C'est en 1989 lors d'un concert d'Iggy Pop à Antibes que se rencontrent Phil Curty (basse), Erik Rossignol (batterie) et Reuno Wangermez (chant). Avec un certain Karl à la guitare, ils décident de former le groupe Lofofora, en référence à l'autre appellation du Peyotl, un cactus hallucinogène mexicain. Les premières années riment avec répétitions au studio Luna Rossa à Paris. Dans un premier temps, ils jouent une musique proche des influences du groupe (Bad Brains, Dead Kennedys, Fugazi, Granmaster Flash, Public Enemy) et aboutissent rapidement à une dizaine de titres. En 1990-1991, le groupe commence à effectuer ses premiers concerts. Des rencontres avec Edgar Mireux (batteur) et Pascal Lalaurie (guitare) vont leur permettre de trouver une stabilité mais aussi d'élaborer les premières maquettes. Cette même année (1992), ils intègrent le collectif Sriracha Sauce qui leur permet de répéter à l'Hopital éphémère et de décrocher une cinquantaine de concerts l'année suivante. Autre rencontre déterminante, celle de Patrice Bonnetaud qui leur permet d'obtenir des subventions du Fair (Fonds d'action et d'initiative rock) avec lesquelles ils vont financer leur premier 5 titres qui contient notamment une reprise du "Zobi la mouche" des Négresses vertes. Celui-ci est pressé à 2800 exemplaires et sera commercialisé en 1993. Le groupe fait son petit bonhomme de chemin dans le paysage rock français : ils tournent même avec Iggy Pop durant une quinzaine de dates mais surtout ont les honneurs d'un passage aux Transmusicales de Rennes. Lofofora signe un contrat d'édition chez Polygram en 1994 grâce auquel ils enregistreront un premier album chez David Weber au studio Forces Motrices à Genève. C'est finalement Virgin qui prendra Lofofora sous son aile et sortira ce premier opus commercialisé en mars 1995. Cette même année verra également le départ de Pascal et l'arrivée de Farid Tadjene (ex-Fast Unity) à la guitare. Le groupe bénéficie d'une certaine popularité mais reste hélas toujours dans l'ombre des No One Is Innocent et autres Silmarils. Plus d'une décennie après, on peut dire que les Lofofora ont plutôt bien rattrapé ce retard sur ces formations en se taillant une réputation de groupe live hors-du commun via des kilomètres et des kilomètres de concerts. Les Lofofora ont connu une petite période de crise après l'album Dur commer fer et ont vu les départs consécutifs de Farid (guitare) et Edgar (batterie) remplacés par Daniel Descieux (Noxious Enjoyment) et Pierre Belleville (ex-Artsonic). En 2009, Vincent, batteur de Zoe, vient remplacer Pierre à la batterie. La solide discographie du groupe est aujourd'hui constituée par des albums studios, des lives ainsi que par un album mi-reprises mi-live (double). En voici le détail :
Lofofora EP / Maxi 5 titres (1994)
Lofofora (1995)
Peuh ! (1996)
Dur comme fer (1999)
Double, Live, reprises et nouvelles versions d'anciens morceaux (2001)
Le fond et la forme (2003)
Lames de fond, Live (2004)
Les choses qui nous dérangent (2005)
Mémoire de singes (2007)
Monstre ordinaire (2011)
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Biographie > cactus magique
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Review Concert : Lofofora, Le Bal des Enragés @ la Tannerie (fév. 2010)
Interview : Lofofora, Interview #4 : Ted vs Reuno (juil. 2009)
Interview : Lofofora, Interview #3 : Le fond et la forme par Reuno (mars 2003)
Interview : Lofofora, Interview #2 : Reuno (mai 2001)
Interview : Lofofora, Interview #1: Lofo à Dunkerque (octobre 99)
Lofofora / Chronique LP > Monstre ordinaire
