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Biographie > Kylesa (Simpson)

A l'origine, il y a Damad, formation punk expérimentalo-bruitiste évoluant depuis 1992 et qui en 2001 décide de mettre un terme à son histoire commune. De Victoria, Phillip Cope, Brian Duke, et Christian Depken, seule la première nommée s'en ira finalement vers de nouveaux horizons musicaux, les trois autres restant ensemble pour former un nouveau projet : Kylesa. S'adjoignant les services de Laura Pleasants, ils se lancent alors rapidement dans la confection d'une première démo. C'est alors que le groupe est frappé par le sort puisque Brian Duke fait une grave crise d'épilepsie et laisse le groupe orphelin de l'un de ses membres. Après un petit temps de remise en question, Kylesa décide de poursuivre sans Brian et connaît alors quelques bouleversements de line-up, inhérents à la vie de tout groupe (ou presque).
En 2002, le groupe sort dans la douleur sa première démo éponyme, ce qui lui vaut d'être contacté pour mettre en boîte deux splits, le premier avec Memento Mori, le second avec Cream Abdul Babar. Entre-temps, une poignée de 7'' a également vu le jour. Nous sommes désormais fin 2004 et les natifs de Savannah (Georgie) signent chez Prosthetic Records (ce même label accueillera quelques années plus tard les frenchies de Gojira et Hollow Corp.). En 2005, Kylesa sort donc son premier album intitulé To walk a middle course et s'offre un succès d'estime, notamment aux Etats-Unis. La confirmation viendra à l'heure du deuxième effort Time will fuse Its worth qui finit d'assoir définitivement le statut de ce groupe évoluant dans un registre sludgecore sauvagement abrasif. En 2009, Kylesa passe la troisième avec Static tensions, toujours via Prosthetic Records.

Review Concert : Kylesa, Kylesa à Roubaix (nov. 2009)

Kylesa / Chronique LP > Ultraviolet

Kylesa - Ultraviolet Pas de chance pour Season of Mist qui avait pourtant misé plutôt gros sur cette signature (comme celle de Dillinger Escape Plan soit dit en passant) afin de grandir pour survivre dans la jungle impitoyable de l'industrie du disque, c'est sur la structure hexagonale que Kylesa, tout fraichement débarqué de ce côté-ci de l'Atlantique, avait commis il y a deux ans et demi le moins réussi (et de loin), des cinq albums composant alors sa discographie. Spiral shadow semblait être un album quelque peu ambivalent, coincé entre les habitudes créatives du groupe et ses envies d'autre choses moyennement assumées. Un disque de vraie/fausse transition (du moins on l'espérait) dont les réponses aux interrogations alors posées devaient fatalement intervenir sur l'opus suivant... Ultraviolet présentement chroniqué.

Logique et somme toute assez naturel donc qu'"Exhale", morceau d'ouverture de ce sixième essai long-format des américains, soit scruté sous toutes ses coutures lors de son débarquement sur la platine. Lequel se révèle assez vite plutôt massif et d'une efficacité retrouvée du côté des natifs de Savannah. Expéditeurs d'une première ogive bien lourde et gorgée de ce cocktail stoner/sludge aux effluves psychédéliques qu'affectionne tout particulièrement le désormais quintet aux deux batteurs (depuis l'album précédent à vrai dire), les Kylesa démontrent, à défaut d'effacer évidemment tous les doutes pesant sur eux après la difficile expérience de Spiral shadow, qu'ils sont encore capables de barbouiller les amplis d'une bonne dose de gras. Sauf que dès "Unspoken", les choses se gâtent un peu, le groupe semblant de nouveau se chercher artistiquement en ne sachant pas trop dans quelle direction s'engager en termes d'écriture.

Quelque part entre une volonté de s'orienter à la fois vers des horizons space-rock psychédéliques ("Grounded"), sludge bouillonnant de rage contenue mais étrangement allégé par des tentatives mélodiques au mieux convenues, au pire terriblement maladroites ("We're taking this"), prog' faussement hargneux au chant clair ("Long gone"), Ultraviolet est un album qui égare un peu l'auditeur au beau milieu de toutes ces pistes. Jusqu'à ne plus ressembler à rien et ennuyer un auditeur profondément lassé par cette débauche d'effets qui ne parviennent aucunement à masquer le manque d'idées d'un groupe qui devrait s'offrir une sérieuse remise en question en termes de composition (l'atroce "What does it take"). D'autant que certains titres sonnent très "approximatifs" en ce qui concerne leur exécution technique/vocale ("Steady breakdown", "Vulture's landing"). Alors quand les Georgiens accouchent d'un "Low tide" particulièrement neurasthénique, l'envie d'interrompre l'écoute et d'arrêter définitivement les frais se fait dangereusement pressante. Et comme la suite (et accessoirement fin) n'est ni pire, ni meilleure...

