Hacride - Ben Hacride - Ben 17 heures, les derniers détails se règlent sur la (petite) scène du Manège. "C'est quoi ce larsen ? Tu peux l'accrocher s'il te plaît ?". Derrière les fûts, une nouvelle tête. Olivier a renoncé aux dates suivantes de la tournée pour cause de paternité. On rigole bien, on file "Perturbed" et hop c'est terminé.
Hacride en tournée, c'est une équipe réduite (9 personnes), peu de roadies, tout le monde s'y colle. De bonne humeur. Les balances débutent toujours avec le groupe qui joue en dernier, privilège qui permet de pendre ses marques, mais qui implique la pratique ingrate de l'attente dans les loges. Et quand c'est à Lorient, la propension à sortir faire un tour est faible, bien que présente.
Direction les loges, présentations, salutations, digressions et... interview. Foi de rédacteur de webzine, les meilleures interviews sont avec des groupes ou des musiciens, pas des rockstars ou des personnalités accablés par les interviews à répétition. En termes de disponibilité, on a rarement fait mieux et, en plus, j'ai la chance d'occuper un des seuls fauteuils de la loge (oui, c'est un enjeu crucial). L'interview (à lire dans nos colonnes début janvier) est très libre et le contenu est là. Tout le monde intervient, pas de snobisme.
Essuyant les plâtres du tour-report (malheureusement écourté, la date de la veille était au programme), je m'attendais à un petit moment de flottement après l'interview. Bin oui, de qui on parle maintenant ? Les relations entre journalistes et groupes sont assez complexes pour que je me mette dans l'idée qu'un groupe a d'autres choses à faire que de se soucier d'un vingtenaire en stage d'observation sur une date de la tournée Lazarus. C'est tout l'inverse, Samuel (chant) se préoccupe de la santé de votre webzine préféré, les sujets relatifs à la guitare reviennent assez souvent avec Adrien. Plus largement, la musique est au cœur des discussions, dans une simplicité qui me ravit. Ces quelques heures sont aussi l'occasion de faire la connaissance de Mike, batteur de Om Mani qui remplace Olivier le temps de la tournée. Et de parler d'Om Mani, bien sûr. Et que faire de son après-midi, quand il n'y a pas autre chose à faire que de rester dans les loges ? Regarder des vidéos à la con, au moins ça occupe et ça à le mérite de faire marrer tout le monde.

L'intermittence du spectacle n'a jamais été le haut lieu de la gastronomie, et un repas Hacride - Samuel Hacride - Samuel chaud se fait rare. On ne saisit pas l'importance que joue l'accueil des différentes salles sur le bon déroulement d'un concert. Un bon repas, chaud, sans être les sempiternelles pâtes carbonara, c'est faire énormément plaisir et mettre les groupes dans de bonnes conditions. Manque de bol, ce soir ce sont les sempiternelles pâtes carbonara. Mais personne ne se plaint. Les concerts vont commencer, il est temps de laisser Hacride tranquille.
Le premier groupe ne retient qu'à moitié mon attention. Pour Abysse, c'est tout autre chose. Après les avoir loupés lors de leur passage à Rennes, je suis heureux de les voir partager la scène avec Hacride, c'est amplement mérité. En live, effet hypnotique garanti. Une puissance massive, intense, brillante. Après un set enfilé sans pause, les Choletais partent de scène en ayant prouvé tout leur potentiel. Ce groupe est à surveiller de très près.
Le changement de plateau se fait rapidement. La salle est à moitié pleine, c'est pas l'affluence des grands jours. En tout bons professionnels qu'ils sont, les Hacride maintiennent le cap et proposent d'entrée de jeu un show soigné, lourd et servi par un son plus que correct. Grosse claque, les titres de Lazarus prennent vie dans une furie contrôlée. Mention spéciale à "To walk among them", titre fleuve qui est bien plus propice à la scène qu'il n'y paraît. "Perturbed" ou "On the threshold of death" font honneur à Amoeba avec brio. Hacride est vraiment à un niveau de jeu digne des plus grandes figures de la scène internationale, oui même à Lorient. La set-list fait alterner moments lancinants et riffs assassins, c'est très équilibré et intelligemment agencé.
Hacride a mis sa pâtée aux Lorientais, donnant je l'espère des idées à Abysse pour leur futur. Fin du concert égal rangement du matériel ou, quand on est chanteur et qu'un micro ça se range rapidement, rencontre avec les quelques fans qui s'attardent. Samuel est tout sourire, Benoist ne cache pas une pointe de déception. Sur scène Adrien s'affaire au rangement minutieux de sa montagne de matériel.
La vie d'un groupe en tournée ne s'arrête pas à la fin du concert. Elle prend un nouveau tournant, ou le groupe se scinde en personnalités appartenant à un groupe. Ce sera des heures de route le lendemain et une nuit généralement assez courte. Ce sera aussi un retour ou boulot pour chacun des membres, qui ne vivent pas de leur musique.