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Biographie > Osiris et ses potes

Isis C'est malheureusement un constat de plus en plus criant de nos jours, le petit monde du metal fonctionne par vague. Ainsi pour un Sepultura, combien a-t-on eu de groupes essayant de se la jouer tribal en ramant pour rentrer leurs partie de grattes trop thrash pour eux ; pour un Deftones, combien a-t-on dû subir d'ersatz de groupe surfant sur la vague néo-californienne ? Et l'on ne parlera pas ici de la déferlante metalcore, en grande partie sponsorisée par Roadrunner, label qui se retrouve aujourd'hui presque obligé de se racheter une conduite en signant Opeth, Khoma ou Porcupine Tree. Mais au milieu de ces nébuleuses métalliques, il y a des groupes qui parviennent à se forger leur propre son, qui ont une vraie personnalité et qui marqueront durablement les esprits. Isis est de ceux-là, sans aucun doute au même titre que les Neurosis, Pelican et autres Cult of Luna.

Car si Isis évolue forcément dans des sphères dites "metal", ne réduire sa musique qu'à cela reviendrait à commettre une grossière erreur. Atmosphérique quelques secondes, pesante l'instant d'après et toujours sans concession, la musique de ce groupe emmené par Aaron Turner, par ailleurs fondateur du label HydraHead Industries (qui héberge quelques uns des groupes précités), peut-être décrite comme de l'extrême ambient metal, à la fois lourde et oppressante, un musique à ne pas mettre entre toutes les oreilles et prenant souvent la forme d'un véritable raz-de-marée sonore. Isis est de ces groupes dont la qualité de se dément que très rarement et qui peut également se permettre d'assurer une à deux sorties par ans, car outre ses albums studios (Celestial, Oceanic et Panopticon, la joyeuse troupe fait également mumuse dans divers projets parallèles : Red Sparowes, Lotus Eater ou Old Man Gloom ; et inspirent également les autres (en témoigne le Oceanic : Remixes / reinterpretations sorti en 2005). Résultat des courses, Isis est devenu en l'espace de cinq/ six ans, l'un des groupes phares de la scène internationale, a tissé des liens étroits avec les maîtres du genre (Mike Patton et Justin Broadrick en tête) et non content de son succès, enfonce le clou en 2006 avec rien moins qu'un DVD (Clearing the eye) et un nouvel album (In the absence of truth). Il n'y a donc pas grand chose à rajouter, la force est vraisemblablement en eux (sic).

Review Concert : Isis, Isis + Guapo à la Maroquinerie (déc. 2008)

