Un poil à la bourre, il est tout juste un peu plus de 20h quand je pénètre dans l'enceinte du Transbordeur et déjà les saturations des guitares et les chants hurlés de Nostromo retentissent dans la salle. Les Suisses ont entamé leur set avec un puissant « Epitomize » pour mettre tout le monde d'accord dès le départ. La foule est déjà pas mal rassemblée devant la scène. C'est dire si la belle réputation des Genevois est toujours d'actualité, et ce malgré les onze années passées loin des salles de concert après leur split en 2005. Je les avais d'ailleurs loupés à mon grand dam à cette époque lors de leur passage au Cylindre de Larnod (dans le Doubs) en 2002, où le groupe avait partagé la scène avec MunkyPosse notamment. Cette soirée fait donc office de séance de rattrapage pour moi. Les quatre membres du groupe occupent la scène magistralement et font bouger le public avec leur set survitaminé et énervé. Le grindcore pratiqué par ces Helvètes fait figure de belle leçon d'énergie et de rage. Point d'orgue de cette première partie de soirée pour moi, leur titre brutal « Sunset motel » tiré de Ecce lex où le public est littéralement déchaîné et enchaîne les circle pits. Leur frontman Javier est très communicatif et fait savoir au public que le groupe est très heureux d'être de retour sur scène. Après presque 35 minutes de musique surpuissante, Nostromo clôture son set par une reprise de Nasum, un bel hommage à ce groupe de grind suédois dont les Genevois étaient proches et dont le frontman, Mieszko Talarczyk, qui avait assuré l'enregistrement de Ecce lex, est décédé en 2004 dans le tsunami en Thaïlande. Vous l'aurez compris, des premières parties de ce calibre, on en redemande et on peut chaleureusement remercier les Gojira pour leur avoir fait la demande de venir mettre l'ambiance ! Chapeau.

Le temps du changement de plateau, je profite de l'occasion pour me rendre au bar pour m'étancher ma soif de ce doux breuvage qu'est une bonne pinte de bière. Mon arrivée un poil tardive ne m'ayant pas permis de me désaltérer, il n'est surtout pas question d'entamer la suite des hostilités sans un passage par la case hydratation. Faut pas déconner ! Apéro !

Gojira live Gojira live De nouveau dans la salle du Transbo, bière à la main, j'essaie tant bien que mal de me rapprocher un maximum du devant de la scène tout en évitant de me retrouver dans le pit qui risque d'envoyer sévère dans quelques minutes. Mon petit gabarit risque en effet de valser rapidement en cas de mouvement de foule. Il est 21h passé de quelques minutes quand enfin Gojira entre en scène. Le combo entame sa prestation par un premier morceau de leur nouvel album Magma, « Only pain », parfaitement taillé pour le live avec son intro à la batterie blindée de double pédale, la marque de fabrique du groupe. Le son est énorme et d'une précision incroyable. Parfaitement équilibré, à la fois au niveau des instruments et du chant. Le ton est donné. La soirée se poursuit magistralement par un enchaînement avec le titre « The heaviest matter of the universe » tiré de From Mars to Sirius. Ce soir, Gojira va régaler. C'est clair. Le back-drop composé d'un écran géant sur lequel est projeté une scénographie très travaillée et adaptée à l'univers de chacun des morceaux proposés par le groupe ajoute une touche particulière au concert. Les Bayonnais poursuivent leur show avec la paire « Silvera » / « Stranded » qui étaient les deux premiers singles dévoilés de Magma. Leurs versions live sont tout bonnement monstrueuses, plus particulièrement « Silvera » qui reste pour moi le meilleur titre de ce dernier album. Passés ces premiers morceaux, Joe Duplantier communique avec le public pour prendre le pouls de l'auditoire. La réaction est unanimement positive, évidemment. Bien que le succès international soit au rendez-vous, le groupe semble rester humble et très accessible. En l'occurrence lorsque Joe évoque le chemin parcouru depuis leur date réalisée en première partie de Machine Head dans cette même salle, en 2001. Et que cette fois, ce sont eux les headliners de la soirée, sold-out qui plus est. J'ai vraiment eu le sentiment d'un groupe sur scène qui reste proche de son public et qui garde la tête froide face au succès planétaire obtenu ces dernières années à la force de leur travail. Respect. Pour ajouter à cette belle attitude, le groupe a donné une belle mise en lumière de leurs potes de Nostromo qu'ils connaissent depuis plus de 15 ans. Là encore, la marque d'un grand groupe. La suite du set est très variée et Gojira propose des morceaux qu'il pioche un peu partout dans son impressionnante discographie, même si évidemment ce sont les titres de Magma qui sont en plus grand nombre. Normal, le groupe est quand même là pour en assurer la promotion. A noter que cette set-list a été calquée à l'identique stricto-sensu sur l'ensemble des dates de leur Magma Tour français. Il n'en demeure pas moins qu'elle tient sacrément bien la route. Des morceaux tels que « Backbone », avec sa fin retravaillée sur celle de « Remembrance », ou encore « Flying whales » font toujours autant leur effet en concert. A ce propos, je n'aimerais pas être une cymbale de Mario, ça doit faire sacrément mal ! Et pendant qu'on parle de batterie, quelle prestation de ce batteur. Il est carrément impressionnant ce mec. Moi qui suis un modeste batteur amateur à mes heures, j'ai été scotché tout le long de ce concert par sa qualité technique et la précision de son jeu. Tout cela sera d'ailleurs mis en avant à l'occasion d'un solo de batterie, le temps aux autres membres de se reposer quelques minutes. Le groupe assurera encore trois titres après ce dernier. Les lights s'éteignent, les quatre frenchies quittent la scène alors que le public scande des "Gojira" qui incitent au rappel. C'est tout d'abord Joe qui remontera sur les planches, en proposant un solo de guitare, avant d'être rejoint quelques minutes plus tard par ses comparses pour terminer cette soirée monstrueuse et magistrale par le magique enchaînement « Oroborus » / « Vacuity ». Fou. Chacun des membres du groupe prendra la parole pour remercier le public. Merci Gojira pour cette soirée, cette leçon de technique et de proximité avec ton public.