Magoa - Topsy Turvydom Enchaînant assez rapidement après la sortie de leur EP Animal, les Magoa sont partis enregistrer en Californie chez leur producteur de toujours Charles "Kallaghan" Massabo exilé là-bas. Ca sonnait déjà bien quand c'était enregistré en France, là, c'est un petit cran au-dessus avec davantage de nuances et un son de batterie assez énorme (le reste est bien aussi mais c'est à mon sens derrière les futs que les améliorations sont les plus notables). Ils reviennent donc avec 10 titres qu'ils emballent dans un digipak plutôt réfléchi : on a en effet entre les mains un album dont l'artwork est chargé d'images à interpréter combinant chimères, symboles déiques et d'autres influencés par l'écriture cunéiforme ou le chaos et effets de symétrie, le tout dans une nuance sombre de gris bleu, un travail de fort belle facture signé Vincent Fouquet (du studio Above Chaos qui bosse pour le Hellfest, Loudblast...). Pour en terminer avec les présentations, sache que Topsy turvydom est une vieille expression anglaise popularisée par une opérette de la fin du XIXème écrite par Gilbert et Cellier où la norme est devenue l'exception, le mot signifie aujourd'hui "grande confusion" ou "chaos", tout un programme...

S'il dépeint un monde plutôt chaotique, Magoa ne risque pas d'apporter de l'ordre avec cet opus qui tire dans tous les sens et surprend les nôtres en éparpillant les influences tout au long de ses morceaux. Dans son death assez "BIM prends ça dans ta face", le groupe a intégré tout un tas d'éléments dont pas mal de mélodies que ne renieraient pas bon nombres d'amateurs de metalcore : "Party time" et son chant clair risque par exemple d'en estomaquer plus d'un. Preuve de cette ouverture à tout va, le combo a invité un hurleur, un rappeur et le leader de Threat Signal... sur le même titre ! Le résultat, c'est "Broken record" : un morceau assez accrocheur de part sa multiplicité de chants (entre rap, douce mélodie et growl) mais qui ont en commun une certaine rage. Dommage qu'un clavier un peu pourrave évadé d'un vieux disque de Type O Negative vienne un peu trop montrer que le groupe n'a peur de rien. Magoa n'a pourtant pas besoin de renforts pour varier les utilisations de la voix qui oscillent avec facilité entre clarté et lourdeur, mais alors qu'il semble savoir tout faire (même titiller les fans de heavy sur "Eat you alive"), quand il ne s'agit que de parler, Cyd laisse le micro à Aline Déry ("Forgotten saints"). Si les mots accaparent pas mal l'attention, les instruments ne sont pas en reste : les rythmiques et leurs breaks se signalent tout au long de la galette tout comme les guitares qui multiplient les effets de disto', jouent avec les harmoniques et peuvent sortir de gros solos ("Betraying grace").

Cette grosse évolution musicale de Magoa ne plaira pas à tout le monde et si certains choix sont assez discutables (quelques samples, le son de clavier...), la plupart sont très intéressants car ils démontrent la maîtrise artistique, ce dans de nombreux domaines, d'un groupe qui ose ouvrir son metal tout en gardant un fond brutal.