Isis / Chronique LP > Wavering radiant

Isis - Wavering radiant A l'heure du XXIème siècle et de l'internet partout (enfin... jusqu'à la loi Hadopi), il est bien difficile de ne pas être tenté d'écouter quelques extraits du nouvel album d'Isis avant que celui-ci ne nous parvienne effectivement entre les mains. Mais ce genre de choses a souvent pour effet pervers de fausser le jugement. Mieux vaut effectivement découvrir le disque dans son intégralité et en étant vierge de tout a priori, positif ou négatif. Concernant Wavering radiant, tout ou presque a été entendu. Entre ceux qui balancent déjà (facilement ou pas) sur l'album en le taxant de grossière déception et les inconditionnels de la première heure qui contemplent chaque nouvelle offrande de leur groupe préféré avec les yeux de Chimène, difficile de choisir. Quitte à attendre une oeuvre majeure et donc à être invariablement déçu, du moins au début, ou à jouer les blasés que plus rien n'impressionne. Mais ce groupe là n'est pas n'importe qui. Alors concrètement, elle donne quoi la cuvée 2009 d'Isis ?
En un mot : déroutante. Car si on ne savait pas trop quoi attendre du groupe avec Wavering radiant, il est assez curieux de les voir prendre un virage rock "light" sur des passages aériens qui viennent rompre avec la tradition monolithique des précédents albums. Le groupe nous met devant le fait accompli, le Isis nouveau est foncièrement moins hardcore que ses prédécesseurs et laisse une (trop ?) large place aux divagations mélodiques de ses auteurs. Forcément, ça va déplaire. En clair, des titres comme "Ghost key" ou "Hall of the dead" se laissent aller à poser les bases d'un post-rock éthéré aux tentations psychédéliques là où on attendait un mur de son quasi infranchissable. En soit ce n'est qu'une question de goût donc il n'y a rien à redire. Par contre, le problème réside plus dans l'impression qui s'en dégage de voir un groupe en réglage(s), pas encore décidé à clairement affirmer ses intentions avec son disque. Pas complètement post-rock, encore moins post-hardcore, ce nouvel album d'Isis tape tout pile entre les deux. Post-metal aux tendances hardcore dira-t-on pour faire plaisir à tout le monde ("Hand of the host"). On imagine déjà les puristes et les inconditionnels de la première heure complètement désarçonnés par une première écoute qui nous laisse, il faut bien l'admettre, régulièrement intrigué.
Des hurlements contenus, une noirceur bien moins palpable qu'à l'ordinaire, une volonté délibérée d'illuminer sa musique, sans sacrifier à son épaisseur harmonique, Aaron Turner et sa bande doivent bien se marrer en imaginant la tête de celui qui était scotché par Celestial ou Panopticon et qui écoute de "Stone to wake a serpent", un titre somme toute très lisse, assez simple, qui surprend de la part d'un groupe ayant l'habitude d'empiler les couches instrumentales afin de donner cette consistance très magmatique qui a notamment fait sa réputation. Au lieu d'avoir des riffs plomb, une section rythmique pachydermique et des hurlements infernaux parsemés de quelques incursions plus aériennes, le groupe propose ici l'inverse, et, malgré un son assez âpre et synthétique sur lequel il essaime quelques cristaux hardcore, ne parvient pas toujours à être assez immersif pour réellement nous scotcher sur place. Le groupe y va au bluff mais ne parvient pas à rallier tout le monde à sa cause malgré quelques jolies réussites (le final notamment avec "20 minutes/40 years" et le romantique "Threshold of transformation"). Wavering radiant semble être le fruit d'un très long processus de fabrication et c'est bien là le souci, l'effet pervers d'un disque sans doute un peu trop égocentrique. En clair, il est trop écrit, se retrouve dépourvu de la moindre spontanéité. Le groupe est continuellement dans le calcul et si la démonstration de maîtrise est toujours remarquable, il manque un supplément d'âme que les écoutes répétées ne parviennent pas à faire naître. Chef d'oeuvre incompris ou disque en partie foireux : faites vos jeux, on en reparle dans cinq ans.

