Kayo Dot - Blue lambency downward L'évolution. Telle est la clef de voûte du système Kayo Dot. Un premier disque chez Tzadik, le label du génial John Zorn, (qui s'inscrivait d'ailleurs en partie dans l'héritage du maître), un second paru chez Robotic Empire, structure indépendante spécialisé en groupes US aux tendances expérimentales ; et un troisième chez Hydrahead, une référence que l'on ne présente plus, à l'aura qui dépasse largement les frontières du continent nord-américain. Des changements de labels qui laissent entrevoir quelque chose de plus profond chez Kayo Dot, le groupe ayant acquis au fil des années un statut lui conférant une aura particulière faisant en sorte qu'il se retrouve désormais attendu au tournant. Ce qui pose un parallèle intéressant avec les notions de changement et de remise en question permanente que suppose le concept-même de la formation emmenée par Toby Driver.
En l'occurrence ici, en guise de changement on a eu droit à un véritable bouleversement puisque les trois quarts des membres de la formation ont quitté le navire, laissant de fait Toby Driver et Mia Matsumiya seuls aux commandes du projet. Toujours protéiforme, le vaisseau navigue désormais vers des récifs aux formes multiples et vers un horizon musical qu'il est parfois bien difficile d'identifier précisément. Le jazz, de par leur approche organique et évolutive, le math-rock psychédélique pour la maîtrise (a)rythmique et le découpage quasi mathématique, la musique contemporaine pour les divagations harmoniques s'éloignant, parfois de manière très radicale du système dit tonal., les compositions de Kayo Dot se révèlent à la fois denses et anxiogènes, insaisissables et d'une imprévisibilité rare.
Du coup, il est d'autant plus difficile de décrire les morceaux composant Blue lambency downward, notamment du fait de l'inventivité des architectures musicales, de leur mises en forme toujours plus complexes et parce qu'ils sont souvent eux-mêmes découpés en sous-mouvements. Le résultat n'en est que plus saisissant, "ovniesque" même et évoquant par instants ce que pourrait être la bande-son d'un road-trip cinématographique complètement halluciné. Analyser pour comprendre ou au contraire s'abandonner et se laisser submerger par ce qui ressort de l'album, les deux approches semblent avoir leur intérêt (et leurs défauts) au moment d'appréhender le troisième opus de Kayo Dot. Ce qui en ressort étant l'extrème inventivité qui le caractérise, mais également son explosivité expérimentale qui a parfois le défaut de sa qualité première, à savoir, celui d'égarer son auditeur dans un véritable labyrinthe de dissonances et d'assemblages d'instruments étrangement agencés. Etrange, complexe mais pourtant bluffant.