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Quintet nord-américain originaire de l'Est du Tennessee, Ocoai est un groupe qui mélange à la fois le post-metal d'un A Storm of Light ou Pelican et le doom/rock/psychédélique d'un Junius avec l'intensité émotionnelle de Rosetta. Un cinq majeur qui évolue avec deux guitares, une section rythmique et sur certains passage un violoncelle mais sans jamais inclure de chant, Ocoai se fait remarquer outre-Atlantique par le biais d'un premier album resté très confidentiel en Europe (Breatherman, 2008)... mais qui permet aux américains de figurer sur la prestigieuse compilation Falling down, ainsi que le volume deux paru en 2010. Un an plus tard, le groupe livre son deuxième album avec The electric hand.

Ocoai / Chronique LP > The electric hand

Ocoai - The electric hand 3 années se sont écoulées depuis la sortie de l'immense Breatherman, l'un des chefs d'oeuvre de la scène post-metal nord-américaine injustement méconnu de ce côté-ci de l'Atlantique et voici qu'Ocoai remet le couvert avec un deuxième album qui réussit le pari fou de soutenir haut la main la comparaison avec son prédécesseur. Comme la première fois, dès la mise en route de The electric hand, on sent qu'il va se passer quelque chose mais on ne saurait pas exactement dire pourquoi. Sans doute cette intro languissante et mélodieuse sur laquelle le violoncelle fait courir une mélodie déchirante qui viendra finalement se briser en mille morceaux sur un mur de distortion, avant de refaire une fugitive apparition sur les quelques points de suspensions de la toute fin de ce "Waking fear" inaugural. Bluffant... déjà.

Etincelant de maestria formelle dès le premier titre, les Ocoai peuvent alors développer leurs compositions s'articulant autours d'un subtil mélange de post-metal massif et de doom-rock vénéneux. "Niveus Hills" déploie ses riffs et la mécanique d'horlogerie des américains se met alors en ordre de marche avec une précision chirurgicale, une maîtrise là encore absolue du sujet qui démontre que derrière les modèles imposés des Russian Circles, Pelican et consorts, le groupe n'a absolument pas à rougir de ses différences. Souvent plus sobrement rock, même si toute en subtilités et finesses à choix multiples, la formation nord-américaine peut dès lors tout se permettre et use de ce luxe sans complexe, notamment avec la sonatine post-prog/néo-classique "Grimpeur" qui tire parfois un poil trop sur la corde émotionnelle avant de s'élever une nouvelle fois sur un climax post-métallique à la densité aussi complexe que prégnante.

Les arrangements sont toujours aussi variés, se jouant des figures de style du genre pour mieux les adapter à sa guise (la formation classique de certains des membres du groupe doit certainement aider), "Somnium" est ainsi une piste sur laquelle guitares et section rythmiques sont aux abonnées absentes pour laisser parler cordes, claviers et même sitar d'une même voix, pour un résultat aussi délicatement minimaliste que magnifiquement envoûtant. Pour le retour aux gros son, il faut attendre le titre suivant l'"éponyme" "La main électrique" qui enveloppe ses enceintes de sa puissance électrique doom/rock et lâche les chevaux dès les premières secondes. On oublie la douce quiétude pour laisser s'échapper structures alambiquées et autres plans progressifs échevelés laissant la part belle à la technicité pointue des musiciens. Intrinsèquement virtuoses, les Ocoai ont également l'élégance de ne pas toujours en faire trop et se plaisent donc à enchaîner avec un "Marchand de sommeil" fleuve et tout en retenue pudique "malgré" un final complètement dément. Comme une première mise en abîme avant l'ultime pièce de l'édifice musical qu'est The electric hand : "Morte Audaciter", soit une petite merveille de sobriété sur laquelle viennent perler quelques larmes mélodiques à la beauté scintillantes. Sublime.

NB : pour les curieux qui n'ont rien contre découvrir en streaming un truc hyper classe, l'album est en écoute intégrale ci-dessous.

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Ocoai / Chronique LP > Breatherman

Ocoai - Breatherman Cover Il y a des groupes, comme Ocoai qui sont (jusqu'à maintenant) restés dans l'ombre alors qu'ils méritaient assurément mieux que cette indifférence relative avec laquelle ils ont marqué les premières étapes de leur discographie. Breatherman, album inaugural - sorti il y a plus de trois ans - d'un quintet américain de très haute volée, bien qu'encore confidentiel, en est la preuve absolue : on a affaire à du très très lourd. Et si "O bowen" prend un peu trop de temps avant de lancer la machine, une fois celle-ci mise sur orbite, au travers d'une construction aux nombreux sens de lecture, on dérouille sévère. Lourdeur post-metal tellurique, des déferlantes de riffs-éclairs qui lézardent une atmosphère saturée en décibels, section rythmique qui cadenasse chaque pulsation instrumentale, Ocoai frappe d'entrée très fort et pourtant, les morceaux qui lui succèdent vont montrer qu'en réalité, il n'a encore rien fait.
La suite va réserver quelques moments de maestria formelle rare, surtout qu'elle se voit doublée d'une sens de l'écriture particulièrement aiguisé pour parvenir à quelque chose qui sorte régulièrement du commun (l'éponyme "Breatherman"), sans pour autant verser dans l'expérimental égocentrique. Ocoai évoque parfois un mélange de Mogwai et d'Explosions in the Sky lorsqu'il explore les sillons d'un post-rock stellaire et panoramique, comme il se rapproche d'un cocktail Junius vs Pelican vs Rosetta quand il se plait à allier puissance métallique (mais contemplative) et immersion doom/rock onirique (le très beau "Manifestant"). Les morceaux se suivent, le groupe change de registre, varie les climats, les atmosphères qu'il instille : de l'aérien et intimiste "Pour rêver" (Sigur Ros n'est plus très loin) au déflagrateur postcore/rock doomy et massif de "Babble", en passant par l'imposant "Lunoir". Ocoai nous fait passer par tous les états et impose durablement sa griffe.
Une brève conclusion prenant la forme d'un interlude au clavier (le bien nommé "Libérer le piano") et voici que les américains boucle avec une maîtrise effarante, la boucle d'un premier album, rappelons-le encore, à la maturité détonante en même temps qu'à l'intensité rare. Ou la preuve que le talent n'attend pas le nombre des enregistrements et qu'il peut tout aussi bien survenir à tous moments, même dès les débuts d'un groupe qui n'a depuis lors plus besoin que d'un coup de pouce du destin pour exploser à la face du monde. En l'état, ce Breatherman est un petit chef-d'oeuvre et rien d'autre.

A écouter d'urgence : tout. Absolument tous les morceaux de l'album. Et religieusement s'il vous plaît.

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