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Biographie > Neurotic disorder

neurosis_promo.jpg Né en 1985 du côté d'Oakland en Californie, Neurosis est à ses débuts une formation rock/hardcore/punk. De l'album Pain of mind (1987) à Souls at zero (1992), le groupe reste dans un registre musical assez courant dans la scène underground de l'époque mais à partir de 1992, sa musique évolue vers un metal chaotique, sombre, lourd, torturé et terriblement oppressant. Précurseur de ce mouvement que l'on appelle post-hardcore, Neurosis inspire des groupes tels qu'Isis ou Cult of Luna notamment avec Enemy of the sun paru en 1993 chez Alternative Tentacles, le label fondé par les Dead Kennedys. Entre-temps, un side-project ambient expérimental voit le jour avec Tribes of Neurot notamment avec Billy Anderson. En 1996, le groupe notamment emmené par Scott Kelly (guitare, chant), Steve Von Till (guitare, chant) et Dave Edwardson (basse, synthétiseurs, chant), frappe à nouveau un grand coup en sortant Through silver in blood.
3 ans plus tard, il mettra définitivement le petit monde des musiques extrêmes à ses pieds avec Times of grace, album au concept complètement dément puisqu'il peut s'écouter indépendamment ou en juxtaposition de l'album Grace des Tribes of Neurot. En 2001, Neurosis explose encore une fois la concurrence avec A sun that never sets (Relapse) avant de tenter une nouvelle expérience avec Jarboe et l'album Neurosis & Jarboe paru en 2003. Un an plus tard, le groupe sort l'excellent The eye of every storm avant de prendre un peu de recul en se consacrant pleinement au label Neurot Recordings, fondé aux débuts du groupes par Kelly, Von Till et Edwardson. Un label qui a fil des années s'est affirmé comme une valeur sûre de la scène metal indépendante US (aux côtés d'Hydrahead Industries notamment) en sortant les disques de Battle of Mice, Final (l'un des nombreux side-projects de Justin Broadrick), Grails, Isis, Made out of babies, MGR, Oxbow ou Red Sparowes. En 2007, Neurosis revient sur le devant de la scène avec son neuvième album Given to the Rising (Neurot Recordings).

Interview : Neurosis, Le retour des Rois (oct. 2012)

Neurosis / Chronique LP > Honor found in decay

Neurosis - Honor found in decay Cette fois, terminée les échappées solo ou quasiment solo et autres petites infidélités en dehors de la tribu (on pense aux disques solo signés Scott Kelly et Steve Von Till ou leur participation au tribute album à Townes Van Zandt quelques mois plutôt), les Neurosis sont de retour et au grand complet s'il vous plaît avec un dixième album : le joliment nommé Honor found in decay et son artwork savamment étudié. Sept titres pour les Américains et plus d'une heure de cette musique empreint de poésie enragée, de noirceur palpable et de tension ensanglantée qui coule à flots sur les enceintes. Mais pas que. Car cette nouvelle offrande du sextet d'Oakland, Californie, est également bien plus que cela.

La rage sourde est toujours là, latente, oppressive et salvatrice. Elle s'empare de chaque mesure de la partition sur le poignant "We all rage in gold", avant de s'enfermer délibérément, mise en sourdine quelques instants, dans un refuge intime empli de désespoir. Paradoxalement parsemé d'éclairs de sérénité ("At the well"). Là est sans doute la clef de l'album. Les Américains distillent toujours leurs compositions jonchées d'éclairs posthardcore mais la tonalité d'ensemble d'Honor found in decay renvoie étrangement à une forme de paix retrouvée, libératrice ("My heart for deliverance"). Mais nous ne leurrons pas, on ne nage pas en plein ferveur bucolique joliment enfantine comme chez les Islandais de Sigur Ros, le propos reste résolument sombre, avec au détour de quelques passages effleurant les contours du post-rock, quelques lignes, instrumentales, à l'horizon plus lumineux.

Les textes chargés en métaphores ("Bleeding the pigs"), la production volontairement très light pour ne pas dénaturer le propos original et les complaintes vocales maladives font le reste, Neurosis ne se prive pas de faire des choix artistiques que d'aucuns considéreront comme risqués (même trop) et pourtant, c'est certainement cela qui fait l'intégrité absolu du groupe. Lequel ne dérivera jamais d'un iota de sa ligne de conduite afin de conserver une certaines pureté d'écriture, une sincérité de ton absolue et le désir profond d'exhaler des émotions brutes, tantôt instantanées, d'autres fois plus mûrement réfléchies. Orageux ou plus calmes, les Américains maîtrisent et savent très exactement ce qu'ils font, le démontrant sur un "Casting of the ages" où on est les sent presque en difficulté avant de les voir déchaîner les éléments à leur manière, presque naturaliste. Mais toujours sans concession parce que ce serait là une trahison pour eux-mêmes.

On approche de l'épilogue d'Honor found in decay et s'il a fallu quelques écoutes préalables pour saisir l'entièreté de ce qu'est l'album, intégrer les partis-pris du groupe dans leur globalité, l'addiction est cette fois proche. Et si "All is found. In time" n'est peut-être pas ce que Neurosis fait de mieux dans sa discographie, "Raise the dawn" qui conclue ce disque en apothéose démontre sans l'ombre d'un doute que le groupe est toujours le grand mamamushi du genre. Et cela sans même ciller.