Encore raté.

Kylesa / Chronique LP > Spiral shadow

Kylesa - Spiral shadow Intro légère et fuselée, Kylesa prépare le terrain, sans appuyer pour l'instant là où ça fait mal, tout en douceur avant de frapper une première fois avec un "Tired climb" inaugural qui se révèle au final déjà bien dévastateur pour un lancement. Là déjà ça sent bon... profitons-en, ça ne va pas durer. Plus rock'n'roll (stoner ?) et hargneux que jamais, le groupe décide alors de brouiller un peu les plus, avec "Cheating synergy" et ses textures presque progressives par moments d'abord, "Drop out" ensuite, armé d'une sévère force de frappe aussi instrumentale que vocale et ruisselante d'une saturation qui envahi les tympans comme un véritable tsunami sludge metal. Particulièrement percussif, sensuel de part les interventions orales de la belle Laura et méprisant les règles les plus élémentaires de l'engagement métallique, le Kylesa cuvée 2010 est donc foncièrement une sacrée mandale musicale (se référer à "Crowded road" pour s'en convaincre). Du moins sur les quatre premières titres. Parce que rapidement, on sent bien qu'un truc cloche.
Car s'il est particulièrement inventif, Spiral shadow semble manquer de cette folie qui ravageait des fondements au grenier Time will fuse Its worth et Static tensions. Par moments ouvertement génial (la seconde moitié de "Don't look back") ou passablement convenu (la première du même titre, un "Distant closing in" trop désincarné pour imprimer sa marque), il a tendance à manquer de nerfs, de souffle, d'envie de tout retourner sur son passage. A mi-album le constat est clair, Kylesa est un poids-lourd et ne peut pas se planter. Mais il ne convainc pas complètement non plus... et plus le temps passe, moins il y parvient. Le verdict est similaire sur la suite, voire pire encore : "To forget" et "Back and forth" sont des titres tout à fait corrects mais n'ont rien de jubilatoire là où les deux précédents efforts du groupe nous avaient habitués à de sacrées baffes bien couillues. Et que dire des très poussifs "Forsaken" et "Spiral shadow" sinon qu'ils sont des ratages absolus manquant d'à peu près tout ce qui faisait justement la force des natifs de Savannah jusqu'alors. Disque du changement (label, orientation artistique), ce nouvel album présente un Kylesa en mode "light", la grosse furie des débuts ayant progressivement disparu des radars (si ce n'est les deux premiers titres) au profit d'un post-quelque chose psychédélique, old-school et légèrement aseptisé... un comble pour un groupe de cette trempe.

