009 semble s'être offert un voyage dans le passé, malheureusement pour lui, c'est essentiellement dans un registre rock progressif à la modernité affirmée qu'il excellaient jusqu'à présent. Là, les Riverside se "contentent" de commettre un album, certes de facture honnête, techniquement irréprochable, mais sommes toutes assez quelconque du point de vue de son écriture. Là où les trois disques précédents faisaient décoller ses morceaux avec une régularité bluffante, ici rien de tout cela. Si l'on ne s'ennuie pas non plus tout de même, ni "Hyperactive", ni "Left out" ne nous font réellement vibrer, pas plus que "Egoist hedonist" ou "Driven to destruction", ce malgré l'envie apparente d'en découdre et ce groove plutôt bien senti qui vient muscler un peu le jeu des Polonais. Certes, il y a "Hybrid times" et ses fulgurances métalliques, mais au bout du compte, c'est un peu léger pour vraiment nous combler... Un disque mineur donc.

Riverside / Chronique LP > Rapid eye movement

riverside_rapid_eye_movement.jpg Après avoir rallié à sa cause les esprits des plus fervents amateurs et même les sympathisants de la cause progressive avec son prog-rock évoquant autant Porcupine Tree qu'Opeth ou Pain of Salvation, voici que la musique de Riverside prend un virage un peu plus métallique avec Rapid eye movement, déjà le troisième album du quartet polonais. Un disque divisé en 2 parties : "Fearless" d'un côté, "Fearland" de l'autre et pour lequel le groupe semble avoir mis les petits plats dans les grands. Et pour le coup, les 4 n'ont pas fait les choses à moitié : une basse qui serpente entre les guitares prog, un clavier qui sert d'écrin à des choeurs enchanteurs et quelques solos de guitares harmoniques qui viennent appuyer une batterie à la frappe chirurgicale ("Beyond the eyelids") ; un groove qui démonte appuyé par un riffing particulièrement incisif et heavy prog, "Rainbow box" est peut-être le morceau le plus court de l'album mais en même temps le plus compact et rentre-dedans de la galette. La mise en route est réussie, rien à redire, ne reste plus au groupe qu'à tenir la distance. Ce que les polonais s'empressent de faire sur "Panic room" et son intro lancinante démentielle. Une section rythmique qui matraque, une mélodie imparable surplombée d'arrangements éléctro discrets mais efficaces, pas de doute Riverside tient là un single qui va faire des ravages en concert d'autant qu'il se conclue sur un final avec piano/voix mélancolique particulièrement réussi. Intense et maîtrisé. Plus aérien, "Schizophrenic prayer" porte étrangemment son nom. Influences orientalisantes, vocaux mélodiques, ambiances propices à l'apaisement de l'âme, difficile de dicerner un début de schizophrénie là-dedans. Un moment d'accalmie avant un retour à un prog metal/rock des plus classiques avec "Parasomnia" plus schizophrénique justement, avec des guitares qui envoient les soli à tout va et un duo basse/batterie qui bétonne derrière pour conclure la première partie de Rapid eye movement.
Deuxième acte : "Fearland". On commence avec un "Through the other side" tout en atmosphères légères et mélodies délicates pop/prog murmurées avec une élégance rare, Riverside semble se faire moins heavy avec la deuxième partie de l'album. Impression rapidement confirmée avec l'intimiste "Embryonic". Guitares acoustiques Floydiennes, les instrumentations nous emmène très loin, dans des contrées aux panoramas célestes et hypnotiques et la voix de Mariusz Duda se charge de faire le reste. Magnifique. Alors qu'on s'attend à une fin d'album très douce, cotonneuse et acoustique, Riverside réveille brutalemment l'assistance avec le puissant "Cybernetic pillow". Un titre à la rythmique imparable (merci Piotr Kozieradzki) et aux breaks salvateurs, ponctué de quelques riffs prog bien sentis. L'ensemble est, comme d'habitude, parfaitement exécuté et l'album se referme sur l'impressionnant "Ultimate trip". Une morceau de prog-rock épique long de 13 minutes. Près d'un quart d'heure donc à un tempo enlevé et des lignes guitares signées Piotr Grudzinski parfaitement domptées par un Michal Lapaj dominateur au clavier et un chanteur toujours au diapason avec ses camarades de jeu. Impressionnant, d'autant plus qu'après deux albums d'excellentes factures, Riverside ne pouvait plus invoquer l'effet de surprise pour conquérir les amateurs du genre, mais le quartet n'avait de toutes les façons plus besoin de ça pour imposer sa marque.

