metal Métal > Kehlvin

Biographie > Kehl vin(e) ?

Kehlvin, c'est la suite de Loaf A, qui avait sorti deux petites démos en 2000 et 2002, un quintet formé du côté de La Chaux-de-fond (Suisse) fin 1999 que beaucoup ne connaissent pas et sous lequel, l'actuel Kehlvin, que beaucoup ne connaissent pas... encore, avait à l'origine en partie composé The Mountain daylight time. Kehlvin, c'est une formation post-hardcore, on dit aussi postcore, pour faire plus court, qui dans la lignée des Isis, Neurosis, Pelican et autres Cult of Luna a emprunté les sentiers escarpés d'une musique extrème, tour à tour puissante, destructrice, calme et planante. L'intensité pour maître-mot, un peu à la manière d'un Mono ou Explosions in the Sky que les suisses citent dans leur biographique, Kehlvin sort finalement courant 2005 son premier album baptisé The Mountain daylight time. Un disque rapidement épuisé et qui ressort fin 2006, avec un nouvel artwork, chez Division Records (Forceed, Unsane, Seethings, Unfold) pour une distribution internationale.

Review Concert : Kehlvin, Des Kehlvin Celeste(s) au Korigan (nov. 2008)

Interview : Kehlvin, Kehlv-interview (nov. 2008)

Kehlvin / Chronique Split > To deny everything that's mundane

Fleshworld / Kehlvin - To deny everything that's mundane Après l'énorme révélation Moanaa dans le dernier mag, c'est cette fois-ci au tour de Fleshworld de se signaler au rayon post-hardcore polonais ! Pas aussi percutant que les auteurs de Descent (la faute peut-être à une production un peu sourde qui écrase des riffs déjà bien lourds), Fleshworld joue sur les schémas classiques du genre, alternant passages éthérés et d'autres étouffant dans de longues compositions aux variations de tempos réfléchies. Ce groupe méconnu (actif depuis 2010) s'offre à nous en mode sandwich avec Kehlvin pour un split vinyle très classe où les Suisses jouent 3 des 5 plages mais au final moins longtemps que les Polonais... Eux aussi ne bénéficient pas d'une prod à la hauteur de leurs créations, le mixage et le choix de sons est toujours sujet à débat, je pense qu'il y avait mieux à faire dans le traitement du chant comme des guitares car on perd un peu en puissance ("Fistful of coins"), d'un autre côté, ça met en valeur Fleshworld dont les sons clairs font du bien ("Wrecking constructs"). En plus d'être un bel objet (l'artwork ne laisse pas indifférent), To deny everything that's mundane permet de mettre du Kehlvin frais dans ses oreilles (trois ans nous séparent de The orchard of forking paths) et de découvrir un énième groupe de post-Hard-Core qui vaut le détour...

Kehlvin / Chronique LP > The orchard of forking paths

Kehlvin - The orchard of forking paths Ah ça on pourra dire qu'ils auront pris leur temps les petits suisses de Kehlvin, qui quatre années après l'EP Holy cancer, reviennent sous les feux de la rampe du Hard avec un nouvel album long-format, comme d'habitude sorti chez un Division Records que l'on ne présente plus en ces pages (ASIDEFROMADAY, Dirge, Impure Wilhelmina, Unfold, YOG...). En même temps, du côté de ces gens-là, on n'aime pas se précipiter pour faire les choses, mais plutôt laisser maturer les idées, poser l'agrégat sonore brut au beau milieu du studio avant de le polir, de le travailler encore et encore jusqu'à obtenir le résultat attendu. Car rien n'est ici laissé au hasard.

