metal Métal > Kodiak

Biographie > la possibilité d'une île

Originaire de Gelsenkirchen en Allemagne, Kodiak est un groupe dont on sait finalement peu de choses en dehors de la musique qu'il diffuse. Et c'est sans doute là l'essentiel, à savoir être un projet qui ne fait parler de lui que pour ses travaux et rien de plus superflu, une entité drone/metal/ambient/doom qui met en boîte un premier effort éponyme fin 2008 pour le sortir via Denovali Records au début de l'année suivante. S'ensuivront une notoriété naissante dans les sphères expérimentales européennes puis deux splits avec Nadja puis Black Shape of Nexus en 2009 et 2010. En 2011, le projet prend de l'ampleur et collabore sur un nouveau split avec N (Rn/Xe) avant de livrer une compilation éponyme de tous ses travaux réalisés depuis ses débuts, toujours via Denovali. Une manière de boucler une première boucle de son histoire avant d'entamer la production d'une trilogie d'albums conceptuelle.

Kodiak / Chronique LP > Kodiak

Kodiak Kodiak et Denovali Records (structure européenne de référence dont on ne compte désormais plus les sorties de grande classe), c'est une affaire qui roule depuis plusieurs années maintenant et une poignée de sorties, pour les allemands, venues enrichir un peu plus la très imposante discographie du label de leurs compatriotes. Le seul bémol dans tout cela, c'est qu'à l'exception d'un split partagé avec Nadja, tous les efforts de Kodiak n'ont été jusqu'alors pressés qu'en vinyles et tirages extrêmement limités. Pas de souci répond-t-on du côté de chez Denovali, il n'y a qu'à coucher tout ça sur CD, packager le résultat dans un élégant digi' qui a des allures de mini-coffret et sortir le tout, en toute sobriété pour les collectionneurs, les mélomanes et les gens de bon goût(s).

Il n'y avait donc qu'à demander et voici aujourd'hui un effort éponyme signé Kodiak présenté sous la forme d'un 2xCD exhaustif puisque compilant le tout premier essai discographique des allemands (déjà éponyme), les morceaux figurant sur les splits partagés avec Nadja et Black Shape of Nexus, les titres de la collaboration ultra-limitée produite avec un autre allemand, le one-man band N, ainsi qu'une composition totalement inédite à ce jour. On dépasse donc allègrement l'heure de musique et demi, pendant laquelle Kodiak va faire du Kodiak pur jus. Autant dire du lourd, du lent (très lent), ambient metal doomy, parsemé de drones oppressant une matière sonore, un véritable magma "métallique" neuroleptique et aliénant. Tel est donc ce projet né du côté de Gelsenkirchen, une expérience sensorielle autant sur disque qu'en live (tout du moins a priori), une "suite" de titres assez monumentaux doublée d'une claque peu commune en son genre.

On pourrait croire que (c'est du reste trop souvent le cas chez bons nombre de leurs contemporains), mais on ferait erreur : les morceaux de Kodiak se ressemblent certes, c'est une évidence étant données les sphères musicales ici explorées, mais pour autant le projet allemand tend à évoluer en permanence. Que ce soit dans des directions plus ou moins extrêmes, tant en terme de violence "pure" que de partis-pris artistique exigeants, ou en termes de rendu émotionnel, ce qui semble être le plus dur dans le cas d'un projet qui pourrait, on l'a dit, aisément sombrer corps et âmes dans la redite permanente. Au fil des sorties, le collectif germanique a autant durcit son propos qu'il a su modérer son jeu, affinant son processus de composition afin de donner plus de sens à son oeuvre, à la fois musique d'esthètes exigeants et objet d'ignorance polie paradoxalement (et cruellement) compréhensible, Kodiak n'était certainement pas le projet musical le plus accessible qui soit. Mais pour une poignée d'irréductibles, c'est également un fantasme plutôt qu'une source de rejet en bloc. Et puis l'intégrité artistique est à ce prix...

Kodiak / Chronique Split > Kodiak | Nadja

Kodiak | Nadja Kodiak | Nadja : ou la rencontre entre les "vétérans" canadiens du drone metal shoegaze et les nouveaux espoirs de la scène doom germanique. Du très lourd au programme. Autant dire que la conjonction discographique orchestré par le désormais incontournable label Denovali Records (Celeste, Fall of Efrafa, Her Name Is Calla, Heirs, The Coma Lilies...), promettait d'être chargée en décibels et autres expérimentation sombres, bruitistes et oppressantes. Et ensevelie sous un amas de gravats émotionnels, de kilotonnes de riffs pachydermiques, de saturation torrentielle, elle l'est.
Deux titres, près de 41 minutes d'une musique, dense et suffocante. Nos tympans plongés au coeur d'un univers musical cloisonné hermétiquement, une chape de plomb qui s'abat sur notre esprit et deux groupes qui se complaisent dans un espace d'expression aux contours émergeant entre drone metal irrespirable, doom neuroleptique et ambient shoegaze menaçant. Une tension de tous les instants qui enserre notre cage thoracique, une lenteur absolue qui ne fait qu'accroître l'effet que chaque riff a sur notre psychée, la compressant encore et encore, jusqu'à annihiler notre état de conscience, Kodiak prend le temps de placer ses pions sur l'échiquier musical. Méthodique, le groupe nous enferme dans un espace clos, aliénant notre esprit avant de laisser la place à Nadja, chargé lui répondre en parachevant cette oeuvre bicéphale.
Les Canadiens s'attèlent à la tâche sans surprendre et en ne faisant qu'appliquer de nouveau cette griffe musicale dont on les sait maîtres. Déjà vu certes, mais toujours aussi impressionnant. Quand bien même le duo Aidan Baker/Leah Buckhareff ne semble pas réellement décidé à se renouveler complètement, on (pre)ssent sur leur partie de ce split, une légère volonté de tendre vers une approche plus expérimentale frisant le jusque-boutisme. Une longue nappe sonore qui s'écoule sans fin, apparemment sans but. Une seule note (ou presque) et le néant émotionnel dans lequel ce qui reste de notre esprit sain vient s'abîmer. Du bruit, une rythmique immuable et cette saturation, toujours aussi palpable, clef de voûte du système Nadja. On s'attendait à du lourd, quelque chose qui irait puiser dans ce que notre sensibilité a de plus extrême, ce split Kodiak | Nadja ne déçoit pas, quand bien même, il limite sa prise de risques à son plus stricte minimum. Ou alors, peut-être est-ce le contraire, il prend en fait le risque de tester nos limites pour les repousser encore un peu plus loin. Qui sait... Mention spéciale aux Kodiak, toutefois, lesquels laissent ici entrevoir un potentiel rarement égalé...