metal Métal > Inys

Biographie > Ce feu intérieur qui nous dévore...

Inys est une entité musicale atypique. Composé de quatre membres, le groupe ne possède par exemple pas de page MySpace, démarche courageuse quand on connaît la puissance médiatique de ce nouveau vecteur de communication, et semble vouloir conserver farouchement son indépendance. Comme une volonté de rester dans l'ombre pour mieux capter la lumière... Après avoir mis en boîte un morceau-fleuve "évolutif" en janvier 2007 et assuré par la suite une dizaine de concerts, le groupe enregistre Enkrateia un an plus tard et participe à la compilation Falling down. En septembre de la même année, Inys annonce qu'il sortira un dernier effort début 2009 avant de tirer définitivement sa révérence.

Inys / Chronique EP > Noir sur blanc, à titre posthume...

Inys - Noir sur blanc, à titre posthume... Noir sur blanc, à titre posthume. Lorsque l'on découvre le titre et que l'on déchire l'enveloppe, dévoilant ainsi le nouvel EP d'Inys, on comprend à quel point tout est justement dans cet effet d'annonce. Noir sur blanc, délicatement déposé dans une pochette cartonnée sérigraphiée à la main (du "home made" (comme Enkrateia du reste), l'ultime effort discographique d'Inys joue la carte d'une sobriété dissimulant tant bien que mal cette rage foudroyante qui ne va pas tarder à prendre d'assaut nos tympans pourtant exercés à ce type d'épreuve auditive. Musicalement donc, Noir sur blanc, à titre posthume est un EP composé de trois titres pour près de 24 minutes d'un post-hardcore grésillant à haute teneur en acidité ("La fissure du trône"). Notre premier contact avec le groupe s'était révélé assez éruptif, celui-ci confirme confirme tout ce que l'on pensait de ces furieux qui ont décidé de boycotter la machine MySpace pour se défendre dans leur coin. Sans l'aide du mastodonte de NewsCorp., Inys a toujours su cultiver sa différence, presque jusque-boutiste et sans concession.
Une certaine idée de son art qui, loin de s'enfermer dans le caractère radical que suppose la violence de sa musique, lui a permit de développer une identité artistique dont beaucoup pourraient (devraient...) s'inspirer. En écoutant "L'ombre et le reflet", on peut penser à des tas d'influences mais au bout du compte, les natifs de Chambéry n'en ont que faire, se moquent éperdument des comparaisons et creusent leur sillon musical, en toute indépendance avec l'intégrité pour seul code d'honneur. Epidermique dans la douleur qu'exsudent ses compos ("Emboîte le pas"), le groupe ne bouleverse pas fondamentalement son style. Sur des fondations post-hardcore, il distille son vénin métallique avec une furie qui ne se dément jamais, malgré quelques instants d'un "calme" sommes toutes très relatif. Car Inys, à l'heure de coucher sur ce disque l'ultime chapitre de son histoire, a décidé de se lâcher, d'ouvrir les vannes émotionnelles et de laisser parler sa fureur. Et pour une dernière, autant y aller franchement sans se soucier des dommages auditifs collatéraux... Agression permanente, une constante dans l'oeuvre du quartet, des éléments musicaux qui entrent en collision les uns avec les autres, le chanteur qui hurle encore et encore jusqu'à s'écorcher les cordes vocales avec du verre pilé. Jusqu'à son dernier souffle et le retour du silence. Rideau.

Inys / Chronique EP > Enkrateia

Inys - Enkrateia "La musique d'Inys est l'expression de ce feu qui dévore. Passion. S'abandonner toujours un peu plus en lui, briser nos propres barrières avec l'espoir d'en entrainer d'autres. Visiter l'angle mort ensemble, et croire un instant que nous ne faisons plus qu'un. Chaque instant où la communion opère est une raison de plus pour nous de continuer et d'aller plus loin", c'est en ces termes que nous est présenté le groupe et ses offrandes musicales. Partant de ce constat, la découverte d'Enkrateia ne se fait pas sans avoir souligné au préalable le soin apporté par le groupe à l'"objet". Edition limitée à quelques 200 exemplaires, pochettes en carton recyclé et CD sérigraphiés à la main, Inys a le goût de la chose bien faite et va le prouver tout au long des 40 minutes que compte ce premier effort.
Dès "Notre immersion", le décor est planté, le groupe délivre six minutes et très précisément quarante quatre seconde de postcore éruptif à la production très brute et à l'écriture trempée dans l'encre d'une noirceur presque palpable. Un son très rêche, un esprit DIY affirmé, des moments d'apaisement relatifs qui succèdent à des éclairs de rage, lesquels parsèment avec une effrayante régularité ce titre inaugural chargé de nous faire pénétrer les méandres labyrinthiques et torturés d'un groupe à l'univers sombre et oppressif (on pense parfois à Overmars ou à Year of no light...). Tâche dont il s'acquitte au demeurant fort bien. Des riffs qui sonnent comme autant de coups de poignard plantés dans notre cortex cérébral, précipitant un peu plus notre lente et inexorable chute vers les abîmes de l'aliénation mentale, des hurlements déchirants stigmatisant ce désespoir permanent qui enveloppe Enkrateia.
Un chant volontairement écrit et interprété dans la langue de Voltaire et des complaintes à fleur de peau qui ne sont pas sans évoquer celles du vocaliste d'Amen Ra, les Inys pouvant être du reste comparés à leurs voisins Belges sans que l'on ne soit obligé de crier au crime de lèse-majesté. Les français assument ici l'usage de leur langue natale et, ce qui peut parfois limiter considérablement l'impact d'un groupe dans un registre pop-rock prend ici tout son sens. Il faut dire que dans le même temps, voix et instruments ne font plus qu'un '"Derrière ces murs, l'orage"), le groupe parvenant à donner une puissance étonnante à son cocktail post-hardcore sludge psychotique. "Que la lumière...", est le titre le plus long de l'EP, l'atmosphère y est viciée, la tension, permanente, Inys transpire la douleur, cette rage incontrôlable qui trouve sa source dans les conflits intérieurs déchirant les compositions du groupe. En de rares instants plus apaisé, "De l'angoisse à l'ecchymose" donne le change, mais finalement, le groupe revient fatalement emprunter les sillons de ce postcore saturé donc il écrit ici une belle page. Inys, quatre lettres pour quatre titres d'une musique épidermique et sans concession.