Neurosis / Chronique EP > Sovereign [Réédition]

Neurosis - Sovereign En attendant un nouvel album des patrons de la catégorie "poids-lourds post-hardcore metal de la mort", Neurot Recordings livre une réédition de Sovereign, sans doute le disque le moins estimé de la discographie du groupe, pour diverses raisons dont la plus évidente est qu'il s'agit là d'un EP compilant les chutes de studio du phénoménal Times of grace. Là forcément, tous B-sides qu'ils soient, si ces morceaux n'ont pas été retenus sur le tracklisting final de l'album, c'est peut-être pas pour rien. Soit. Mais en même temps, c'est quand même là aussi qu'on peut se dire qu'un disque mineur de Neurosis sera toujours deux ou trois classes au dessus des neuf-dixièmes de la production actuelle moyenne. Et ouais.

"Prayer" et sa rythmique tribale obsédante ouvre l'EP : les californiens ne chargent pas trop le morceau et livre ici un titre inaugural aux atmosphères décharnées, porté par un sentiment de désolation et de résignation prégnant. Sans en faire trop, sans chercher à assommer l'auditeur, Neurosis travaille sur l'émotion brute, délaissant les artifices et surtout cette dose de plomb qui lui permet habituellement d'écraser les amplis sous des kilotonnes de magma post-hardcore inextricable. Pour ça, il faudra attendre la suite et un "An offering" qui débute pourtant sous les mêmes auspices avant de progressivement lester l'ensemble de quelques plans qui justifient à eux-seuls la réputation du groupe. Un fidèle lecteur et contributeur occasionnel disait de leur set de Dour 2011 que l'on avait l'impression "de se prendre une planète dans la gueule tellement leur son était massif", tout est dit à deux ou trois détails près dans cette simple phrase.

Un interlude instrumental basé sur un exercice de style rythmique parfaitement exécuté ("Flood") histoire de préparer le terrain en "douceur" et voici que Neurosis libère la bête : soit morceau-titre de son Sovereign et ses quelques treize minutes seize secondes d'une démonstration de maestria post-hardcore métallique tétanisante et destructrice. Les éléments se déchainent, l'ordinaire se désagrège et laisse place à quelque chose de toujours aussi peu commun même si on est familier de la discographie du groupe. Et les américains de s'appuyer en plus sur un son assez monstrueux puisque remasterisé pour l'occasion (de cette réédition s'entend...). Un bon point, que vient contrebalancer la présence au tracklisting de "Misgiven", lequel ne figurait pas sur l'édition originelle. Et force est d'admettre que là, on comprend pourquoi tant le morceau n'apporte rien. Pire, il a même tendance à bien vriller les tympans et nous donner envie d'abréger l'écoute de ce Sovereign avant son terme. Pour le reste, on l'a dit, même un Neurosis qui ne force pas son talent reste hautement recommandable...

Neurosis / Chronique LP > Given to the rising

Neurosis - Given to the rising Neurosis, vingt années à oeuvrer dans un metal post-hardcore apocalyptique et toujours cette foudroyante capacité à mettre le monde à ses pieds. Given to the Rising, neuvième album du groupe n'est pas celui qui viendra infirmer ce constat. Une entrée des guitares lorgnant du côté du stoner, un chant reconnaissable entre mille, déchirant, sur le fil du rasoir, entre rage brute et résignation, les hurlements métalliques côtoient les plans les plus psychédéliques, ce qui n'occulte en rien la noirceur extrême dans laquelle Neurosis a plongé cet album. Une force de frappe considérable, une puissance de feu toujours démentielle, l'éponyme premier morceau de l'album annonce la couleur. Entre passé et présent, le groupe assume son parcours et pose tout simplement une nouvelle pierre à sa discographie. "Fear and sickness", titre le deuxième morceau de Given to the Rising, tout un programme, que le groupe s'applique à respecter à la lettre et dans les moindres détails.
Construction raffinée, atmosphères oppressantes, crescendo dévastateurs parfaitement orchestrés, le groupe n'a rien perdu de ce qui faisait la force d'un A sun that never sets mais sa matûrité artistique est telle qu'il peut tout se permettre ou presque sans rater sa cible. Les morceaux se suivent, s'enchevêtrent les uns aux autres et ne forment plus qu'une seule entité aux textures sonores extrêmement étudiées. Given to the Rising n'est pas un album de post-hardcore quelconque, c'est une véritable déferlante sonique qui s'abat sur l'auditeur avec une maîtrise absolue de chacune des composantes de la musique de Neurosis. Dense, écorchée vive, planante voir envoûtante ("To the rising"), elle sait également se faire cataclysmique sur le majestueux et cathartique "At the end of the road". Parfois énigmatique sinon sybilline ("Shadow"), d'autres fois plus direct, compact et sauvage ("Water is not enough"), Given to the Rising est un disque ténébreux et tempétueux à l'intégrité artistique rare ("Hidden faces"). Délaissant un temps le déferlement sonore pour envelopper son album d'une aura de mystère avec l'étrange et saturé "Nine" avant une ouverture plus lumineuse sur "Origin" aux influences presque chamaniques. 20 ans après leurs débuts, les Neurosis ne cherchent pas à plaire à quiconque, mais seulement à parfaire leur art, à poursuivre encore un peu plus leur quête d'un absolu musical sombre et torturé. Une démarche qui impose le respect...