Gojira live à Boulogne / Mer Gojira live à Boulogne / Mer Sur The link, il y a 11 titres, vous en avez composé combien pour arriver à 11 ?
Joe : ... Onze ... (rires)
Les groupes ont plutôt tendance à composer davantage qu'ils n'enregistrent...
J : Nous, on a peut-être une façon de composer qui est différente, on sélectionne au moment où on compose ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. On n'est pas dans l'optique "on va faire des morceaux qu'on va jeter aprés", on ne l'a jamais fait.
Mario : Peut-être une fois ou deux...
J : Y'en a un ou deux qui n'ont peut-être jamais été exploités ... et encore... on a toujours exploité les morceaux qu'on a mené à terme. On a vraiment composé 11 morceaux, y'a aussi deux moitiés de morceau qui traînent...
M : C'est parce qu'on n'a pas pu les finir à temps, donc on ne les a pas enregistré...
Ca doit pas être évident de travailler sur la durée et de penser à l'homogénéité de l'album...
J : Il y a une logique qui se créé au niveau des messages, des textes, etc, les morceaux sont des étapes dans l'album. Et on ne va pas hésiter à revoir les structures des morceaux s'il y a quelque chose qui nous gène, on va focaliser dessus jusque ça nous plaise. On n'a jamais jeté un morceau carrément, y'a des groupes qui font 70 morceaux et qui en enregistrent 10, nous, c'est vraiment pas le cas.

Le titre, c'est The link, le lien avec quoi ?
J : Putain ... tu demandes pas l'historique du groupe ? (rires) ... The link, Ca peut faire penser à plein de trucs, ça peut faire penser au cordon ombilical avec la mère, ça peut faire penser aux liens qu'il y a entre les gens, entre le conscient et l'inconscient... plein de choses en fait, c'est ça qui est intéressant dans ce titre, c'est que ça enveloppe plein de notions qui peuvent toucher chaque personne. Sur la pochette, il y a un arbre parce que le tronc est un lien, il relie le ciel à la terre, les branches sont au ciel, les racines dans la terre, c'est une image parce que la terre et le sous-sol peuvent représenter l'inconscient, tout ce qu'on a en nous et qu'on n'a pas vraiment découvert... et le ciel peut représenter le côté divin de l'homme... Le message global de l'album, ce serait peut-être de dire qu'il serait peut-être temps de faire un lien entre la matière et l'esprit pour vivre en harmonie réellement. La notion de lien c'est aussi entre le passé et le futur, nous, on vit tout le temps dans le futur, là quand l'interview sera finie, on ira là-bas, ensuite on va faire ça... dans le même temps, on est construit sur le passé, moi je m'appelle untel, je suis comme ça, je fais ça, je fais ci, on est toujours constamment dans ces deux notions passé et futur, le présent qu'est-ce que c'est ? C'est pas évident, il faut aller le chercher profondément, vivre l'instant présent est quelque chose de très difficile, si on arrive à trouver cet instant-là à travers la méditation, l'expression de soi... on fait un lien entre le passé et le futur... Tout ça se mélange un petit peu et c'est développé au travers l'album.
Vous aimez le fait que vos titres aient plusieurs interprétations...
J : Oui, c'est important, on laisse l'auditeur libre de son choix
M : Mais la dimension spirituelle prime, c'est l'intention première
J : La spiritualité c'est un mot pour définir quelque chose qu'on a pas encore bien défini, mais il faut pas en faire un gros truc non plus, on dit souvent ce mot dans nos messages, les interviews tout ça, mais c'est parce qu'il n'y a pas de mot à mettre à la place...
Spiritualité et death métal, ça va bien ensemble ?
J : Oui, dans death métal, tu as "mort" et le principale moteur de la spiritualité, c'est le questionnement par rapport à la mort, moi, ça ne m'étonne pas trop qu'on soit dans ce milieu là finalement. Les personnes qui écoutent du death, qui en jouent, ce sont des personnes qui cherchent à répondre à des questions, des gens qui souffrent, qui l'expriment, il y a une certaine honnêteté dans le death métal.
Vous avez des idées assez claires mais le message doit être difficile à faire passer...
J : Pour nous, le message est clair !
Oui, mais il n'est pas forcément bien reçu ...
J : C'est pas un problème, moi je considère ce qu'on fait comme un mantra. Un mantra, ce sont des mots que tu vas dire, peu importe la langue, ce qui importe c'est le sens de ce que tu dis, si la personne ne reçoit pas le message, ce n'est pas grave, le mantra est destiné à augmenter les énergies pour ... l'important pour le mantra, c'est son action physique, que va-t-il faire pour celui qui l'écoute, que va-t-il faire dans la bouche de celui qui le dit, c'est la force de ce que tu dis, même si les gens ne le perçoivent pas intellectuellement, ils vont le perçevoir avec leur coeur et leur corps. Quand on fait un concert, même si les gens ne comprennent pas vraiment les paroles, ils ressentent ce qu'il y a derrière.
Vous écoutez Tool ?
J (souriant) : Un petit peu...
Ils ont un peu les mêmes idées...
J : Moi, Tool ça me touche assez, je crois qu'on est tous touchés par Tool.
M : J'ai jamais lu les textes, j'ai même pas écouté le dernier album mais musicalement ça me touche...

