metal Métal > Palmer

Biographie > David ?

Signé sur le label Czar of crickets (Carma Star, Zatokrev), Palmer a pris forme courant 2000 au coeur de sa Suisse natale. Autant influencé par le metal hardcore que le jazz ou les musiques électroniques, Palmer fait ses premières armes en live et acquiert alors une solide réputation de démolisseurs dans une catégorie post-hardcore helvétique pourtant déjà dominée par des groupes comme Art of Falling, Kehlvin ou Kruger. En 2004, le groupe sort un premier essai discographique avec un EP 4 titres qui lui sert à démarcher des labels. Janvier 2007, Palmer retourne en studio et met en boîte les 9 titres qui composent This one goes to eleven, un premier album qui débarque bruyamment dans les bacs quelques mois plus tard.

Palmer / Chronique LP > Momentum

Palmer - Momentum Palmer est un groupe du genre discret, à tel point que l'on n'avait plus eu la moindre nouvelle de la part des suisses depuis le printemps 2008 et la déflagration tellurique qu'était alors This one goes to eleven. Pour autant la formation helvète n'était pas en sommeil, elle se "cantonnait" sans doute à rester prophète en son pays. Ou à aller voir ailleurs. Faut dire aussi que Palmer n'a jamais eu le retentissement qu'il méritait de se côté là de la frontière franco-suisse. Momentum pourrait inverser la tendance, car malgré un déficit évident en matière de communication entourant le groupe, cette nouvelle offrande réserve son quotas de gros son et de sensations fortes post-métallique/hardcore (et dérives attenantes). Et même un peu plus.

L'éponyme titre inaugural n'est là que pour dérouiller la mécanique, on est encore en territoire assez balisé et l'on sent bien que les Palmer en gardent délibérément sous la pédale. On passe assez vite parce que pour faire court, ce morceau-là n'apporte pas grande chose à l'édifice musical des suisses. La suite par contre défie autant les lois de la gravité que celles qui maintiennent notre psychée dans un état à peu près stable, ce jusqu'au terme de l'album et un "Aeonion" tout en finesse et retenue après que "Perpetual contingency" se soit chargé de l'équarrissage systématique des tympans. Dans l'immédiat, "Post-traumatic stress disorder" démonte les cloisons auditives et s'enfonce dans un postcore super-noïsique névrotique façon "Dirge meets Keelhaul meets Fall of Efrafa". Une attaque massive contre les neurones, un bombardement aux neutrons et une puissance de mammouth façon rouleau-compresseur. L'image est facile certes, mais tout Palmer est dans ce deuxième titre monumental dans son genre. Une claque implacable bientôt doublée d'une séquelle qui prend la forme de "Forbidden fruit".

Si la mise en route a été un peu en dedans, le groupe lâche maintenant les chevaux et fait parler la poudre : ça joue assez vite (ou en tous cas la rythmique est plus que soutenue) et ça frappe fort. Très fort même, à tel point que ce sont des torrents de rage brute qui s'écoulent des enceintes sur ce troisième des neufs morceaux que compte Momentum. L'album ne tourne pas à la démonstration mais à la punition métallique. On enchaîne encore avec "Renegade" puis "Lethargic", dopés par une hargne punk et un feeling rock'n'roll quand ils ne sont pas conçus pour littéralement dévorer la platine. Un groove carnassier et une lourdeur bien grasse qui colle aux amplis. La mécanique Palmer est en marche et rien ne semble pouvoir l'entramer, une grosse louche de doom sur un schéma de syncopes postcore / stoner de l'enfer ("The downward spiral", "Delirium and dementia"). Momentum n'a strictement rien d'un simple album de post-hardcore de plus, bien au contraire. Et permet au passage à Palmer de confirmer haut et fort ce que l'on pensait tout bas : à savoir que sa renommée est inversement proportionnelle à ses fulgurantes capacités.

Palmer / Chronique LP > This one goes to eleven

palmer.jpg Riffs de mammouths, véritable secousse tellurique qui fait vibrer le sismographe et bien évidemment, les murs-maîtres avec, Palmer démarre très fort via un "Shedding skin" qui fait trembler les vertèbres. Mur de décibels qui se dresse devant nous, des nappes de guitares qui grimpent en apesanteur, guitares mouvantes, le groupe évolue constamment entre hardcore agressif et post-rock organique. Moins sauvage, mais tout aussi monolithique (on pense souvent à Kehlvin), "Who am I" questionne et exige une réponse. Forcément, vu les arguments du groupe, on s'empresse d'accéder à sa requête. Seulement, on entrevoit déjà les blasés objecter haut et fort qu'il ne s'agit que d'un énième combo post-hardcore de plus. Sauf que là où le groupe aurait pu se contenter d'asséner les blasts avec l'énergie du désespoir ou de donner dans la décharge haineuse et primaire, Palmer a su ouvrir sa musique à d'autres genres. Noisy mais implacable, saturé ou plus minimal, tantôt aérien, tantôt plus profondément ancré dans le sol (voir le sous-sol), le groupe sait se faire parfois math-(hard)core, d'autres fois plus rock atmosphérique ("Bury the bones"), même s'il n'est jamais meilleur que quand il envoie du bois dans les enceintes.
Un chant rageur qui s'élève des profondeurs pour éclairer les ténèbres, Palmer sort les guitares, monte les décibels et admire le résultat, lequel renvoie autant à Cult of Luna qu'aux plus méconnus Benea Reach ("Bitter sweet revenge"). Du postcore pur jus en sommes, sauf que les suisses se plaisent à insérer des passages complètement jazzy dans leur musique. Quelques moments d'élégance feutrée qui contraste complètement avec le côté frontal et acéré de la musique de Palmer, tout en restant parfaitement cohérent. Etonnant. Si le chant a parfois tendance à partir dans les aigüs et à nous égarer quelques instants sur des chemins de traverse qu'il ne maîtrise pas forcément, le groupe sait parfaitement réagir à coup de riffs massifs et de vocaux ravageur pour nous remettre dans le droit chemin. Hardcore post-chaotique, noise crépusculaire, post-rock mis en pièce par une double pédale qui matraque joyeusement un ensemble compact et impeccablement bétonné ("Temptation", "Deception"). Affirmant un peu plus sa puissance sur l'éruptif "Times past way", le groupe livre un titre qui suinte la rage brute. Une fureur épidermique qui ne démande qu'à éclater au grand jour. Paroxystique, le (post)hardcore des hélvètes atteint alors un sommet d'intensité sur la première partie de "Souls divided" avant de laisser doucement retomber la pression le temps d'un deuxième acte plus ambient/ électroacoustique. Toujours ce jeu des contrastes qui trouve son épilogue avec l'expérimental "Eleven" et ses quelques 3'52" de bidouillages énigmatiques sortis de nulle part. Etrange, et pas forcément indispensable même si ceci n'enlève finalement rien à la qualité d'un This one goes to eleven à la force de persuasion tout bonnement impressionnante.