Qu'avons-nous à rajouter sur Lofofora en 2011 ? Sérieux, rendons-nous à l'évidence. Il y a plus de vingt ans, la bande de Reuno et Phil aiguisait ses premiers couteaux à la Luna Rossa. Putain, c'est loin tout ça. Les épisodes Hôpital Éphémère, Virgin, Sriracha, des line-ups et j'en passe, ont fait de cette bête scénique un pionnier durable du rock à gros décibels en France. Une "mine" (à défaut d'une carrière, cf Interview #4 : Ted vs Reuno (juil. 2009)) qui nous amène aujourd'hui à un 8ème album studio fidèle aux principes indécrottables du groupe : rage verbale et sonore, humilité et générosité. Depuis le début des années 2000, le quatuor avait déçu certains irréductibles de la première époque. Une décennie où la place de batteur a été en majeure partie occupée par Pierre Belleville (Artsonic, Destruction Incorporated). Parti vers d'autres horizons, il a donc laissé son siège à une autre génération, celle de Vincent, arrivé en 2009, avec laquelle Lofofora a su continuer son aventure que l'on espère la plus longue et heureuse possible. D'un autre style, plus lourd et orienté stoner, le batteur de Zoe amène tout son savoir-faire et cela s'entend indéniablement. Une cure de jouvence qui marque son empreinte (j'ai mal pour la peau de caisse-claire) sur ce Monstre ordinaire doté d'une production qui vous change la face d'un groupe. Enregistré en Suisse au Rec-Studio avec Serge Morattel, producteur entre autres de Knut, Impure Wilhelmina et Year Of No Light, les parisiens d'origine passent en mode "coup de pelle", pour faire un beau parallèle avec l'intrigante pochette signée du photographe Eric Canto, également auteur, entre autres, de celles de Failles de Mass Hysteria et d'Amazing grace de Bukowski. Pesant et cradingue, le son du nouveau Lofofora sied parfaitement avec ses compositions toujours axées autour du punk, du hardcore et du métal. A des années-lumière du trop propre, froid et "métallique" Mémoire de singes en terme de production, Monstre ordinaire remet les pendules à l'heure et permet au groupe de manier son art avec brio. Sur des riffs fougueux efficaces à la pelle (désolé) alliés à des frappes chirurgicales, Reuno montre toute sa belle verve dure, familière à tous ceux qui flirtent avec la musique du quatuor depuis pas mal de temps. Un Monstre ordinaire auquel on s'attache assez rapidement, un monstre qu'on a envie de chérir, si bien qu'on oserait presque le ranger parmi le meilleur album de Lofofora depuis Dur comme fer. Un nouveau lifting. Une nouvelle ère commencerait-t-elle ?
Lofofora / Chronique LP > Lofofora
C'est évidemment "l'œuf" qui focalise toutes les attentions sur ce premier album de Lofofora, pourtant cet éponyme ne manque d'autres atouts à mettre en avant. Le groupe y développe une fusion vorace qui se nourrit autant d'influences métal, funk (cette basse très présente qui jalonne le disque), punk/hardcore ("Justice pour tous") ou d'autres ramifications plus étonnantes comme sur "No facho (dub spirit)3 avec son passage reggae/dub, voir même des velléités jazzy sur l'excellent "Subliminable". Au delà de cette capacité au métissage toujours réussi, c'est son frontman, Reuno qui concentre un élément important de l'identité de Lofofora : une voix puissante au timbre très grave et chaud capable d'assurer sur des lignes vocales conventionnelles comme sur un phrasé hip-hop. Une signature vocale dont la marge de progression est encore énorme et ne fera que s'améliorer au fur et à mesure de la carrière du quatuor. D'autant plus un atout qu'il cumule "le fond et la forme" puisqu'il est également un excellent manipulateur de mots comme pouvait l'être Bruce Lee avec son nunchaku : dextérité et précision chirurgicale sont au rendez-vous pour des textes souvent empreint d'un humour corrosif ("Elvis") et d'un sens critique aiguisé à la hache. Reuno, par le biais de son cactus hallucinogène de groupe, en profite pour distribuer quelques gifles verbales et il y en a pour tout le monde : l'extrême droite avec "No facho (dub spirit)", les forces de l'ordre un peu trop zélés avec "Les meutes" et les travers de la société américaine via "Nouveau monde".
