metal Métal > Protest the Hero

Biographie > Les canadiens errants

Natifs de Whitby, petite ville de l'Ontario (qui se situe au Canada pour les zéros en géographie), les Protest the Hero sont au nombre de cinq : Rody Walker (chant), Tim Millar (chant, guitare), Luke Hoskin (guitare, chant, clavier), Arif Mirabdolbaghi (basse, chant) et Moe Carlson (batterie). Cinq musiciens parmi lesquels on en retrouve quatre, participant au boxon général derrière le micro. De quoi annoncer un drôle de moment à passer pour ceux qui découvriront le groupe en live. D'un point de vue strictement discographique cette fois, malgré le fait que Protest the Hero existe depuis maintenant une demi décade, les canadiens n'avaient jusque là pas sorti énormément de choses. Juste un vinyle 7'' (Search for the truth) en 2003 et un EP l'année suivante (A calculated use of sound), tous deux via Underground Operations, un label punk rock canadien. Jusqu'à ce premier album, un effort baptisé Kezia (prononcer : Keh-zai-yah) qui voit le jour au début du mois d'avril 2006 chez Vagrant Music.

Protest the Hero / Chronique LP > Volition

Protest the Hero - Volition Volition, quatrième album studio des Canadiens de Protest the Hero, est la preuve que la mode du crowdfunding, système de financement participatif auquel recourent de plus en plus de groupes (ce pour des résultats variables), touche décidément toutes les strates du petit monde des musiques actuelles. Mais les concernant, le bilan fut couronné de succès et leur permis de mettre les petits plats dans les grands afin d'enfanter d'une nouvelle bestiole qui soit supérieure en tous points à ses prédécesseurs. Que ce soit du point de vue de ses étonnantes qualités intrinsèques que de celui de ses défauts, de ses outrances comme de ses fantaisies agrémentant un joyeux bordel que les membres du groupe désirent toujours aussi ardemment.

Techniquement toujours autant au poil (de c...), le groupe peut tout se permettre tant il maîtrise son sujet d'un point de vue formel ("Clarity" et ses effusions guitaristiques enflammées, "Drumhead trial" et ses descentes de riffs sans rappel ni sécurité, en free), par contre, dès qu'il s'agit d'évoquer le cas du chanteur, c'est toujours pareil, on met le doigt là où ça ne fait pas du bien. Quasi continuellement haut perché et partant dans des délires vocaux qui renvoient au pire du hard FM des 80's, le parti-pris artistique est constamment casse-gueule parce que sur la corde raide. Et quand il veut se faire plus viril, ça frise tout simplement le ridicule. Quant aux passages les plus "pop", même appuyés par une seconde voix, féminine cette fois, cela reste difficile à supporter.

Par contre, ce n'est un secret pour personne, Protest the Hero reste d'une régularité folle dès lors qu'il s'agit de parler de l'inventivité de son écriture. "Tilting against windmills" et ses cavalcades rock, un "Without prejudice" littéralement possédé par une frénésie contaminatrice ou ce "Yellow teeth" dopé au math-rock métallisé furieusement décomplexé en attestent, le groupe reste très largement au-dessus de la moyenne en termes de songwriting comme de l'exécution de ce qu'il couche sur la partition. Enfiévré, dingue, insaisissable, fuselé, Volition regorge de plans complètement déments ("Plato's tripartite"), frisant le génie pur ("Mist") au détour d'un mélange hautement instable mais hors-normes de fulgurances mathcore teigneuses et de bétonnage prog-death salement violent, ce, avant de rappeler (encore) que son chant sera son éternel problème ("Underbite", "Animal bones").

Un disque aussi brillant qu'énervant (et frustrant donc) où la basse slappée fait son petit effet, tout comme la cargaison de riffs fougueusement déchargée par le groupe. Par contre, on s'en doutait un peu (ok beaucoup) : rien à faire, les poussées vocales dans les aigus, à un moment, ce n'est vraiment plus possible ("A life embossed", "Skies"...). Et encore moins dans ce contexte créatif qu'est celui de PTH.

Protest the Hero / Chronique LP > Kezia

protest_the_hero_kezia.jpg Véritable déferlante punk'n roll aux velléités métalliques, le premier album de Protest the Hero apporte la preuve éclatante que le groupe a bossé ses classiques avant de pondre les quelques dix titres que compte Kezia. Une vitesse d'exécution proche du thrash metal, une énergie nu-metal punkisante héritée des Rage Against The Machine et / ou System of a Down et quelques solo de grattes bien sentis, le combo canadien ne cherche pas à défricher des contrées musicales encore inexplorées mais plutôt à jouer sur un terrain pourtant déjà bien balisé. Forcément, à ce petit jeu là, on risque rapidement de tomber dans la comparaison à tout va, généralement au bout du troisième titre.
Et là surprise, Protest the Hero a parfaitement conscience de la chose et l'assume sans ciller. Sur de son fait, le groupe déballe le matos et impose son style à la force du poignet. Des compos qui vont à une vitesse hallucinante ("No stars over Bethlehem"), une double pédale matraquée comme des forcenés, un chant hurlé toujours à la limite de la rupture et un sens du riff qui fait mal plutôt développé ("Bury the hatchet"), Protest the Hero démarre fort, très fort et ne laissera que des miettes aux retardataires. Ajouté à cela, le soupçon de death et de prog métal, une puissance métallique qui fait des ravages et au final, la force de frappe du combo a largement de quoi en impressionner plus d'un.
N'étant réduit qu'à cela, Kezia ne serait qu'un énième album de metalcore punk farouchement indépendant, mais cet album recèle également quelques hit absolus. "Divinity within", par exemple, et ses mélodies, aussi imparables ses guitares sont heavy, est une vraie bombe dans le genre hard metal speedé et racé. Et même si le côté un peu foutraque, limite apocalyptique de sa musique peut heurter et parfois laisser sceptique, d'autant que Protest the Hero s'amuse à jouer avec les clichés en parsemant ses compos de refrains easy-listening pour le moins incongrus ("Turn soonest to the sea", "The divine suicide of K"). Entre accès de violence brute et mélodies radiophoniques, les canadiens tentent, sur leur premier album, un grand écart facial et musical particulièrement osé. Et par là même occasion, complètement à l'encontre de ce que l'on a l'habitude d'écouter. rien que ça, mérite largement le coup d'oeil.