Isis / Chronique LP > In the absence of truth

Isis : In the absence of truth Evolution, tel est le maître mot qualifiant ce nouvel album d'Isis. Reprenant les principes darwiniens à son propre compte, le groupe a cherché à poursuivre son oeuvre, celle-ci l'ayant emmenée depuis Celestial, jusqu'à cet In the absence of truth en passant par Oceanic et Panopticon sans jamais qu'Aaron Turner et ses partenaires n'aient commis deux fois le même album. Pour faire un raccourci rapide, d'un album à l'autre, Isis a toujours cherché à alléger son propos (pourtant parfois d'une lourdeur considérable...) pour travailler ses ambiances, ses atmosphères dans une logique de recherche d'intensité émotionnelle. Dès lors, il est clair qu'au regard des morceaux les plus heavy d'Oceanic par exemple, le "Wrist of kings" qui ouvre ce quatrième effort des américains a dans un premier temps de quoi surprendre les familiers de l'univers du groupe.
Les six premières minutes sont étonnamment aérées pour du Isis et ce n'est que dans l'ultime minute du morceau qu'Aaron Turner peut se laisser aller à pousser quelques hurlements rageurs pendant que les guitares alourdissent sensiblement le propos afin que l'on retrouve un peu nos repères. Mais dans le même temps, n'est-il pas bon d'évoluer encore et toujours ? N'est-ce pas l'essence même d'un artiste que de se mettre en danger, sans trop faire attention aux considérations économiques ? Second morceau d'In the absence of truth, "Not in rivers, but in drops" évolue, dans sa première partie, clairement plus dans des sphères rock que metal extrème. Un rock lourd et abrasif soit, mais assez éloigné du metal caverneux et pesant de ses débuts. Jusqu'au moment où le chant fait son entrée. Et là, ça envoie, Aaron Turner gueule jusqu'à plus soif pendant que paradoxalement, les instrumentations ne s'alourdissent pas d'un iota. Au contraire, évoluant dans un registre rock atmosphérique technique, elles parviennent à créer un paradoxe intéressant puisque la musique d'Isis allie alors rage destructrice, mélodies souterraines et arrangements éthérés. La transition est toute trouvée avec "Dulcinea", morceau conçu comme un crescendo très grand format où la tension, palpable, grimpe progressivement avant la très attendue explosion finale. Terriblement efficace quoique plus classique dans sa forme.
Et le groupe de pousser le concept à son paroxysme pour le morceau suivant : "Over roots and thorn". Rarement Isis se sera montré aussi atmosphérique et apaisé (quelques passages de chant clair assez étonnants), même si titre nous réserve quelques instants de rage brute implacable. Mais ceux-ci semblent se faire de plus en plus rares. L'impression tend à se confirmer sur le très toolien "1000 Shards", où guitares se font très rock alternatif pendant que la section rythmique impose sa maîtrise technique et qu'Aaron Turner passe en mode chant clair. Coup d'essai et coup de maître pour le groupe, qui ne manquera pas, un peu à l'image du dernier opus de The Haunted (The Dead eye), de dérouter les supposés puristes. Une fois passé un interlude instrumental ambiant, sombre, étrange et torturé mais relativement peu convaincant, le groupe passe à l'étape suivante. Accoucher de quelques riffs chauffés à blanc, lourds, telluriques avant d'encore une fois, livrer des mélodies aux atmosphères largement plus éthérées (presque psychées) que d'ordinaires (le très beau "Holy tears"), puis livrer un "Firdous E Bareen" particulièrement gourmant en subtilités de tous genres. Qu'importe ceux qui seront déçus de ne pas avoir droit à un Panopticon bis, Isis se remet en question, dépasse ses propres limites pour accoucher en guise de conclusion, d'un titre majestueux et intense qui cristallise en 9'14 tout ce que l'on a pu voir ou entrevoir sur un album finalement riche de mille nuances et petites finesses. Un nouvel effort puissant et aérien, plus raffiné que ses prédécesseurs et qui nécessite de nombreuses écoutes avant d'en avoir fait le tour... pour peu que cela soit possible un jour.

Isis / Chronique Split > Isis | Aereogramme

isis_aereogramme.jpg Ambitieuse et passionnante initiative que celle du label néerlandais Konkurrent qui, depuis maintenant 10 ans, réunit régulièrement des formations plus ou moins connues mais toujours avides de nouvelles expériences, pour participer aux Fishtank Sessions. Le but de ses "sessions", enfermer à double tour deux voire trois groupes pendant deux ou trois jours, les faire jammer pendant des heures ensemble et enregistrer ce qu'il en sort. Entre urgence, impro et cover décalées, les Fishtank Sessions ont ainsi enfanté de collaborations aussi intéressantes que The Black Heart Procession / Solbakken ou Sonic Youth / The Ex. Et à l'occasion du 14 volume des splits produits par Konkurrent, ce sont Isis et Aereogramme qui ont été conviés pour enregistrer un effort qui ne pouvait qu'être que prometteur. Une certitude évidente. Avec une affiche pareille, on pouvait s'attendre à du lourd et oppressant (Isis oblige), mais également de l'atmosphérique et alambiqué (dans la veine des albums d'Aereogramme), sauf que le "duo" a décidé de brouillé les cartes. Et les parties les plus pesantes d'être mises au crédit des écossais pendant que le formation d'Aaron Turner assurent les passages les plus aériens du split. Comme quoi les certitudes, parfois...
Heureusement, à l'écoute des trois titres qui composent ce split, on ne peut qu'être rassuré et impressionné par la qualité du travail fourni par les deux groupes en une période aussi brève. Premier morceau de cette nouvelle fournée des Fishtank Sessions, "Low tide" et son rock technique, répétitif, hypnotique et surplombé par le chant de Craig B, vocaliste de la formation écossaise, envoûte l'auditeur par ses longues plages instrumentales (le morceau dure plus de 9 minutes) et sa mélodie pop vaporeuse. Une vraie pépite dans le genre. Second round, les deux groupes accouchent de l'intense et majestueux "Delial". Finit de rigoler, on a droit à du très lourd, massif et éreintant. Les riffs sont énormes, le son en impose et Isis, passé maîtres dans l'art de faire surgir le chaos absolu de nulle part ,nous gratifie de quelques passages de rage pure, qui ne dépareilleraient pas s'ils avaient été inclus dans les titres du dernier Isis en date (Panopticon) à l'heure de la sortie d'In the fishtank. Troisième et dernier acte de la démonstration de force conconcté par la paire américano-écossaise réunie par le label néerlandais (comme quoi la mondialisation, ça a aussi du bon... parfois), "Stolen" fait parler les atmosphères comme son prédecesseur les guitares. Avec pour résultat, une dizaine de minutes d'un mélange de post-rock lunaire et d'ambient atmosphérique qui ravira les inconditionnels de instrumentations éthérées et de ballades à la mélancolie translucide... On termine l'écoute de ce split un peu comme on l'avait commencé, en se disant que l'on n'a pas vraiment été surpris d'avoir aimé ce que l'on a découvert, à savoir trois morceaux augurant le meilleur pour les albums studio d'Isis (In the absence of truth sorti quelques semaines après) et d'Aereogramme (annoncé pour 2007). Une très captivante mise en appétit en somme et une collaboration nous confirmant, une fois encore, que ces deux groupes ont décidément plus d'un as dans leur manche.