Enfin, sur ce premier album, Lofofora cultive déjà un certain esprit de la "tribu musicale" qu'ils sauront conserver durant la suite de leur carrière en multipliant les collaborations fructueuses : ils reprennent ainsi le "Justice pour tous" des Moskokids avec qui ils ont partagé un lieu de répétition (L'hôpital éphémère), ils invitent également un Oneyed Jack à venir poser des scratches sur "Holiday in France" et des Dirty District à venir ajouter leur touche sur "Baise ta vie" et "Irie style". Conclusion : un premier effort déjà excellent qui a une place à part dans la discographie du groupe de par une connotation "fusion" qu'ils délaisseront par la suite pour une mixture métal/hardcore plus traditionnelle.
Lofofora / Chronique LP > Dur comme fer
En 1999, à la sortie de Dur comme fer (le troisième album de Lofofora), Reuno et sa bande évoquaient des influences moins stéréotypées (Massive attack, Portishead, Kyuss et Queens of the Stone Age) dans les interviews et mine de rien, ce sera plutôt révélateur de la tournure qu'a pris cet album. Un disque ou les Lofofora s'essayent à des orientations artistiques qui vont contraster avec leur volonté d'antan de foudroyer l'auditeur avec une virulence musicale constante. Ils adoptent ici une démarche plus subtile et celle-ci s'illustrera à de nombreuses reprises au cours de cet album sans toutefois renier l'orientation musicale de Peuh ! ("Incarné") ni la fusion du premier album (le refrain ragga de "Serie B"). "Charisman" et "Dur comme fer" sont de bons exemples de ces tentatives d'emmener leur musique sur des territoires plus propices au développement d'atmosphères : une première partie tempérée mais à la tension palpable, une seconde phase ou Reuno orchestre la révolte des tympans avec son timbre de voix qui enflammerait la plus sage des compositions, une montée crescendo hargneuse qui atteint le paroxysme de la non-sérénité. Les Lofofora ne zappent pour autant leur coté direct et frontal mais là aussi, toujours avec cette volonté de nuancer le propos et d'apporter des variantes multiples sur la longueur de l'album : on passe ainsi de "Les gens" avec son texte acerbe et son riff bluesy à "5 milliards" qui tirent Reuno et ses Lofofora vers ce qu'ils sont capables de produire de plus extrême en matière de musique. Des textes aux préoccupations et thématiques diverses toujours excellemment bien tournés, des morceaux mi-metal mi-hardcore variés et des expérimentations réussies, c'est le menu de ce Dur comme fer où le groupe, au sommet de son art, excelle dans chaque cas de figure. D'autant plus, quand il s'agit de traiter d'un de leur passe-temps favori (la consommation de substances illicites avec "Weedo") ou de la clique de potes musiciens qui les entourent. ("P.M.G.B.O" avec Mouss de Mass Hysteria, Manu de LTNO, Fabe de Oneyed Jack et les Kabal). Un disque indispensable dans leur discographie.
Lofofora / Chronique LP > Peuh !
Le cap du deuxième album n'est jamais facile à franchir pour un groupe qui a rencontré un certain succès. C'est un peu le cas de Lofofora et de son premier album avec en guise de locomotive un single, "L'œuf", qui a même connu des passages fréquents sur des radios grandes ondes à une époque ou celles-ci osaient encore passer du rock, du vrai, pas de la soupe édulcorée au possible. Ce fameux cap, les Parisiens désormais exilés l'ont passé sans trop de souci : avec le torse bombé et une bonne dose de radicalisation d'une formule pas totalement métal, plus forcément fusion, mais désormais clairement dynamitée par des influences hardcore/punk.
