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Référence du métal gothique allemand, In Extremo mélange les genres et les attitudes. Dire que l'univers sonore de In Extremo est original est un doux euphémisme. Cornemuses, amplis Marshall, un cheval sorte de tambour géant, instruments faits main, la panoplie est vaste et diversifiée, et le contraste des genres ne tombe pas dans une cacophonie désastreuse, au contraire. Ouvrant de nouvelles voies musicales, In Extremo synthétise les extrêmes, un esprit médiéval courant sur du métal, des cornemuses pleine de vivacité sous un courant d'électro. Le mélange détonant se rapproche plus d'un Therion, que d'un Rammstein ou d'un The Gathering. Le groupe s'inspire de "la tradition séculaire des troubadours"(sic), puisant dans des styles devenus desuets au cours des temps et qui retrouve là un écho dans le leitmotiv de In Extremo. Innovation et expérimentation, le style gothique des allemands est un véritable vivier sonore propice aux extravagances musicales.

In Extremo / Chronique LP > Sünder ohne zügel

in extremo : Sünder ohne zügel Sünder ohne zügel (Les Damnés) constitue un point d'orgue dans la carrière de In Extremo, parachevant le travail des années précédentes, fusionnant les influences originelles, l'alchimie a gagnée en maturité. C'est toujours rock, bruyant, innovateur, mélangeant ancien et moderne, instruments traditionnels et électronique moderne. Début très métal, un peu électro, façon Clawfinger pour certains accents des guitares, mais la pression s'accumule et "Der Wind" dévoile à peine le vrai potentiel de In Extremo, des guitares excitées sur le refrain, des cornemuses en dentelle sonore, des harmoniques scintillantes sur les breaks, une basse qui se fait parfois distante sur l'ensemble de l'album, le refrain repart de plus belle, association celtique avec la langue allemande, pont artisanal, suintant, voix profonde, basse lancinante, maladive, tonitruante. Entrée calfeutré, passage sub-sonique, stéréophobique, une harpe à la main, un chant traditionnel sur les lèvres, un peu mystique, inquiétant, "Krummavisur" et son inconcevable symbiose de harpe et de guitare saturée, le cocktail est subtil, mielleux, interessant, les voix sont profondes et le rythme chaloupé, l'attaque décalé, le refrain ostentatoire. Vielle et contrepoints de harpe, "Merseburger zaubersprüche II" allie au grain rauque des voix une vibration marine, inspiration de troubadours, l'accent médiéval est troublant, les chants gutturaux envoutant, puis les lourdes guitares viennent peaufinés l'ambiance, lui offrir un échappatoire, un développement, une lithurgie romanesque gothique qui se déroule lentement sur un velours mélancolique, paroxysme symphonique, ou exulte un chœur alliant la légéreté féminine à l'assise précédente. Un gros son de basse démentiel, un grondement sismique, une guitare qui soutient la basse, claquante, hérétique, la vielle et la cornemuse s'en mêlent, paroles en latin, les instruments traditionnels sont parfaitement à leur aise dans cet univers décalé, "Omnia sol temperat" possède des breaks mirifiques, l'atmosphère sonore s'emporte vers un déluge sonore hallucinant, entre groove hypo-industriel et mélodie acerbe dopée aux amphétamines, l'ambiance technoïde organique fait pensé à Viridiana, mais la comporaison s'arrête avec la reprise des cornemuses -Ama me fideliter-. Ambiance plus ethnique avec un frottement langoureux de veilles sur un synthé tissant des sous-tendus, la guitare se développe en double-croches sur cette beauté d'un autre temps, la mélodie et le charme de "Le 'or chiyuchech" prend toute sa valeur sur le refrain aux senteurs charnelles, et dans le pont qui s'en suit pourtant simple mais d'une efficacité magistrale, ouvrant un chemin idéal aux tentures de vielles. Intro lentement annoncée sur une cornemuse réfléchie, accélération du rythme cardiaque, guitare saturée, cordes vibrantes, la guitare acoustique embraye, avec la fougue d'un cheval au galop, dont elle a également l'enthousiasme et l'entrain, une voix qui s'insère à merveille dans toutes ces notes qui s'envolent, se dissipent, s'échappent, un morceau plein d'entrain, plein de spontanéité, "Der rattenfänger" cours sur la lande, reste léger et sincère malgré la dureté des sonorités de la langue allemande. Après un "Nature nous semont" en vieux français, comportant des vieux clichés rock épicé, "Unter dem meer" entame sa lente apnée, sa silencieuse découverte sous les nuages, guitare acoustique, lente, battements de cœur, sensations vitales, langueur froide, cornemuse mélancolique, -Tod bitterer Tod-, voix qui coule en litanie, le refrain garde son aspect massif, sa compacité, sa complétude, -Doch über den wolken-, la guitare continue son hypnotique complainte, la voix devient plus soutenue, le refrain laisse place à un passage d'une intensité mordante, d'une agressivité placide, d'un piquant glacé, In Extremo garde son mystère, son détachement. In Extremo livre avec Sünder ohne zügel, un album d'un mélange rare et interessant, entre métastase médiévale et envoutement métallique, l'ubiquité et la dualité de In Extremo forme un creuset gothique particulier et franchement pas déplaisant.