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Originaire de l'empire du soleil levant, Heaven in Her Arms est depuis 2002, année de sa formation, l'une des plus fines lames de la scène screamo nippone, seulement toujours derrière incontournable porte-étendard qu'est Envy, ne serait-ce qu'en terme d'écho médiatique. Pourtant, dès 2004 et la parution d'une première démo, bientôt suivie d'une seconde un an plus tard, le groupe est remarqué par les spécialistes du genre, tant est si bien qu'en 2006, lorsque sort le premier EP d'HIHA, la musique des nippons ne se limite plus au continent asiatique puisque ledit effort est rapidement réédité par un label français : Salvation Records. Ce qui lui permettra de venir jouer en Europe (passage obligé pour ce type de formations) avec Daïtro et inversement lorsque ces-derniers iront tourner au Japon.
Entre-temps, Heaven in Her Arms sort deux splits partagés avec des formations du cru avant de se lancer dans l'aventure d'un premier album, autoproduit et sorti via le label du groupe Liberation of Butterfly (Erosion of the black speckle, 2007). En 2009, HIHA sort un EP, toujours sous la même bannière avant de signer quelques mois plus tard chez le label d'Envy et Nice View en Asie, Sonzaï Records puis Denovali Records (Celeste, Nadja, Omega Massif, Mouse on the Keys...) pour le continent européen. Deux labels chez qui sort courant 2010, le deuxième album du groupe : Paraselene.

Heaven in Her Arms / Chronique LP > Paraselene

Heaven in Her Arms - Paraselene Avis aux oreilles sensibles, préparez les bouchons, sonotones et autres prothèses auditives, ça va saigner, les Heaven in Her Arms débarquent sur le W-Fenec avec leur deuxième album et de sérieux arguments pour réconcilier l'auditeur avec le screamo. Parce que bon, le screamo, c'est toujours un peu pareil. Comme son nom l'indique, dans ce genre là, ça crie beaucoup, ça crie même surtout et derrière ce n'est que trop rarement à la hauteur des attentes. Sauf chez Envy... ou Heaven in Her Arms. Parce qu'il faut être honnête quand même, s'il y a bien un groupe qui a su donner ses lettres de noblesse au screamo lors des quinze dernières années, c'est sans aucun doute Envy... avant que HIHA ne le fasse également depuis peu. On peut donc légitimement considérer que les maitres du jeu en matière de screamo écorché vif sont nippons... tout comme les auteurs du Paraselene présentement chroniqué.

D'où, a priori, un obstacle permanent pour les Heaven in Her Arms dans leur trajectoire, à savoir, passer le grand mamamushi de la catégorie... et en plus d'être signé dans son pays natal sur le même label, en l'occurrence Sonzaï Records (oui, ils cumulent un peu là quand même...). Pourtant, tout au long de cet album, le groupe, qui tient son nom d'un morceau de Converge figurant sur Jane Doe, met ses tripes sur la console de mixage et faire parler sa rage intérieure plutôt que de se poser la moindre question. De "46x" à "Veritas", HIHA développe une musique acide où la corrosion émotionnelle n'est qu'en de très rares moments contrebalancée par quelques épisodes de calme relatif, que le groupe s'ingénie à briser en mille morceaux pour saturer l'atmosphère de son incandescence hardcore screamo ("Anamnesis of critical"). Le chaos et la désolation, magnifiés par un "Morbidity of white pomegranate" ou un "Halcyon" a la beauté troublante mais vénéneuse, les nippons plaquent le reflet de nos tourments les plus indicibles devant nos yeux (et tympans) ébahis par le traitement de choc qui nous est ici infligé. Brûlant.

Âpre, torturée et destructrice, la musique d'Heaven in Her Arms s'offre également quelques passages ("Jade wine", "Echoic cold wrist") moins éruptifs que sur les morceaux de screamo pur et dur, explorant ainsi les ambiances nébuleuses et constructions les plus labyrinthiques de son oeuvre en se rapprochant par instants de la mouvance post-rock, avant de tout réunir sur les deux derniers titres de l'album. "Butterfly in right helicoid" et "Veritas" sont ainsi les deux monuments screamo/post-rock chargés de mettre un terme à l'épreuve sensorielle que constitue Paraselene. Deux titres fleuves et virtuoses dépassant allègrement la dizaine de minutes, prenant la forme d'un climax bipolaire, entre effluves hardcore hurlées déchirantes et longue mélopée intimiste aux arrangements classiques, parce que chez Heaven in Her Arms, le screamo a beau remonter jusqu'à son essence, le groupe sait aussi rendre son travail bien plus raffiné, subtil et fascinant que chez bon nombre de ses contemporains. Peut-être même plus que chez Envy du reste, tant on se demande si avec cet album-là, l'élève n'est pas déjà en passe de dépasser le maître dans l'intensité émotionnelle de sa musique. Classe...