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Review Concert : The March, Gnaw + The March + Rorcal au détour (oct. 2010)

The March / Chronique EP > Crawl space

The march - Crawl space Auteurs deux ans et demi plutôt d'un excellent Dead ends and blind spots, les Lillois de The March avaient clairement un bel avenir devant eux, sauf que "avaient" oui, puisqu'ils ont décidé d'arrêter les frais, non sans avoir au préalable enregistré un deuxième effort, histoire d'à la fois faire enrager les inconditionnels de la première heure et d'en même temps laisser un joli témoignage discographique posthume concluant cette (trop courte) "carrière" avec classe. Crawl space, c'est son nom voit donc le jour en digital et pour les amateurs de beaux objets dans un digipack "arigato" handmade et limité à une centaine d'exemplaires seulement. On appelle ça un collector.

Et on appelle ça d'autant plus un "collector" que si le contenant est plus qu'honorable, le contenu l'est au moins tout autant. En témoigne l'inaugural "Carried away", véritable ouragan post-core/screamo/ambient en forme de déflagration émotionnelle aux fulgurances lézardant le ciel de longues minutes durant, avant que le final ne vienne ramener la calme après la tempête. Un apaisement général qui ne dure pas et qui se retrouve à voler en éclat lorsque survient le tsunami "Nate Williams". Une pesanteur sludge/post-hardcore écrasante, des riffs qui s'enfoncent littéralement dans la chair, une rythmique aussi sèche que martiale, dans le registre de la violence éruptive, The March frappe fort. Mais quand il s'agit de jouer la carte de l'élégance raffinée, c'est tout aussi excellent et cela témoigne surtout du talent d'un groupe capable de faire à peu près tout ce qu'il veut sur des compos-fleuves aux structures parfaitement maîtrisées.

Si "Two nights" réduit quelque peu la voilure ("à peine" plus de 6 minutes 30 quand les deux premières titres flirtaient ou dépassaient les huit minutes à chaque fois), ce n'est certainement pas pour en diminuer l'impact. La crudité apparente d'une production qui sait parfaitement donner le change, à savoir jouer le coup façon DIY mais avec une efficacité très nette et redoutable, fait le reste... et "Blood stained" parachève le travail, fracassant les enceintes, éparpillant les miettes avec l'énergie du désespoir, cette rage épidermique que le groupe dans ses ultimes morceaux comme s'il avait su avant l'heure que son histoire était déjà terminée. Avec donc le souci de boucler la boucle en distillant son mélange de post-screamo/hardcore corrodant et d'ambient/post-rock joliment feutré, avant de s'offrir un dernier tour de piste bien ravageur sur "The dyed wall". Toujours avec la même classe pour ne pas changer.

NB : la bestiole est en écoute + téléchargement libre ci-dessous. Qu'est-ce que tu attends encore ?

[fr] Crawl space: Bandcamp (18 hits)External ]

The March / Chronique EP > Dead ends and blind spots

The March - Dead ends and blind spots A peine quelques instants passés à se plonger dans l'univers de The March que déjà, on se laisse imperceptiblement submerger par l'onde sonore d'une déflagration que l'on est sur le point de prendre en pleine face... Inexorable et fatalement attendue, celle-ci prend forme sur "Find some rest", titre inaugural de Dead ends and blind spots, où, après une longue introduction, les Lillois laissent les éléments se déchaîner pour ne plus jamais relâcher leur emprise. Et si le groupe joue avec les accélérations progressives de notre tensiomètre interne sur le premier titre de l'EP, il en va tout autre pour la suite. Eclairs screamo et désintégration hardcore, moments de calme et crises de nerfs épidermiques sont ainsi au programme d'un "The yellow leaf has fallen" qui ne perd pas de temps pour prendre d'assaut nos tympans. Et au petit jeu du "on fait reposer la bête avant de la laisser attaquer de nouveau", les nordistes s'en sortent particulièrement bien. Plus encore lorsqu'ils prennent le parti de brouiller les pistes en appuyant autant sur l'aspect métallique cru de leur musique que sur son versant rock au groove pesant. Moins hardcore que l'on aurait pu le supposer, plus nuancé dans son approche screamo/metal, le groupe voit sa musique en clair/obscur. S'il la laisse régulièrement être envahie par une noirceur rampante et presque palpable, il semble dans le même temps trouver une certaine satisfaction à se maintenir sur une ligne de démarcation invisible et extrêmement fine, celle-ci lui offrant le loisir de flirter avec les ténèbres pour finalement esquisser un demi-pas en arrière au dernier moment et terminer sa route devant l'entrée de la demeure d'Hadès ("Ancient seed"). Sans jamais pénétrer le royaume des Enfers, The March poursuit sa errance solitaire à travers les ombres, exorcisant peu à peu ses démons en affirmant un peu plus sa griffe musicale, chimérique et bordée d'esquisses mélodiques aux charmes vénéneux ("Monsters we've created"), ce, avant de refermer son premier effort discographique dans un ultime souffle de vie ("A last breath"). Celui d'un rock post-chaotique qui trouve son absolution dans l'expression d'une douleur éruptive et virulente, sa catharsis dans la manifestation sonique de tourments que Dead ends and blind spots met à vif avant d'en cautériser les plaies béantes... du moins pour le moment.