Si Peuh ! est une réussite totale à mettre à l'actif du groupe, quelques morceaux arrivent à surnager dans cet océan qualitatif. Une atmosphère pesante, une grosse basse qui dialogue avec une batterie, un Reuno au ton grave qui expulse un cri puissant lors des leitmotiv jouissifs et enfin une guitare stridente qui vient renforcer ce climat plutôt tendu. "Amnes' history" est un bel exemple de ce que peut faire Lofofora lorsqu'ils s'essaient aux accalmies temporaires : c'est toujours le prétexte pour revenir encore plus revanchard et chargé en ondes négatives. "Bon à rien" ("rien à perdre !") en contient également des ondes négatives à revendre avec son format punk concis qui le rapproche indubitablement du déjà fameux "Justice pour tous" tandis que "Macho blues" se démarque avec son riff massif et son texte subversif ou Reuno se met dans la peau d'un autre. Il est rare qu'une reprise surpasse l'original, les Lofofora ont réussi ce challenge avec un des classiques des Béruriers Noirs : ils donnent une relecture terrible et un visage plus moderne à un morceau de qualité mais dont les arrangements pouvaient sembler désuets (la boite à rythmes très redondante surtout), c'est plus qu'il n'en faut pour redonner une seconde jeunesse et le statut de tuerie à "Vive le feu". Parce que les Lofofora ne sont pas que des brutes épaisses et qu'ils sont aussi des musiciens accomplis, ils nous offrent en guise de final une collaboration avec le groupe Ekova via un "Shiva skunk special ekova flavour" de 16 minutes de sonorités folkloriques qui célèbrent des senteurs psychotropes enivrantes: un cataplasme musical salutaire après les 12 fessés assenées par les Lofofora. Jamais un titre d'album n'aura mieux convenu. Peuh ! est à l'image de son titre onomatopéique : parfois fulgurant, souvent cinglant, toujours brutal. Mention excellent !
Lofofora / Chronique LP > Memoire de singes
Lofofora sort son combien, septième, sixième album ? Bref à force, on a perdu le compte. Et c'est bien le problème : comment se renouveller après tant d'albums ? Il faut quand même l'avouer, après Dur comme fer et Peuh!, Lofofora est un peu sur la pente descendante, d'accord il y a toujours des bons titres sur Le fond et la forme ou sur Les choses qui nous dérangent, mais sur Mémoire de singes le constat est légèrement différent.
Commençons par le plus superficiel, la pochette assez peu inspirée, après la brève sobriété des deux derniers albums, Lofofora sort les crayons et fait dans l'illustratif et le figuratif, vaguement inspiré par 1984 (pour les grands portraits et les caméras de sécurité) et La ferme des animaux (le cochon sous son casque) de Georges Orwell, enfin un artwork un peu moche quand même.
Un son qui claque, des titres incisifs, un chant qui n'a pas perdu de sa pêche, "Employé du mois" embraye et part pied au plancher délivrer ses décibels, le tempo est plutôt entrainant. "Torture" fait parti lui aussi des bons titres, musicalement intéressant, en collaboration avec King Ju de Stupeflip, la France qui se couche tard met le dawa sur ce titre, suffisamment pour que les autres oscillent de la tête. "Nous autres" sonne un peu comme dans une boîte, dommage car le groove était présent.
Finalement, ce Memoire de singes enchaîne des titres assez percutants comme l'éponyme "Mémoire de singes" qui déboulent à fond la caisse, ou "Nous autres"; pas de doute c'est du Lofofora dopé aux amphétamines, mais avec un son qui ne plaira pas à tout le monde. Laurenx Etxemendi (déjà à l'oeuvre pour le dernier Gojira) se retrouve derrière les manettes, et autant l'avouer, celà ne sied absolument pas au son Lofofora. "Nuit blanche" avec son chant bizarrement enregistré, "Tricolore", "Dernier jugement" des titres légèrement novateurs mais qui laissent l'auditeur sur sa faim. Fort heureusement, comme l'indique le dernier titre de cet album "Trop", Lofofora n'est pas près de s'arrêter, alors on les attendra sur scène pour l'heure de vérité.
Lofofora / Chronique LP > Les choses qui nous dérangent
Cinquième album studio pour Lofofora et une machinerie qui repart de plus belle, parce qu'il n'y a pas de raison qu'il n'en soit pas ainsi. Reuno fonce toujours dans le tas et remue assez justement Les choses qui nous dérangent, et il n'est pas le seul. Pillier du métal français, pulsar entre les galaxies métal et hardcore, les années ont laissé quelques rides sur Lofofora, sans pour autant leur retirer leur fougue et leur hargne, et c'est tant mieux, "Accélère" déboule à toute vitesse, guitares qui grincent, une basse toujours aussi prolixe, aux petites nuances assassines comme sur "Aveugle et sourd".
