metal Métal > Mal d'Aurore

Biographie > Bien du crépuscule

Dans le paysage rock français, le quart Sud Est de la France paraît être une "zone sinistrée". Pas de groupes connus, pas de salles, pas vraimant d'ambiance dans les quelques concerts, pas le moindre dynamisme, et on pourrait même rajouter la volonté de quelques villes extrémement fascisantes d'anNihiler toute idée de culture embryonnaire. Le sous-marin a montré que le rock était présent sur la riviera et Marseille, autoproclamée capitale française du rap, dévoile son côté rock avec le collectif Coriace (Tripod, Eths, Biocide...) et aujourd'hui c'est un combo Niçois, Mal d'Aurore, qui m'était jusqu'alors inconnu, même de nom, de débarquer dans mes oreilles. C'est de l'autorprod' mais comme c'est souvent le cas, le packaging présente bien, comme quoi avec peu de moyens on peut bien présenter son CD. Et après quelques secondes écoulées, je me rue sur le livret pour trouver l'origine de la production : Loïc Boisgirard, studios L'Arêne à Nice, là encore, étonnement et stupéfaction, rien de tout cela ne m'est familier mais le son est énorme et les compos vraiment intéressantes, bref, Mal d'Aurore est une petite perle venu de ce qui est considéré comme nulle part. C'est malheureux à dire mais si les Mal d'Aurore étaient Parisiens, tout le monde ou presque aurait déjà leur album !!!
On peut se demander pourquoi tant de qualité sur un premier LP et surtout pourquoi personne ne parle de ce qui se passe au sud de Lyon...
Pour les qualités, il faut certainement accréditer les membres du combo qui s'est créé à l'automne 1996, année où à la fac de Sciences, Sylvain (guitare) et Jérémie (batterie) montent le groupe et trouve en Benoît (chant, guitare) un excellent troisième membre, il est en effet élève au conservatoire... Le combo est au complet quelques semaines plus tard avec l'arrivée de Gregorage (basse) qui est déjà bien implanté dans le milieu musical ayant sorti deux LP autoproduits. Comme tous les groupes, ils répètent, travaillent, trouvent des plans concerts, vont foutre le feu à la fnac de Mocaco, et se taillent une bonne réputation scénique sur le littoral azuréen. Ces anges déchus s'emparent de la baie mais le pas suivant, montrer l'album $Kryzalyd au reste de la France, est plus difficile à faire...
C'est là qu'on peut tenter de répondre à notre deuxième interrogation... Pourquoi les groupes du Sud Est ont-ils tant de mal à sortir de chez eux ? Je pense que c'est du à un cruel manque d'infrastructure "de base", en effet, Marseille peut accueillir KoRn mais à l'échelle en dessous, il n'y a rien. Partout en France, les groupes non signés se font connaître avec des premières parties de groupes en tournée "nationale", en jouant avec des groupes venus d'ailleurs et qui apportent de la fraîcheur au niveau des contacts. Et si certaines régions comme le grand Ouest, le Nord ou le Nord-Est fourmillent de salles où les groupes leaders en France jouent fréquement, pour la côté d'Azur, c'est le désert. Ou alors il faut se battre pour obtenir un évènement exceptionnel et donc éphémère... Tout cela condamne les groupes à encore plus de galères qu'ailleurs ou la progression peut être rectiligne...
Place maintenant à la musique de Mal d'Aurore qui elle peut s'exporter partout !!!

Mal d'Aurore / Chronique LP > Kryzalyd

mal daurore : kryzalyd Cet album est très soigné, très pointilleux, Mal d'Aurore ne laisse rien au hasard et insiste sur les ambiances. Ainsi avant même de faire "play", on sait que l'opus se compose d'une intro et d'une succéssion de "chants" jusqu'à un épilogue. D'entrée de jeu, avec "Raven", Mal d'Aurore pose son style et annonce clairement que KoRn est une de leurs influences majeures mais s'en détache également avec un refrain très rock où les lourdes guitares laissent trainer les accords. Les rythmes sont très travaillés et à ces breaks qualifiés de KoRniens s'enchaînent des parties autrement plus rapides et carrément plus enragées et lourdes. A peine le temps de comprendre comment ils fonctionnent qu'un solo vient se superposer au-dessus de tout ça. Le son est lourd, bien maîtrisé, la puissance est là, le chant est clair, sombre, pénétré, envoutant, passionné et déroutant, les rythmiques sont mesurées et folles. Sur "Sometimes", on comprend un peu mieux le côté "indus" du combo avec un beat plus binaire, plus excité et déchaîné sur des refrains auxquels un garde de Buckingham en fonction ne pourrait pas résister !!! Putain, ça arrache grave ce titre !!! Et c'est vraiment nouveau ! Un peu de scratch ) la voix, et des notes qui tintent dans le lointain pour "I swallow" où la gothicité du combo s'exprime enfin vraiment. Les gimmicks au chant rappellent encore Jonathan Davis mais comme ça tient plus que bien la route, on ne trouvera personne pour s'en plaindre. Sur ces deux titres, c'est Fox de Money Lisa qui a apporté sa puissante voix pour rendorcer le tout. Le chant troisième ou "Ma douce amertume" dévoile encore une facette de ce $Kryzalyd, Benoît peut aussi chanter en Français et le fait très bien, ce n'est pas du rap-métal, c'est mélodieux, on comprend les paroles et le lancinant ensemble est très profond. "The click" est un peu plus banal ou alors c'est qu'on s'est déjà habitué au son Mal d'Aurore... Les petits sons que l'on retrouve éparpillé au sein de l'album servent ici d'interlude avant de lancer un "Cortex" très psyché, très frappé, assez démentiel dans Le fond et la forme. Son chant lourd s'oppose à la douceur du commencement d' "Opéra" qui nous lacère les écoutilles tranquillement entre les gémissements plaintifs du chant vraiment impressionnant. "Amaurea", l'épilogue, déjà, et une raison de plus pour que le groupe soit indéfiniment comparé à KoRn, l'utilisation, sur un rythme militaire, d'une cornemuse (c'est une gratte qui sort ce son, bravo la pédale d'effet !) et d'un chant plus éthéré. Mais faut-il le répéter, Mal d'Aurore est très loin de pouvoir être réduit à KoRn, apportant beaucoup d'autres influences et crééant sa propre musique, et nous envoyant de belle paire de claques !!!