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Isis / Chronique LP > Panopticon

isis_panopticon.jpg Eh Gégé, c'est bon là, tu la baisses ton éléctro de salon de coiffure mes c..., t'es bien gentil avec ta petite coupe hype fashion à la con, mais j'essaie de bosser avec quelque chose d'un peu moins marketé moi. Isis que ça s'appelle même... cherche pas c'est pas Bob Sinclar qui mixera ça (notez au passage que j'ai placé Bob Sinclar dans une chronique d'Isis, sic). Alors quoi ? Silence de mort. La grande faucheuse va s'en donner à coeur-joie. Gros déluge de riffs indus, l'adversaire a baissé les armes. Voilà ce que l'on appelle l'effet Ministry. Un grand classique. Maintenant que le calme est revenu, que l'adversaire a été annihilé, on peut désormais passer à autre chose et écouter tranquillement Panopticon dans des conditions un peu plus appropriées.
Panopticon donc... Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe Jeremy Bentham. Son objectif : permettre à un individu d'observer tous les prisonniers sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés, créant ainsi un "sentiment d'omniscience invisible" chez les détenus. Le rapport avec le troisième album studio d'Isis est assez difficile à cerner avec précision. Certains y décelant des références ci et là, les autres se "contentant" de vibrer à la découverte de ce rock post-metallique lourd, intense et cérébral et labyrinthique. Au travers de compositions longues et denses (une seule fois moins de 7 minutes...), Isis franchi une nouvelle étape dans son processus d'évolution. Ici, rien à voir avec le darwinisme, le groupe mené par Aaron Turner explore de nouveaux horizons, plus ambient, subtils et dissimulés sous un ocean de riffs monstrueusement heavy ("So did we"). Un véritable mur de son, en grande partie instrumental, que le groupe nous envoie dans les tympans avec une maîtrise tout bonnement affolante. Instrumental donc, l'un des maîtres mots de cet album, car Isis a décidé de délaisser les vocaux au profit d'instrumentations toujours plus complexes et envoûtantes. Même si au passage le père Aaron nous gratifie de quelques hurlements de désespoirs ("Blacklit") dont il a le secret et qui nous renvoient l'espace de quelques instants au massif Oceanic. De fait, la grande nouveauté de cet album, c'est son aspect plus "accessible" qu'auparavant. Avec Panopticon, Isis livre là son album non pas le plus "mainstream", mais le plus facile à découvrir pour les non-initiés. Le groupe se montrant bien moins agressif qu'auparavant (l'excellentissime "In fiction"), il n'en distille pas moins des morceaux d'une puissance rare, extrêmement travaillées et fourmillant de mille détails ("Syndic calls"). Les mélodies se dévoilent tout en finesse, grâce et élégance ("Wills dissolve"), Aaron Turner gueule, le groupe envoie des grattes surpuissantes façon rouleau-compresseur ("Grinning mouths"), le tout pour sept plages composant une "masterpiece" de post-metal lourd et envoûtant. Un must have incontournable.