Les Mantras de Poitiers ouvrait avec une recette de stoner très progressif, aérien et psychédélique. Parfait pour débuter la soirée : de manière calme, progressive et pleine de beauté avec quelques excès de violence lourdement appuyés pour notre plus grand bien.

S'ensuivaient les jeunots de Diffracted sous l'étiquette Groove/Core. Des locaux contents d'être là et de partager l'affiche avec d'aussi grandes pointures, ça se voyait, mais qui me laissaient sur la sellette. Loin d'être nul, je ne me retrouve plus depuis quelques temps dans ce genre de son... Mais impossible de retenir un petit sourire devant cette innocence des jeunes groupes qui, bien qu'un peu maladroits, envoyaient tout ce qu'ils pouvaient.

Puis vient le tour de Presumption, digne représentant d'un stoner métal au croisement de Pantera et Orange Goblin venant aussi de notre chère ville de la Rillette. Malgré un son parfois trop élevé qui rend le tout un peu brouillon, ils ont fini d'achever notre attente avec énergie. Chacun à leur manière a accompli la lourde tâche de chauffer la salle avant la tête d'affiche. Vous allez me dire que vu la capacité de cette Péniche (80 places toute mouillée) la mission est facile. Détrompez-vous, qu'importe le nombre, un public hermétique restera toujours un public hermétique. Mais force est de constater que nous étions tous prêts pour la suite des hostilités grâce aux trois généreux premiers groupes qui nous avaient bien mis dedans.

Regarde Les Hommes Tomber Le silence se fait, la salle se re-remplit peu à peu après l'éternelle petite pause sur la rive pour se dégourdir les membres. Puis après une attente qui semble interminable les lumières tombent enfin, les bougies s'allument et la fumée s'épaissit. La magie s'installe. L'intro' sonne au rythme des flammes, le public se fige et nous voilà partis pour un voyage d'une heure dans leurs contrées déchirées, mélancoliques et violentes. Il n'est plus question de rire, sourire ou même penser. Impossible de rester insensible à l'envoûtement de la troupe encapuchonnée, et la concentration est de mise. Pas qu'elle soit voulue, mais on se retrouve absorbé ; comme happé par le groupe. Un charisme fou, une classe sans pareille et une maîtrise de scène parfaite. Aucune place au doute, on sait tous pourquoi on est là. Au rythme d'une cérémonie infernale, on est tous convertis au fil des chansons qui s'enchaînent d'une manière tellement logique qu'il est impossible de décrocher du show. Bien sûr une bonne partie de la setlist (pour ne pas dire quasi toute) fait la part belle au dernier album des Nantais, Exile, sorti en 2015, mais ils nous récompenseront de « tubes » du premier opus magnifiquement intégrés à cette discontinuité haletante. Comme « Ov flame, flesh and sins » par exemple, pour mon plus grand plaisir. Le public retient sa respiration, et les seules notes perceptibles durant la chanson sont les vertèbres craquantes sur les coups de tête répétés au rythme des riffs dingues et de la puissance des percussions. Ils font preuve d'une précision folle et d'une prestance juste magique. En bref, nous sommes témoins de ce que l'on peut appeler noblement la « Classe ». Une leçon bien retenue sur ce qui fait la puissance, le professionnalisme et l'image sacrée et intouchable d'un groupe. Et comme j'ai si bien entendu de la bouche d'une fan juste devant moi quand les lumières se sont (trop rapidement) rallumées : « ça transporte » ! Tu ne crois pas si bien dire ! Plus qu'un concert c'est une expérience où chaque élément compte. Chaque position de scène, chaque bras levé, chaque nuage de fumée, même l'odeur de l'encens qui brûle. Une alchimie totale qui sublime le moment présent. Il est assez dur de décrire ce concert autrement qu'avec les sens tellement ils ont tous répondu à l'appel. On se serait cru dans un rêve, une véritable fantasmagorie illuminée d'un showlight infernal totalement adéquat.
Je ne saurais quoi ajouter, à part que ce concert restera gravé dans mes mémoires.

Merci à la Wizard Asso et à la Péniche Excelsior d'Allonnes pour nous avoir fait vivre ce moment magique. Premier méfait que j'accomplis dans ce cadre si particulier, mais je dois avouer que bien loin de trouver ça accessoire, cet espace restreint, et sur l'eau qui plus est, a renforcé considérablement l'ambiance magique de Regarde les Hommes Tomber sur scène. Une bribe de conversation m'est tombée dans les oreilles sur la fin, déclamant « Dans à peine un mois ils sont au Hellfest » soulignant l'incompréhension de les voir dans ce trou perdu. Vrai, mais je mets ma main à couper que c'était tellement mieux ce soir-là dans un cadre justement restreint, qu'en plein jour en plein air, que je n'en ai rien à faire.
Gloire à ces Hommes tombés parmi nous.