Vous avez enregistré au Studio des Milans, il est situé au milieu de nulle part, quel est son influence sur l'album ?
J : Si on avait enregistré ailleurs, ça aurait été complètement différent, ce studio, c'est le nôtre. C'est nous qui l'avons construit de nos mains, qui l'avons monté de A à Z, il y a plusieurs aspects, le plus important, c'est que c'est notre studio donc on a pu tout géré, on n'a pas eu d'autre pression que la nôtre ... parce qu'on s'est bien mis la pression quand même. On a déjà travaillé avec d'autres personnes mais ça n'a rien à voir.
Et le fait d'être coupé du monde, en pleine nature ?
J : En tout cas, on n'est pas coupé du monde de la nature...
Bonne réponse ! (rires/sourirs)
Et ça ça joue aussi, il y a des samples d'oiseaux...
Oui, c'est peut-être ce qui reflète le mieux ce qu'on vit, c'est une façon d'être honnête que de mettre ces sons-là, c'est pas pour faire style ! Tu vois ce que je veux dire, on habite au milieu de la forêt plus ou moins, on est très sensible à l'océan, la nature, etc, on a envie que ce soit sur le disque...

Gojira live à Boulogne / Mer Gojira live à Boulogne / Mer Vous pouvez me parler plus particulièrement de "Dawn" qui est écrit par un mystérieux Alone and Tired...
J : Tu l'as en face de toi, il est seul et fatigué ! C'est Mario qui a écrit ce morceau...
M : Je fais de la musique un peu tout seul sur un synthé et "Dawn", c'est une composition orchestrée par Gojira mais qui est de moi. J'ai mis une appellation à mon petit projet, c'est Alone and Tired. C'est dans mes moments de déprime... on en a tous... je me mets derrière le synthé et je compose...
Tu as en d'autres en stock ?
M : Ouais, j'en ai pas mal, mais rien de vraiment officiel...
J : Il fait le modeste mais c'est vraiment super abouti
J'adore ce morceau, l'architecture, le travail sur les rythmiques... et ça reste du Gojira, c'est bien dans la continuité...
M : C'est cool.
J : Pour dire deux mots sur Alone, Mario a un esprit de composition mais à la batterie c'est pas toujours évident, il a du mal à proposer des mélodies quand on répète ou alors il les chante come ça... là, il s'est retrouvé avec un synthé entre les pattes et il a pu développer ses mélodies, il balance un rythme avec la boîte à rythmes et il fait ses trucs... Ca a un côté mélancolique, pathétique mais en même temps, y'a vachement d'humour... On va sortir le disque bientôt (rires).
Pourquoi pas ?
M : On verra...

Vous allez être distribué dans presque toute l'Europe, l'avenir de Gojira, c'est "Embrace the world" ?
(rires) J : Pourquoi pas, ce serait cool... On peut être facilement distrivué dans n'importe quel pays en travaillant avec un petit label et dire "on est dans tel et tel pays", mais on essaye de le faire correctement, de trouver des gens en qui on peut avoir confiance, pas signer un contrat et apprendre que les disques dorment dans une cave... Le but, c'est de trouver la bonne personne au bon endroit, ça prend du temps mais on a tendance à prendre notre temps... C'est ce qui fait notre force...
Terra incognita est sorti récemment dans quelques pays, il y a eu des retours ?
J : Pour l'instant, c'est pas arrivé jusque nous les retours ! Ca met du temps...
M : Normalement au mois de mai, on sort en Angleterre, Allemagne ... pour les deux albums.
Jouer à l'étranger, c'est vraiment une volonté ?
M : C'est une suite logique je pense
Oui, mais y'a des groupes pour qui c'est la suite mais qui ne cherchent pas à sortir de France...
J : On chante en anglais donc les groupes qui marchent bien mais qui chantent en français ou seulement un peu en anglais ont du mal, nous, on peut être exporté, on a moins de problèmes pour être distribué à l'international. Ce sera peut-être la clé pour qu'on puisse en vivre un jour, le potentiel de ventes en France est limité, on ne peut pas faire des miracles à moins de vendre les CDs 1.000 Francs (soit environ 150 €uros !)

Il faudrait peut-être réactiver le site officiel pour en vendre plus ?
J : On a monté un site et ce serait à nous de le relancer car le webmaster qui l'a créé travaille sur beaucoup d'autres trucs, ce serait à nous de le faire vivre et on n'a pas le temps, ça peut paraître bizarre parce qu'on ne fait que de la musique, mais on n'a pas le temps
M : Et on n'est pas des pros d'internet, Jean Michel et moi, on ne sait même pas se connecter ! Il n'y a que Joe qui sait s'en servir, à lui tout seul, il peut pas faire grand chose...
J : Et encore, si y'a un problème sur l'ordi, je le jette par la fenêtre ! Là, en tout cas, le site va être repris par quelqu'un d'autre, le label Next Music fait le pressing en tout cas...
Merci !


Place, faites place. Gojira est là. Sample d'intro et premiers riffs, la salle tropicale explose. Le son est très très bon (il l'a été toute la soirée d'ailleurs !), pendant 90 minutes, on subit les assauts ou on est charmé par les atmosphères tendues que met en place le groupe. Les compos de The link sont bien evidemment mises en avant (au détriment des plus anciennes, même "Clone" passe à la trappe !) et à l'instar du CD, c'est un carnage. Mario, ovationné, est impeccable (et il était "pas en forme" !!!), Joe peu locace ce soir se contente de mitrailler l'audience par ses riffs et ses textes alors que sur les côtés, Christian et Jean-Michel envoient la sauce, ne se calmant un peu que sur les transitions instrumentales. Il est plus d'1h du mat', ça fait bientôt 5 heures qu'on est là, mais on en redemande et Gojira remontera sur scène pour deux titres. Achevé, on peut rentrer chez nous...