Et "This is mere noise", le morceau inaugural de The orchard of forking paths imprime d'entrée sa marque au fer rouge. Le groupe délivrant un noisecore trempé dans un bain d'acide sulfurique et ensuite soigneusement barbouillé en plein visage de l'auditeur. Haineux, chaotique et en même temps mesuré dans ses fulgurances, le premier titre prend bien soin de faire passer son message sans pour autant jouer la carte du parpaing hardcore que l'on prend bêtement en pleine face. Non, le propos est ici tout aussi écorché mais plus équilibré, plus insidieux aussi et surtout construit de manière à ne pas dévoiler toutes ses cartes après seulement quelques minutes. Passages aux confluents du post-rock et d'un post-hardcore/screamo aussi puissant que subversif, une écriture toute en subtilité corrosive et brutalité habilement dissimulée, Kehlvin a définitivement tout compris.

En témoignent l'intense et bestial "Troy Von Balthazar" qui ravage à peu près tout ce qu'il rencontre sur son passage. Les suisses mettent alors l'auditeur sous une chape de plomb, en conflit intérieur entre les séquences les plus oppressives et les moments de calme relatif que réservent chaque morceaux de l'album. On pense notamment à "The metaphysical trout" et ses atmosphères décharnées lestées de quelques kilotonnes de riffs bien charnus ou à "Grady Robinson" et ses quelques cinq minutes de vagues déferlantes qui s'enfoncent encore et encore dans notre cortex cérébral, dans un véritable cyclone post-noise hardcore (rock aussi parfois) de l'enfer. Aliénant mais pas autant que ne l'est quelques instants plus tard "Melon fucker" et son titre assez absurde que vient vaporiser un véritable tsunami postcore. Dantesque et enfiévré jusqu'à la moelle, dompté par une rage incandescente qui s'exprime de la plus virulente des manières, voici certainement LE climax de The orchard of forking paths. Un album qui est loin d'en avoir terminé avec nous et qui vient donc piétiner nos membranes auditives (et le reste) avec "Whip this" avant de nous écrabouiller avec la légèreté satinée d'une division de Panzers partie envahir la Pologne (l'attaque éclair de "Why I am not"). Et l'on ne parle même pas du morceau-titre de l'album.

Quasi indécent...

Kehlvin / Chronique EP > Holy cancer

kehlvin_holy_cancer.jpg Après un The Mountain daylight time qui avait déjà marqué les esprits des amateurs du genre à l'hiver 2006 et quelques semaines après un retentissant split CD partagé avec Rorcal, Kehlvin, tout seul cette fois, sort de sa manche un nouvel EP, baptisé Holy cancer et accompagné d'un DVD live. Un CD/DVD au visuel particulièrement soigné, présenté dans un digisleeve classe, l'objet ravira en l'état les inconditionnels du genre mais l'essentiel est ailleurs, savoir si le contenu est ici à la hauteur du contenant. Car après l'expérience Ascension, le groupe lève le voile sur trois nouvelles compositions découpées en six plages (original...).
Véritable grand huit musical, "La barnacle (Love will never be enough)" débute comme un énième morceau de post-hardcore, montée en saturation électrique, redescente vers des contrées plus apaisantes avant le chaos. Le son de l'inéluctabilité illustré par ce crescendo diabolique où les guitares s'embrasent et les enceintes se consument dans un même élan post-hardcore. Monument de brutalité et de rage désespérée, au pied du mur, le groupe lâche les chevaux et après un premier titre labyrinthique, agresse les tympans avec le monolithique "God as mere intentional object". Des hurlements qui emplissent le studio, des riffs lestés de plomb, une batterie qui avance comme un rouleau-compresseur avant de conclure sur un final plus apaisé en terme de décibels mais à l'atmosphère aussi déviante qu'oppressante. Après ce coup de force métallique, Kehlvin repart sans reprendre son souffle en appuyant là où ça fait mal avec "Atheist hope". Titre plus rock dans l'âme, mais pas moins abrasif que ses deux prédécesseurs, surtout quand les hurlements du vocaliste nous prennent à la gorge et que les riffs se fond de plus en plus tranchants. Quelques passages "dronisants", des envolées progressives et telluriques, mises en exergue par une puissance instrumentale peu commune et une exigence d'écriture à mille lieux des habituels clichés du genre. Les suisses se vident les tripes dans les enceintes. On ne sait pas trop quel mal ronge le groupe suisse, mais ce Holy cancer en est assurément l'exutoire.
De bruit et de fureur, la rage brute qui suinte des guitares, à l'heure de découvrir le DVD, on se doute bien que pour être aussi puissants sur CD, les Kehlvin doivent tout démonter sur le passage lorsqu'ils passent du studio au live... Et c'est le cas, les 8 morceaux live (dont les 3 de l'EP) ont été enregistrés au Bikini Test à La Chaux-de-Fond (d'où sont originaires les Kehlvin) et lors du VnV Rock Attitude Festival à Le Locle et à chaque fois, le traitement appliqué par le groupe au public est impressionnant. Sans états-d'âme, les suisses génèrent une puissance de feu bluffante et mettent en transe un public qui n'en attendait pas moins d'eux... Impressionnant.