Riverside / Chronique LP > Second life syndrome


riverside_second_life_syndrome.jpg Il est quand même assez étrange de voir à quel point, selon les modes et les époques, certains excellents groupes ne parviennent pas vraiment à sortir de l'ombre. Certes dans une veine rock néo-prog, Porcupine Tree se pose en maître quasi incontesté du genre, mais derrière, c'est un peu le désert ou plus exactement l'ignorance. Car qui à posé une oreille sur Out of myself et maintenant sur Second life syndrome reconnaîtra sans doute que l'on tient là l'un des plus beaux fleurons du genre. Elegant, talentueux, inventif mais confidentiel, mais en même temps, on le sait déjà, le monde de la musique est ainsi fait...
Mais avant toute chose, au moment de découvrir ce deuxième opus des Polonais, une question nous taraude : "parviendront-ils à faire mieux que sur leur premier album". La réponse ne tarde pas à arriver, dire que Second life syndrome est meilleur que Out of myself ne rimerait pas à grand chose. En l'occurence, des titres tels que "Volte-face" ou "Conceiving you" viennent rapidement confirmer ce que l'on pressentait. A savoir que, ce qui faisait la force, l'efficacité et la personnalité du premier album est toujours aussi présent sur le second. Que la volonté affichée dès le départ par les membres de Riverside de produire une musique qui rende hommage aux illustres Pink Floyd, qui s'inspire du mouvement néo-prog initié par Porcupine Tree et qui affiche clairement ses ambitions d'originalité et d'inventivité est évidente. L'écoute de "Reality dream III", confirme ce sentiment tant le morceau mêle à merveille influences classiques du rock progressif, son moderne et inspiration personnelle. La musique de Riverside n'est pas du Porcupine Tree assaisonnée de Floyd revisitée, elle combine les backgrounds musicaux de ses membres, les assemble harmonieusement en construisant patiemment une architecture prog aux sonorités modernes et aux ambiances parfaitement étudiées ("Artificial smile", "Dance before the shadow"...). En témoigne le climax de cet album, un titre éponyme long d'un quart d'heure. Une véritable symphonie prog rock aux instrumentations racées, aux atmosphères floydiennes à souhait et à l'intensité émotionnelle poignante. Et si l'on compte une prod rend grâce à la puissance d'un groupe qui sait autant jouer sur du velour que se montrer incisif, on tient là un excellent album du genre qui confirme tout le bien que l'on pensait de Riverside. Un groupe qui, avec une mise en avant marketing intelligente cartonnerait assurémment. Mais ça, c'est déjà une autre histoire...

Riverside / Chronique LP > Out of myself


riverside_out_of_myself.jpg Les frères de Porcupine Tree, les cousins de Pain of Salvation, les descendants des Pink Floyd (toutes proportions gardées évidemment), sont Polonais... il suffit d'un seul titre, en l'occurence "Same river", le premier morceau du premier album de Riverside pour s'en convaincre. Certes l'exagération est peut-être ici de mise, mais il n'en reste qu'en l'espace de 12 minutes, le premier acte de Out of myslef est plongé dans les abîmes du rock progressif pour en extraire l'essence... et le résultat est plutôt réussi. Des mélodies langoureuses, des guitares prog rock mélancolique ("I believe"), quelques plans éthérés à la Anathema, Riverside a parfaitement digéré ses classiques et parvient à livrer une musique qui, sans révolutionner le genre de la cave au grenier, parvient à être intense émotionnellement parlant et très prenant instrumentalement.
Car au lieu d'avoir devant les conduits auditifs un groupe qui plagie sans vergogne des monstres sacrés du genre, on découvre avec Out of myself un groupe qui cherche à trouver sa propre voie, entre ses influences héritées des 70's et une volonté de proposer quelque chose qui ne soit pas qu'une pâle copie du travail de ses aînés. A l'écoute de "Loose heart", on comprend que le quartet polonais a suffisamment de matûrité artistique pour ne pas s'abîmer en vol dans les poncifs éculés du genre. Mélancolique, presque dépressif par instant, le rock néo-progressif de Riverside est tantôt planant ("In two minds"), tantôt plus incisif et heavy (l'éponyme "Out of myself"), mais il parvient constamment à respecter un équilibre entre atmosphères tortueuses, nappes de claviers envoûtantes et solis de gratte exécutés avec classe. Quant à la voix de Mariusz Duda, rien à redire sinon qu'elle nous fait voyager à travers les limbes du rock progressif sans jamais nous faire regretter un Steven Wilson (Porcupine Tree) ou un Mikael Ackerfeldt (Opeth) pourtant deux excellents vocalistes. Au final, dès son premier opus, Riverside livre un album d'excellente facture, harmonieux et raffiné, à la fois old-school et moderne, qui sans la moindre faute de goût se pose en sérieuse alternative à l'évidence Porcupine Tree en matière de rock néo-progressif.