Reuno reste toujours la figure de proue de Lofofora, son charisme n'étant plus à faire, celui-ci usant les oxymores jusqu'à la moëlle sur "Humide song", distribuant les baffes à tout va sur "Rien au monde" ou l'éponyme "Les choses qui nous dérangent", écho du titre "Les gens" sur Dur comme fer et vomissant les aberrations modernes sur "Mondiale paranoïa".
Les riffs de guitares manquent un peu de pêche et d'originalité, on y retrouve les accents de l'album Le fond et la forme avec cependant des bonnes idées comme "Le pire", ou le très rock'n'roll "Mea culpa". Lofofora met des gants de velours sur "Humide song" ou plus particulièrement "L'éclipse", une voix rocailleuse, une basse mélodique, une guitare atmosphérique, mais n'oublie pas la main de fer sur "Rien au monde" ou "Mondiale paranoïa". "Humide song" glisse, ondule, s'échappe de l'étreinte qu'elle subit, se faufile entre les doigts, mais plante ses ongles sur un refrain aux paroles vitriolées, qui trouve un écho au-delà de leurs significations.
Sans l'ombre d'un doute Lofofora fait du Lofofora et reste sur ses rails, mais déplace une masse utile imposante, un Lofofora qui se laisse écouter avec coeur et avec son, moins coriace que Dur comme fer, plus varié que Le fond et la forme, avec des titres phares bien ficelés comme "Quelqu'un de bien", et toujours d'excellentes paroles, pas le meilleur album de leur carrière, mais pas le dernier.
Lofofora / Chronique LP > Le fond et la forme
Soi-disant, Lofofora se serait en quelque sorte assagi avec Le fond et la forme bien qu'à mon avis plusieurs coups de semonces nous sortent de la bulle magique où ils sont en train de nous entraîner... Pour le Fond c'est l'insatiable, l'infatigable Reuno sur un rythme qui se balance, lent, lourd et puissant, un groupe de métal aux envolées éthérées, on se retrouve transporté. Subtils passages sensuels qui rappellent les version soft du Double les guitares sont lancinantes, le groove toujours présent, on y croit Dur comme fer, car ça passe tout seul, et c'est juste pour la Forme. Paroles beaucoup moins noires que sur les autres albums, on assiste à un déferlement poétique, beaucoup plus intime, qui colle de près avec les mélodies. Intro tribale, voix franche, sans ambiguïté, "la folie des hommes chantent à l'unisson, passent dans les nuages de sombres images, comme la terre est ronde, comme l'eau est profonde, comme la route est longue…." ("Le fond et la forme"). Le mal est toujours le même, enraciné, mais cette fois il y a peut-être, un autre chemin que le fatalisme, cette lueur d'espoir qu'on ne connaissait pas encore chez Reuno "le 21eme siècle sera hardcore (…) y'a pas de haut pas de bas, tout dépend en quoi tu crois, les droits que tu t'octroies" ("Série Z"). Parfois la rythmique s'enhardit, la basse plus agressive, la voix lacère, déchire, les mots tranchent, intransigeant ("Social Killer", "Ici ou ailleurs", "Carapace"). Peut-être le meilleur titre de l'album, "Auto-pilote" est bien représentatif de Lofofora en 2003. "Il existe une autre loi que celle des hommes au regard gris, je me surprend à rêver, à décoller du sol ignorant les signaux, les appels qui m'ordonnent de redescendre" Une fois de plus la verve imagée de Reuno nous emmène dans son monde. Toujours aussi ravageur, le groupe joue cette fois la carte de la douceur et du charnel. On se laisse aller, divaguer, on s'élève tout doucement sur ces chansons qui rappellent au souvenir "les liquides de mon corps" ou "Visceral version hot" comme ici avec "Histoire naturelle" ou "Requiem pour moi même". Certains penseront que c'est un peu dommage d'ailleurs que certains titres soient si semblables, mais après tout, doit on toujours demander à un groupe de