Kehlvin / Chronique Split > Ascension

kehlvin_rorcal_ascension.jpg Deux batteries ,deux basses, quatre guitares et deux hurleurs préposés au chant histoire d'en mettre plein les cages à miel, c'est le casting de ce split réunissant Kehlvin et Rorcal, deux des plus beaux fleurons de la scène post-hardcore sludge helvétique réunis par le label Division Records sur Ascension. Le concept ? Enfermer la dizaine de musiciens dans un même studio pendant 4 jours pour composer et enregistrer d'un bloc un seul et unique titre au format hors norme. Digipack classe, artwork élégant et musicalement... un morceau de quelques vingt-huit minutes et cinquante et une seconde d'une déflagration métallique et orageuse hors norme, l'"Ascension" du titre.
Et d'entrée de jeu, les duo de groupes suisses prend d'assaut nos conduits auditifs. Première vague : deux minutes et quelques poussières d'une saturation oppressante qui grimpe lentement le long de notre colonne vertébrale avant que la machine ne se mette définitivement en ordre de bataille. Deuxième vague, les guitares viennent nous terrasser de leur lourdeur écrasante, ce n'est pas Kehlvin d'un côté et Rorcal de l'autre, mais la fusion transversale des deux qui après avoir décidé de s'accoupler sauvagement, enfantent d'une créature hybride à la force de frappe démente. Dantesque, le "groupe", nous offre, quelques dix minutes durant, un véritable monument de sauvagerie brute. Une "Ascension" ? Plutôt une descente en rappel dans les profondeurs du royaume d'Hadès. Après la déferlante métallique post-hardcore, les deux formations relâchent progressivement la tension. Avec Kehlvin et Rorcal, la lumière a beau percer les nuages les plus menaçants, on n'est jamais à l'abri d'un retour de flamme, d'un éclair de rage éruptive. Ici, les deux groupes ont juste cherché à aérer un peu le morceau, lui offrant une bouffée d'oxygène bienvenue pour s'envoler quelques minutes vers des horizons post-rock célestes et découvrir des panoramas musicaux idylliques qui rompent complètement avec le chaos précédent... et imminent. Car l'accalmie de façade est de courte durée. Les guitares vont de nouveaux verser de la lave en fusion dans les amplis, les riffs, post-metal aux fulgurances prog, gagnent progressivement en densité sonore. Crescendo implacable avant l'inexorable explosion de démence psychotique. Des univers musicaux qui s'entrechoquent, des influences qui s'imbriquent naturellement, entre Neurosis, GY!BE, Knut et Pink Floyd, les suisses livrent une pièce d'orfèvrerie doom/post-hardcore aux ambiances malsaines et sursaturées.
Un final apocalyptique, où la férocité des deux chanteurs semblent entrer en conflit avec l'âpreté des guitares, pour mieux sublimer les ultimes secondes de cet Ascension, sombre, tempétueux, tourmenté et schizophrénique. Kehlvin, Rorcal : deux groupes, deux visions d'un même style musical et un seul objectif commun. La transcendance et le dépassement des frontières habituelles du concept que suppose l'idée d'un split CD. Une volonté de surpasser en commun ce que chacun aurait pu produire en commun. Un désir d'aboutissement artistique qui pousse à une profonde remise en question de sa manière de composer, de jouer, d'expérimenter afin de se contraindre soi-même à aller toujours plus loin. Tel est l'esprit dans lequel a été confectionné cet Ascension. Un split qui ne ménage pas ses efforts pour faire naître dans la douleur des émotions violentes, libératrice et d'une rare intensité. Salvateur.

