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Interview : Lessen, Lessen se remet en questions (oct. 2016)

Lessen / Chronique LP > A nebulous being

Lessen - A nebulous being A peine plus de deux années après l'excellent A redemptive decay, Lessen remet le couvert avec un album au moins aussi abouti (et ce n'était pas une mince affaire). De nouveau parfaitement enregistré au Benhanced studio et encore superbement illustré, A nebulous being apparaît rapidement comme la suite logique (et espérée) de son grand frère. Si le contexte était différent, j'oserais dire qu'on ne change pas une équipe qui gagne... (sauf que là, le capitaine s'en va).

Le chant growlé entendu au début de l'album ("Many faced god", référence à Game of Thrones ?) n'était là que pour faire peur, beaucoup moins efficace que tous les autres, il accroche un peu l'oreille là où la multiplicité des tonalités et des rythmes vocaux sont un vrai régal (écoute ne serait-ce que "One more rise" pour avoir une idée). La facilité avec laquelle Lambö attaque les différentes parties est un énorme atout, il a décidé de quitter le groupe après le concert de la release party (le 16 septembre), son remplaçant a donc du pain sur la planche pour égaler ses performances puis imposer son style... Des chants différents, parfois effacés, parfois dédoublés, qui se complètent, qui s'entrechoquent et qui sont parfaitement intégrés aux ambiances musicales, elles aussi multiples et maîtrisées. Sachant tout autant manier la force et la puissance que la délicatesse, guitares et rythmiques s'en donnent à coeur joie pour nous balader d'un état à un autre. Si bourriner n'est pas toujours des plus compliqués, calmer le jeu et écrire des transitions aussi douces que subtiles n'est pas des plus aisés. Lessen en réussissant cet amalgame mérite donc sa place au rang des bons groupes de post-Hardcore et la qualité de ses passages plus éthérés, dominés par les instruments, met une jolie trempe à quelques groupes post rock ("Above us").

Aussi soyeux que percutant, aussi tranchant que réconfortant, A nebulous being porte bien son nom, troublé, marqué par la tristesse, inquiet et inquiétant, il hésite entre l'ombre et la lumière, vacille entre deux mondes où il se sent bien et où on a envie de le suivre. Bref, s'il ne fallait que deux mots pour résumer cet album : majestueux et magistral.

Lessen / Chronique LP > A redemptive decay

Lessen - A Redemptive Decay Dernière petite trouvaille bien burnée en provenance de l'écurie Send the Wood Music (Hord, Idensity, Sick Sad World, The Mars Chronicles...), Lessen livre ici avec un premier album, une œuvre qui va assurément vaciller Memories of a Dead Man de son trône de figure de proue de la scène post-metal hexagonale afin d'assurer à ses derniers une remise en question que l'on qualifiera de salutaire afin de créer une émulation créative forcément très saine. Après tout, c'est comme ça que cela fonctionne dans la mouvance hard de nos voisins helvètes, alors pourquoi pas ici également ? En attendant, c'est avec un "Promised oblivion" inaugural et déjà aussi féroce qu'habité que le groupe plonge l'auditeur dans son univers.

Lequel, entre post-metal et rock lourd aux accents flirtant avec un death inflammable, laisse parler un groupe qui met les tripes en avant. Une énergie viscérale qui se retrouve magnifiée par une prod' qui rend justice au travail du groupe ("Inner ocean"), même si on aurait aimé le voir aller encore plus loin dans les extrêmes et ses effluves passionnelles qui prennent au (post)corps. S'essayant au spoken-word avant de laisser ses guitares cracher un post-hardcore charbonneux ("Cold truth"), Lessen monte doucement en pression avec ses lignes de basse ronronnantes ("Out of reach"), son efficacité rythmique imparable doublée d'une poussée de fièvre émotionnelle qui colle littéralement à la peau (on l'expérimente sur le magnifique "I'll be found" avant de le retrouver sur un "Retrospection" terminal et bluffant).

Evitant soigneusement la redite, une jolie preuve de maturité artistique alors qu'il ne s'agit ici "que" d'un premier album, Lessen s'essaie au hardcore frondeur classieux ("Facing") sans avoir à rougir de son interprétation du sujet, avant de revenir à ses fondamentaux et en ramenant l'émotion brute au cœur de sa narration post-métallique. Il en résulte un "Walking with you" explosif et efficace qui démontre que le groupe a la maestria formelle nécessaire pour mettre en exergue une écriture déjà plutôt aboutie et une personnalité qui va certainement s'affirmer par la suite. En attendant, c'est un "Witness" terriblement hargneux qui entre sur le ring et ne fait pas de quartier dès lors qu'il s'agit de ne laisser aucun survivant (on apprécie d'autant plus le nom du morceau). Et pour cause, le groupe la joue dur sur l'homme et frappe en plein cœur à coups de poignards instrumentaux et vociférations post-hardcore particulièrement saignantes. Lesquelles laissent la place à un final qui vient une fois de plus confirmer que ce groupe est certainement le plus sûr espoir hexagonal du genre...