ill nino : revolution revolucion C'est avec pas mal d'a priori que j'ai balancé le CD pour la première fois dans le lecteur, ça vient des USA, ça se veut néo-métal, le look des gars est passé par les mains d'un designer, et veulent jouer sur le créneau "racines latines et ambiances tribales", or on a déjà eu le Roots de Sepultura qui nous avait plutôt laissé sur notre faim et les albums de Soulfly qui n'avaient fait que reprendre la recette de Roots. "God save us" et bingo, j'ai gagné, bienvenue à "clichés du néo-land" : gros riffs, harmoniques artificiels machineheadesques, voix qui alternent lourdeur et clarté, renforts de percussions (le seul bon truc amené par Slipknot ?), mais au bout d'une minute, une oreille plus attentive que la mienne pour cette première écoute aurait détecté une nappe de sons intéressants... Aprés 2'28'', premier break calme évident et déroutant, pas mal ce petit effet mais ça repart sur du métal plus brutal et on oublie, on s'oublie plus à bouger tout ce qu'on peut bouger qu'à faire gaffe à la musique... Parce que oui, ça pulse. Les 15 premières secondes de "If you still hate me" sont elles aussi chargées d'influences ibériques, encore un effet se dit-on... Sur une des deux guitares, on retrouve des distos zarbies de temps en temps, 1'52'', ça les reprend ! Les rythmes hispanisants étant mis en évidence quelques secondes avant que le grand défouloir ne reprenne le dessus. Le 3ème titre est plus classique, trés mélodique... ce n'est que sur le quatrième que je revois définitement ma copie, que mon idée d'origine (fondée sur pas grand chose) vole en éclat. Ce groupe est génial. "Nothing's clear" apporte un nouvel éclairage sur tout l'album, me forçant à réécouter les premiers titres, à les redécouvrir, à en comprendre les architectures, à voir que ces influences n'en sont pas, Ill Niño combine en réalité toutes les attitudes du néométal US avec toutes les latitudes du continent américain. Tout ça nous explose à la tronche avec un passage que je juge dantesque : ce passage, c'est le break guitare flamenco/chant espagnol placé juste avant le retour d'une gratte freakonaleashienne et la fin plus traditionnelle du morceau. Le reste n'est plus qu'admiration, étonnement, trouvailles, finesses et rudesses. Ce groupe n'est pas un énième produit ou alors, ils sont vraiment très très forts, hum, non, dans les deux cas ils sont très forts. Là, peu importe les passages sombres à la Coal Chamber (le titre "I am loco" n'est pas dû au hasard...), peu importe les facilités dans le chant et certains riffs, peu importe les rythmiques binaires de temps en temps. Peu importe parce qu'on a tout le reste, la mélancolie latine de "What comes around", l'entrain accoustique d'un "Liar" sectionné, la course d'obstacles "No murder" et ses chutes brutales, la tribalité d'un "Rip out your eyes", toutes ces mélodies envoutantes... L'album est truffé de délices exotiques plus aptes à conquérir notre sensibilité que la froideur du New Jersey. "With you" m'achève, béat je reste.
Je n'ai pas de racines en Amérique du Sud ou Centrale ni dans la péninsule mais je me retrouve quelque part dans ce Revolution revoluciòn.
Dingue ça, vraiment dingue.
Révélation revelaciòn.