Kylesa / Chronique LP > Static tensions

Kylesa - Static tensions Avant toute chose, il y cet l'artwork a l'étrangeté fascinante signé John Dyer Baizley (il est du reste également l'auteur des visuels de Baroness), que l'on aime ou pas, mais qui magnétise l'auditeur, avant même que celui-ci ne dépose le disque dans la chaîne hi-fi. Ensuite il y a le contenant. Le matériau brut, qui, après Time will fuse Its worth, doit donc succéder à un disque qui a marqué les esprits au fer blanc. Enfin, il y a l'envie. Ce désir d'en découdre avec les Kylesa que l'on devine, que l'on sait revenir avec sous le bras, une nouvelle fournée de compositions aussi fougueuses qu'éraillées, claires/obscures et toujours insaisissables. Game on.
Static tensions donc, un disque dont on attend forcément beaucoup, ne serait-ce qu'après s'être frotté à l'inédit que les Kylesa avait placé sur la compilation Falling Down ("Set the controls"), et qui commence sur les chapeaux de roue avec "Scapegoat". Véritable manifeste metal punk sludge, ce premier titre met les choses au clair d'entrée de jeu. 3'24 de grosse décharge de décibels et d'une fusion guitare/batterie qui compresse les membranes auditives pour balancer en pleine figure son énergie foudroyante. Une déflagration qui nous arrive droit dans les mirettes et qui met tout le monde d'accord. Frontal. Un coup de Trafalgar d'entrée, histoire de mettre KO l'adversaire avant la troisième reprise. Les Kylesa ont réussi leur coup... alors ils enchaînent nous infligent tour à tour un "Insomniac for months", un "Said and done" puis un "Nature's predator" qui ne font toujours pas dans la demi-mesure. Effarant d'efficacité, le groupe ne joue pas, il puni. Round 2 : Game Over.
Et non, toujours pas "over", car les américains ont beau n'avoir fait qu'une bouchée de la concurrence, personne ne pliera bagage tant qu'ils ne l'auront pas décidé. "Unknown awareness" comme "Running red" sont à ce titre de pures tueries. Mélodies démentes, harangue métallique, esprit punk qui transpire de ces riffs de grattes qui arrosent les enceintes, sonorités orientalisantes et efficacité cinglante, Kylesa is back et est plus affamé que jamais. Alors, pour combler son appétit vorace, le groupe s'offre un menu plutôt copieux composé de brûlots féroces et litres d'acide sulfurique déversés à même les amplis ("Almost lost", "Only me"). Quelques petites touches d'élégance typiquement féminine avec le petit filet de voix de Laura Pleasants sur "Perception", puis le groupe boucle l'affaire avec un "To walk alone" qui synthétise à la perfection ce que l'on groupe a pu semer ci et là tout au long des dis morceaux précédents. Donc, c'est punk, c'est metal, c'est inventif et inspiré. A l'image du reste de ce nouveau Kylesa donc : une grosse baffe dans la gueule et puis c'est tout.

Kylesa / Chronique LP > Time will fuse Its worth

Kylesa : Time will fuse its worth Alors celui-là, c'est quelque chose. Un cri, qui se prolonge quelques trente-quatre secondes durant et nous met déjà les nerfs à vif sur une "Intro" à couper au cordeau et balance tout sur "What becomes and end". Punk furieux, crust sauvage, metal décomplexé, death décharné, les Kylesa prennent tous les genres qui leur passent sous la main et les explosent contre les murs du studio. Le résultat est à couper le souffle en même temps qu'il nous remet brutalement les idées en place. Dans les enceintes, on n'en est à même pas trois minutes de musique écoulée encore que c'est déjà la guerre, les instruments sont martyrisés et les américains vont au charbon. Et pour le coup, autant dire qu'ils y vont gaiment. L'énergie ici déployée étant d'une rare intensité, on peut néanmoins se demander ce qu'ils ont pris au petit dej pour déboîter des épaules de la sorte. Alors qu'on est déjà au bord de la rupture, c'est le moment que choisi le groupe pour enfoncer le clou avec l'intense et abrasive séance de démontage de vertèbres en règle que constitue un morceau de la trempe d'un "Hollow severer". Des riffs qui s'entrechoquent, une section rythmique qui maintient l'équilibre avec une froide efficacité et un vocaliste/hurleur/beugleur qui harangue ses troupes, Kylesa est en mission, Kylesa harcèle nos tympans encore et encore avant de nous mettre à genou. Kylesa ne laisse pas indifférent.
Groove rock'n roll discret, baisse de rythme volontaire avant de faire repartir la machine deux fois plus vite, trois fois plus bruyamment. Matraquage auditif et agression constante, les américains sont dans l'épreuve de force permanente, une lutte à mort contre le silence que les auteurs de ce Time will fuse Its worth cherchent à réduire en poussière ("Where the horizon unfolds", "Between silence and sound"). Grosse guitares acérées qui sonnent comme autant de coups de poignards, une aptitude rare à faire naître le chaos sonore en quelques dixièmes de secondes, une énergie punk hardcore à couper l'appétit d'un T-Rex, colérique et sans limite, Kylesa reste droit dans ses bottes. Implacable et pas vraiment prêt à faire la moindre concession pour plaire, le groupe rentre dans le lard du premier venu et le fait sans ciller ni baisse de régime. Belliqueux à souhait, le groupe livre avec Time will fuse Its worth une arme de destruction auditive non conventionnelle, un disque qui une fois la mise à feu enclenchée, ne lâche plus sa cible pour l'annihiler façon sport (foudroyant "Identity defined"). Rythmiquement, c'est béton (en même temps, il y a deux batteurs), au rayon "riffing massif et petite joyeusetés punk-core" c'est carrément inattaquable (un "Ignoring anger" d'une rare sauvagerie). Fracassant mais furieusement jouissif, ce disque est une tuerie. Que cela soit dit...