metal Métal > Lilium Sova

Biographie > The chaos theory

Formé début 2006, Lilium Sova est un groupe de noise/post-core genevois. Son style, basé sur un trio basse, batterie, saxophone/clavier, fusionne la puissance du métal/hardcore et la spontanéité du free-jazz et les subtilités déviantes de la musique expérimentale. En 2008, après avoir rôdé ses compos sur scènes lors de shows fulgurants et incendiaires, le groupe sort son premier album, délicieusement baptisé Tripartite chaos, via le label Cal of Ror Records (Lost Sphere Project, Rorcal...).

Lilium Sova / Chronique LP > Epic morning

Lilium Sova - Epic morning Quatre ans après un Tripartite chaos resté relativement confidentiel du fait de son exigence noise-postcore abrasive et d'un léger manque d'exposition médiatique, les Suisses de Lilium Sova, que l'on pensait enterrés après une belle période d'hibernation, ressortent de l'ombre pour proposer une sequel à ce premier opus. Le titre, Epic morning, sonne comme le réveil d'un groupe qui a entre-temps changé, autant au niveau de son personnel, que de son approche artistique. Moins post-hardcore qu'auparavant, plus noisecore jazzy, moins massif, plus vénéneux et addictif, Lilium Sova est également devenu un quartet mais n'oublie pas pour autant le Hard bien velu qui a fait sa griffe à ses débuts discographiques.

Renforcé par des guests (issus de Rorcal, Kehlvin, Impure Wilhelmina) présents tout au long de cet Epic morning conceptuel, Lilium Sova distille ici une musique âpre, magnétique ("1.00 a.m locked-in syndrom", "2.00 a.m insomnia"). Une œuvre se drapant dans une densité noisecore, insidieuse et subversive, comme un caractère épique et aventureux dans ses lignes instrumentales, lesquelles semblent régulièrement partir dans tous les sens. pour invariablement retomber sur leurs riffs. Groove massif, textures synthétiques ("3.00 a.m. call of sova" puis "4.00 a.m. parasomnia"), le groupe monte doucement en pression, délivre des ambiances drone/doom-jazz que ne renieraient pas le Bohren & der Club of Gore ou The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble et captive l'assistance en l'hypnotisant doucement. pour mieux lui vriller les tympans quelques instants plus tard.

Parce que ce qui devait arriver après l'écoute des pistes 3 et 4 se produit fatalement et comme prévu avec la cinquième et ce "5.00 a.m. premonition" aussi bluffant de par ses progressions harmoniques que par ses fugitifs coups de folie, une sorte de court prologue à "6.00 a.m. ondine's curse", lequel fait naître un sentiment de malaise, laissant planer une esquisse de menace sous-jacente sur l'album en laissant le champ libre aux lacérations hardcore de "7.00 a.m. dawn of sweet villain". Du hard suisse mâtiné de fulgurances noisecore/prog/jazzy complètement démentes et décharnées, de quoi butiner les membranes auditives de l'auditeur avec un plaisir non-dissimulé. Et de s'offrir un ultime défouloir avant LE climax de cet Epic morning, soit un morceau-titre de quelques vingt-deux minutes et vingt et une secondes d'une épopée ambient/doom/jazz super-noïsique a priori injouable en live. Même si avec ces gens-là, on ne sait jamais vraiment.

Livré dans un très classe digisleeve à l'esthétisme étudié, Epic morning a également le bon goût de soigner la forme autant que le fond. Histoire de se rendre définitivement indispensable. Qu'ajouter à cela sinon qu'on lui colle une mention d'excellence avant même de relancer l'écoute pour saisir une nouvelle flopée de petits finesses made in Lilium Sova.

Lilium Sova / Chronique LP > Tripartite chaos

Lilium Sova - Tripartite Chaos Avec un titre pareil, il ne faisait guère de doute que le premier effort de Lilium Sova allait envoyer sérieusement du bois dans les conduits auditifs. Tripartite chaos, où l'alliage métallique de trois éléments : noise, postcore et jazz expérimental, qui s'entrechoquent à une vitesse étonnante pour nous cautériser les tympans. Une classification périodique hardcore qui sied parfaitement à un groupe dévoilant pas moins de onze morceaux pour quelques 26 minutes de musique ("seulement" a-t-on envie de dire), des compos qui ne dépassent qu'à deux reprises les 3 minutes et un assaut auditif quasiment discontinu, les suisses n'y vont pas vraiment avec le dos de la cuillère. Dès "Mercure", Lilium Sova pose les bases d'un album pas comme les autres. Saturation abondante, disto abrasive, riffs lourds, gras et oppressants, une machinerie musicale qui se met en branle avec l'efficacité d'un bulldozer expérimental qui va tout démonter sur son passage et un principe de base respecté à la lettre.
Le but affiché par le groupe étant de faire un maximum de bruit... À 3, reconnaissons que l'objectif est plus que rempli. Mais le trio ne se limite pas qu'à ça. Il s'offre ainsi quelques péripéties expérimentalo-free jazz déviantes sur "Ad lib" avant de refaire parler la poudre sur "Ex cave" ou "Kernel panic". D'une lourdeur presque inconsidérée, le groupe nous met à genou et enfonce ses riffs dans le sol à la force du manche. Ce n'est plus un disque, mais une véritable séance de trépanation musicale et les suisses se sont fait plaisir, arrosant ici l'auditeur de riffs postcore corrosifs plongés dans un magma noise en fusion avant de laisser leur inventivité s'exprimer sur quelques plans jazz expérimentaux foudroyants. Matérialisé par des titres de la veine de l'effrayant "Noire", d'"Endeavour" ou du plus groovy "Moose", la puissance de feu schyzophrénique de Lilium Sova emmène l'auditeur dans les tréfonds de l'âme humaine. Sulfurique, bipolaire et torturée, le groupe mêle habilement un duo basse/batterie en mode "déflagration" et un saxophone tout droit sorti du royaume d'Hadès. Ajoutons à cela d'éminents spécialistes du genre : Michael Schindl (Impure Wilhelmina, Vancouver), JP (Rorcal, Lost Sphere Project) et Nabo (de LSP et Kess'khtak), plus besoin de secouer le tout bien fort pour obtenir un cocktail musical hautement psychotique mais furieusement addictif ("Highly wicked", "Bore" et ses lignes de basse hallucinantes...). Bluffant, mais à ne pas mettre entre n'importe quelles oreilles ("Stase"), faute de quoi, ni le groupe ni nous-mêmes ne reconnaîtrions nos responsabilités en cas de dommages irréversibles causés par un tel traitement de choc sonore.