faire autre chose que ce qu'il sait faire de mieux ? Et doit-on se plaindre lorsque les compos nous restent inévitablement en tête ? Non, bien au contraire... surtout lorsque l'album évite la linéarité aussi facilement. Petite touche métissée avec "Comme à la guerre" et véritable délice musical. Les courroucés Lofo déversent leur rage avec des titres plus métal que jamais, "parfois je me demande quel futur pourri il doit nous attendre, sonnez l'alarme citoyens" ("Alarme citoyen") "tremblez mortels sur la terre comme au ciel !" ("Psaume"). C'est un peu ce qu'il risque d'arriver si Reuno persiste à gueuler ! Heureusement que les guitares sont là pour nous caresser comme sur "Bienvenue" , la voix et les paroles se font chaudes, paternelles, c'est une invitation à la continuité d'un rêve inachevé. Enfin "L'emprise" conclue en beauté cet album, tendrement querelleuse la compo alterne parties virulentes et instrumentales jouissives … "fais nous confiance" …
Les compos touchent nos points vitaux, (re)développent nos sens, et je ne parle même pas du titre instrumental caché (sinon il n'est plus caché). Lofofora va nous faire frôler l'extase avec Le fond et la forme à condition bien sur de ne pas avoir peur de s'envoler vers un autre monde...
Lofofora / Chronique LP > Double
Double, voilà comment se nomme simplement ce nouveau petit monstre de Lofofora. Un premier CD (noir) avec du live, du gros live même, qui regroupe presque tous les hits de Lofofora : "Les gens", "Holiday in France", "Amnes history", "Macho blues", "6 milliards" ... seul manque étrangement à l'appel "L'oeuf". Les 11 titres sont vrais, authentiques, on se sent dans un concert de Lofofora, avec la décontraction de Reuno, l'énormité du son, la puissance des riffs et des rythmes, les cris du public survolté... Tout est parfait sauf peut-être le fait que les titres aient été enregistrés sur différentes scènes, alors que les enchaînements sont soignés, on sait que ce n'est pas "un concert" de Lofo, mais plusieurs qui ont été découpés et remis ensemble, comme si Lofo ne pouvait pas assurer tout un concert du feu de Dieu (alors qu'ils en sont plus que capables !). Dommâge... De toute façon, ce n'est qu'un détail, tant ceux qui ont vécu un concert de Lofo se retrouvent dans ce live. Le second CD (blanc) est une autre perle... En studio, Lofofora s'attaque à des reprises, mais pas des covers de Sepultura, Slayer ou Helmet ! Des reprises de grands auteurs compositeurs francophones et de ... Lofofora... Et oui, ils ont repris, de manière plus calme, sous un autre angle que le "HardCore brut de décoffrage BING dans ta face", trois de leurs précédentes compos, à savoir un bandant "Viscéral", un "Les gens de maintenant" orientalisé et un groovy-ragga "Weedub". Si Lofo se calme pour se reprendre, ils se lâchent sur les morceaux des autres... OTH voit son "Quand on a que la haine" débuté par un gros riff bien gras et Reuno pose sa voix pour donner toute sa puissance au titre et aux paroles. Quant à Bashung et sa "Madame rêve", il doit tout simplement être émerveillé par une telle maîtrise, certes le titre d'origine est génial, mais la profondeur que lui donne Lofo avec cette guitare lacérant l'auditeur et la rythmique nous plombant l'esprit, c'est somptueux. Gainsbourg, passage obligé ? Le titre "La chanson du forçat" aurait pu être écrite par les Lofo, c'est certainement pour cela qu'ils l'ont choisi, la version est plus péchue (qui en doutait ?), plus hargneuse, plus rancunière... Enfin, car il faut bien que cela se termine (snif), c'est l'incommensurable Arno qui voit son hymne "Vive ma liberté" être speedé et explosé par Edgar, Phil, Farid et Reuno. Lofofora est un ton au-dessus de tout. Bravo.