Kehlvin / Chronique LP > The mountain daylight time

kehlvin_the_mountain_daylight_time.jpg Dans la catégorie "on a bouffé du Isis au petit-dej', du Cult of Luna au repas de midi et on veut faire pareil pour le goûter", il y a des dizaines (voire plus) de groupes qui viennent s'empiler dans les files d'attentes des prochaines sorties de labels et majors... Le post-hardcore atmosphérique (ou postcore) est "hype" et depuis quelques temps, peut rapporter des petits billets verts à des indépendants qui triment. On peut les comprendre... mais là, la liste commence à dangereusement s'allonger, même si le genre dispose encore de quelques têtes d'affiche qui lui font honneur, avec Breach, ASIDEFROMADAY, Lymen ou Benea Reach par exemple. Car déjà, on peut largement imaginer que nombre de ces groupes-là ne viendront pas vraiment nous titiller l'épiderme avant de carrément susciter chez nous un ennui poli. Lassitude quand tu nous tiens... enfin pas complètement encore, parce que dans la catégorie, post-'truc" hype, il y a encore des groupes qui parviennent à faire mieux que tirer leur épingle du jeu. Kehlvin est de ceux-là. Et pour cause, Kehlvin est suisse... et, soyons honnêtes, il est de notoriété publique que ce petit pays neutre dispose d'une scène incroyablement talentueuse et ce, dans tous les sous-genres (ou presque). Pensez donc : Monkey3, Houston Swing Engine, Shora, feu-Shovel, feu-Unfold et j'en passe, la densité de bons groupes au kilomètre carré est étonnamment disproportionnée. Mais ici, dans une veine "postcore" atmosphérique, Kehlvin s'en sort bien mieux que la plupart, même si planent ci- et là les influences des deux mètres-étalons du genre.
Entre ballade stratosphérique et choc frontal tellurique, les suisses ne donnent pas dans la mesure, avec The Mountain daylight time, c'est ou tout l'un, ou tout l'autre. Réservé aux oreilles averties, il dose parfaitement ses envolées post-rock évanescentes et lumineuses pour mieux nous replonger quelques instants plus tard dans les abîmes d'un metal lourd, caverneux et oppressant. Une dualité dans laquelle se complaisent aisément les déferlantes post-hardcore du combo suisse sans jamais jouer la carte du "déjà entendu cent fois". Une sorte de grand huit extrême. Organique, orchestrée dans un mouvement perpétuel, la musique de Kehlvin, est tantôt sublime, tantôt effrayante. Les artificiers suisses sont de sortie, et la violence des décharges métalliques du groupe est d'une rare intensité. Viscérale et sans concession. Le groupe maîtrise parfaitement son sujet et ses longues plages éthérées nous permettent de reprendre notre souffle pendant quelques instants de calme majestueux avant que The Mountain daylight time nous replonge dans une gangue de plomb inextricable et insondable. Question : les suisses sont-ils des "suiveurs", ou parviennent-t-ils a apporter leur pierre à l'imposant édifice postcore ? Evidemment, les hurlements du chanteur évoqueront sans doute ceux d'Aaron Turner dans la période Celestial d'Isis, les comparaisons seront faciles, mais la tension permanente dans laquelle Kehlvin a mis son album, ses arrangements harmonieux qui le bercent pour mieux nous assaillir de sentiments contradictoires, apportent un début de réponse à notre questionnement. Les suisses ont parfaitement digéré leurs influences et ont eu suffisamment de personnalité pour faire en sorte que leur musique ne soit pas une pâle copie de celle des maîtres du genre. Car pour un premier album, Kehlvin nous livre, à sa manière, un véritable manifeste du genre. A méditer.